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vendredi 9 décembre 2016

Diplomatie française et monde arabe par Alain PIERRET





DIPLOMATIE FRANÇAISE ET MONDE ARABE

Par Alain Pierret 

ancien Ambassadeur de France


L’année 2016 marquera de façon consternante l’empreinte de l’action diplomatique de la France dans le monde arabe, au Proche-Orient comme aussi au Maghreb oriental. À la veille de quitter le Quai d’Orsay pour le Conseil constitutionnel, Laurent Fabius a dévoilé le 29 janvier l’intention de la France d’organiser d’ici la fin de l’année à Paris une conférence internationale pour la paix entre Israéliens et Palestiniens. 
Il n’aurait pas dû ignorer qu’un projet analogue avait été lancé par François Mitterrand fin 1985 et obstinément défendu jusqu’à la guerre du Golfe. L’Europe et la France mises «hors-jeu», comme me l’avait affirmé Rabin, ce fut la piètre rencontre de Madrid organisée en octobre 1991 sous double parrainage des États-Unis et d’une URSS en voie de décomposition avancée.



Madrid 30 octobre 1991

Après une réunion discrète à Paris le 3 juin, on a rapidement oublié l’essentiel, la tenue de la conférence fixée à la fin de l’année. Promettre la reconnaissance automatique d’un État palestinien souverain en cas de «blocus» n’était évidemment pas fait pour assurer le succès de la conférence. À l’approche du terme retenu, on n’en parle plus.
En outre, proposant en avril et adoptant le 13 octobre une résolution sur la «Palestine occupée», portant plus précisément sur Jérusalem, le Conseil exécutif de l’Unesco (éducation, science, culture) a ignoré les deux plus anciennes religions monothéistes et l’Histoire tout court. Ce faisant, elle a ainsi rejeté la disposition contenue dans la résolution 181 votée aux Nations-Unies le 29 novembre 1947 qui mentionne explicitement et dans l’ordre chronologique de leur manifestation à Jérusalem «les trois grandes croyances répandues dans le monde entier».
Représentants palestiniens à l'Unesco

L’abstention de la France sur le texte définitif ne saurait effacer un choix partisan. Il est loin le temps où, en conférence de presse le 17 novembre 1948, Charles de Gaulle déclarait à propos des Israéliens qu’il serait «fort étonné qu’en définitive Jérusalem ne fît pas partie de leur État, à la condition qu’il y ait pour Jérusalem un régime international qui assure les droits de la chrétienté». 
Il y eut certes les croisades malheureuses lancées contre les mahométans pour reprendre et conserver la ville sainte ou la campagne de Bonaparte en Égypte jusqu’à Saint-Jean d’Acre. Néanmoins, cette décision de la France sape la place éminente qui fut sienne depuis ce Gaulois bordelais venu en 333 en pèlerinage en Terre sainte. 

Longtemps considérables dans toute la région, le rôle et l’influence des congrégations catholiques et de l’Alliance israélite universelle ont disparu de la pensée de nos dirigeants. Ainsi, en octobre 1996, Jacques Chirac se faisait accompagner dans la vieille ville de Jérusalem par la seule représentante de l’OLP à Paris. Quelques années plus tard, il refusait la mention des racines chrétiennes de l’Europe dans la future Constitution de l’UE.
Telle que comprise chez nous, la laïcité a d’ailleurs conduit à de surprenantes orientations. Pendant plusieurs décennies, notre diplomatie a ainsi choisi de favoriser nos relations avec les dictateurs qui prétendaient écarter de leur politique officielle un comportement religieux. Quels étaient ces États ? L’Irak, la Libye, la Syrie. Nous en voyons aujourd’hui les effets.
Tente de Kadhafi dans les jardins de l'hôtel Marigny

Avec le premier, une créance faramineuse pour livraisons d’armements qui favorisèrent l’invasion du Koweït, le président Mitterrand ayant en outre cherché à faire reporter au dernier moment l’opération Desert Storm. En deuxième lieu, notre intervention à Tripoli mise en œuvre à l’initiative du président Sarkozy qui avait reçu avec honneurs Mouammar Kadhafi a eu pour résultat de créer un désordre cyclonique dans tout le Sahel. Enfin, s’agissant de la Syrie, Jean-Marc Ayrault vient de réclamer au Conseil de sécurité une nouvelle résolution sur Alep. Après le veto opposé par la Russie au projet que nous avions présenté le 8 octobre, considère-t-on à l’Élysée ou au Quai d’Orsay que Moscou a changé ou changera d’attitude dans sa défense intransigeante du régime syrien ?
Relax Barack, c'est juste une tenue de mardi-gras

Tsariste ou soviétique comme disait de Gaulle, la Russie poutinienne est l’héritière d’Alexandre Ier le Grand qui, le premier, s’ouvrit sur la Méditerranée en confiant la formation de sa flotte en Baltique à des marins venus du Monténégro. Des soldats russes moururent pour ce petit royaume lors de son occupation par les troupes napoléoniennes de Lauriston et Molitor. Au temps de Tito, qui tenait à distance les héritiers de Staline, on voyait des navires soviétiques en carénage dans la baie de Kotor. Après l’éclatement de l’URSS et à défaut de pouvoir se maintenir sur le sol de l’Europe de l’Est méditerranéenne, les Russes ont cherché et trouvé un point d’appui en Asie. Ils s’y trouvaient déjà lorsque, se rendant à Haïfa sur invitation israélienne, un bâtiment de notre marine nationale fit escale à Tartous à la demande du Quai d’Orsay.
La tente de Kadhafi


Hussein l’Irakien et Kadhafi le Libyen ont été assassinés. Jacques Chirac fut le seul chef d’État occidental à assister aux funérailles de Hafez el-Assad à Damas. Que pouvons-nous attendre du départ ou de l’élimination de son fils Bachar dont Laurent Fabius souhaitait qu’il ne fût point né ? La diplomatie, malheureusement, n’est pas une affaire de bons sentiments. D’autres intérêts, terre à terre, conduisent et paralysent trop souvent la politique des États. Rien aujourd’hui ne fera lâcher prise au pouvoir alaouite soutenu par des Russes intraitables, comme ils le sont aussi sur la Crimée. Nous devons en tenir compte.

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