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mercredi 10 janvier 2018

Imad Al-Alami, l'homme le plus dangereux du Hamas




IMAD AL-ALAMI, L’HOMME LE PLUS DANGEREUX DU HAMAS

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            

          Imad al-Alami, ingénieur mécanicien de formation, l’homme le plus dangereux du Hamas, s’est tiré accidentellement une balle dans la tête avec sa propre arme dans ce qui pourrait être un «accident de travail». Il se trouve dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital Shifa de Gaza. Les médecins jugent son état critique et certains le considèrent déjà comme déjà mort.



            Ce militant du Hamas était très discret et peu connu parce qu’il vivait beaucoup à l’étranger. Mais le Mossad le pistait régulièrement, surtout depuis qu’il s’était installé dans une maison confortable en Turquie. Il avait été la cause de frictions entre Israël et la Turquie. Israël s’était plaint auprès de l’Otan pour demander des mesures concrètes contre la Turquie qui hébergeait des terroristes du Hamas, menant des opérations depuis le quartier général politique et militaire à Istanbul. Les membres du Hamas avaient déménagé de Damas en Turquie dès le déclenchement de la guerre en Syrie.
            En effet, à la mi-novembre 2014, la Turquie avait accueilli l’un des plus dangereux terroriste du Hamas, Imad Al-Alami, qui figurait sur la liste établie par les Etats-Unis en 2003, des six terroristes du Hamas les plus recherchés. Il était réputé pour être l’intermédiaire entre le Hamas et les mollahs. Il s’était rendu plusieurs fois en Iran pour négocier la formation militaire de ses miliciens et pour obtenir des milliards de dollars en aide financière et matérielle. Il touchait de l’Iran, en espèces, environ 100 millions de dollars par an, normalement au profit du Hamas. Il entretenait depuis vingt ans des relations de travail étroites et permanente avec Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah car il représentait l’homme de confiance de « l'axe de résistance » conçu par Téhéran. D’ailleurs, lorsque le Hamas a décidé d'abandonner son siège à Damas à la suite de désaccords avec Téhéran au sujet de la guerre civile syrienne, Alami a été le dernier à quitter Damas parce qu’il tenait à tout faire pour sauver la relation.

            Les circonstances de son arrivée en Turquie sont douteuses. Durant la guerre de Gaza de 2014, il faisait partie des négociateurs du cessez-le-feu et sur recommandation de l’Iran, il avait donné sa caution aux militants du Hamas les plus activistes. Il s’était installé en Turquie un mois après la fin de la guerre pour une opération médicale à la jambe droite. Les raisons de cette blessure font l’objet de plusieurs versions. Pour les uns il a été touché par une frappe aérienne israélienne. Pour d’autres il aurait été blessé au cours d’une querelle interne au sein du Hamas. 
Saleh al-Arouri

            Les soins médicaux et sa convalescence durèrent au moins trois mois durant lesquels il reçut la visite de personnages importants. Il avait d’une part gardé la responsabilité de la communication avec Téhéran et d’autre part, négocié avec Erdogan l’approvisionnement en armes du Hamas tandis que Saleh al-Arouri, le chef de la branche armée du Hamas, réfugié en Turquie, dirigeait les opérations en Cisjordanie depuis le sol turc.
            Alami, était un dirigeant de haut niveau, père fondateur du Hamas à Gaza depuis les années 1980. Il avait d’ailleurs été rapidement arrêté par Israël et expulsé vers le Liban en 1991. Il avait beaucoup appris de cette expulsion sur les nouvelles tactiques et stratégies du Hezbollah, en particulier l'utilisation de l'attentat-suicide comme nouvelle méthode. Le Mossad avait appris qu’Alami était officiellement chargé d'envoyer des hommes et des fonds en Cisjordanie et à Gaza. Il a été l’instigateur des nouvelles relations étroites entre le Hamas, l'Iran et le Hezbollah. 
Alami et Haniyeh, le baiser de la mort

           Le Trésor américain l’avait ciblé en 2003 en même temps que Khaled Mechaal chef du bureau politique, Moussa Abu Marzouk chef politique adjoint et le fondateur Sheikh Ahmed Yassin.
            En 2008, Alami s'était installé à Damas, pour maintenir les liens du Hamas avec l'Iran et ses alliés au Hezbollah et avec le régime syrien. Il avait une grande capacité de négociation qui lui a permis de naviguer avec succès autour des complexités de la révolution syrienne qui avait éclaté en 2011. Mais en 2012, la direction du Hamas a estimé devoir quitter la Syrie pour le Qatar car elle ne pouvait pas cautionner les massacres par milliers de sunnites et de Palestiniens. Malgré cela, Alami a maintenu de bonnes relations avec l'Iran et ses mandataires. Nasrallah a même organisé une réunion entre lui et les responsables iraniens pour maintenir les lignes de communication ouvertes et ne pas cesser d’alimenter Gaza en armes de tous types.

            Cependant, les liens entre l’Iran et le Hamas ont été brisés ce qui poussé Alami à revenir à Gaza pour entrer en politique en se faisant élire, en secret en 2012, chef adjoint du bureau politique du Hamas avec la charge du Comité de l'Intifada dont le but était de développer des troubles contre Israël. Même dans ses nouvelles fonctions, il n’a jamais rompu avec l’Iran. D’ailleurs en 2013 il avait rencontré à Téhéran Ali Akbar Salehi, alors ministre des Affaires étrangères de l'Iran, pour renforcer les liens avec le Hamas après la guerre de Gaza.
Ali Akbar Salehi et Alami

            Il a été l’instigateur d'une coopération accrue entre Téhéran et Ankara même si les deux pays avaient une vision différente du conflit syrien. Il a réussi à leur faire dépasser leurs différences grâce à ses qualités diplomatiques. Il a agi en intermédiaire pour des transactions illicites d’or et d’espèces entre les deux pays pour contourner les sanctions américaines, en n’oubliant pas de se servir au passage, faisant de lui un militant très riche.
            Il est indéniable qu’il était une cible pour le Mossad mais on ne peut pas mettre sur le dos de l’agence tous les accidents de travail. Certes, les circonstances de la blessure ne sont pas claires et elles ne le seront jamais. Il est vrai que la liste est longue. On ne citera que deux cas. En 1996, le téléphone portable du maître des bombe du Hamas, Yahya Ayyash, a accidentellement explosé quand il le tenait à son oreille tandis que Muhammad Hemada Walid al-Quqa, le chef des explosifs du Hamas a explosé le 4 février 2017.
            La thèse de l’accident reste peu plausible pour l’expert en armement qu’était Alami. La guerre intestine au sein du Hamas reste la raison la plus probable sachant que Yahia Sinwar a décidé depuis son arrivée de faire le vide autour de lui. Alami était un concurrent sérieux et en plus l'homme de l'Iran alors que le nouveau chef du Hamas a choisi le camp de l'Egypte.

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Qu'importe qui les fait exploser, le principal étant qu'ils explosent !

Georges KABI a dit…

Des fois, il faur rappeler certaines erreurs israeliennes. L'une des plus sanglantes et qu'on a voulu soigneusement cachee fut la decision catastrophique de Shimon Peres de donner le feu vert a qui de droit pour liquider Ayach. Le Hamas ne noud laissa pas beaucoup de temps pour nous feliciter et Shimon Peres perdit sa place au profit de Bibi qui eut beau jeu de souligner la vague meurtriere d'attentats qui suivirent la decision inconsideree de Peres.
Si cet accident de travail est l'oeuvre du Mossad, alors il y aura des consequences. Mais je penche plutot sur un reglement de compte interne ou la main de Sinwar ne doit pas etre tres loin.