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vendredi 9 septembre 2016

Le poids politique des Juifs orthodoxes



LE POIDS POLITIQUE DES JUIFS ORTHODOXES

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Il ne fait aucun doute que l’État d’Israël souffre de divisions internes religieuses qui mettent en cause à long terme toute cohabitation entre ses communautés. Le général Herzi Halevy, chef des renseignements militaires, estime que le danger vient beaucoup plus de la division des Juifs plutôt que des attaques terroristes.



Katz sur le chantier

Le désaveu infligé par le premier ministre au ministre des transports Israël Katz est un exemple flagrant du poids politique, de plus en plus croissant, des religieux orthodoxes. Ce désaveu pourrait aller jusqu’à la destitution d’un ministre qui a osé s’opposer aux décisions absurdes imposées par un de ses collègues. Pour des raisons de commodité des usagers, Israël Katz avait autorisé les travaux sur le train de Tel-Aviv durant le shabbat, a fortiori lorsque les ouvriers ne sont pas juifs et sont étrangers. 
En se pliant aux injonctions des orthodoxes, Netanyahou a interdit du vendredi soir au samedi les travaux d’infrastructures concernant les chemins de fer.  Les orthodoxes ont menacé de quitter la coalition et donc de faire tomber le gouvernement. Le comble fut que la responsabilité de la crise a été attribuée au ministre Katz, accusé de provoquer une rupture en permettant que les travaux soient effectués durant Shabbat. Ainsi, la guerre entre Juifs est déclarée en raison d’une décision d’une minorité.
Orthodoxes à la Knesset

Selon des études sérieuses menées par le centre de recherche Pew, la communauté d’Israël se décompose en quatre parties : 40% de laïcs ou Hiloni, 23% de conservateurs ou Massorti, 10% de religieux ou Dati et 8% d’ultra-orthodoxes ou Haredi qui imposent leurs lois à la majorité et le reste d'Arabes. Les six millions de Juifs américains, en majorité laïcs ou conservateurs, s’ils participent par leurs dons à l’essor de la communauté juive religieuse israélienne, n’ont aucune influence dans les décisions israéliennes.
La mainmise religieuse est telle que les décisions imposées par une minorité intégriste s’appliquent à tous, quel que soit le niveau de leur croyance. Certains bus et certaines administrations exigent la séparation entre femmes et hommes. Malgré les demandes de la population, les transports ne fonctionnent pas le shabbat sauf à Haïfa. Le mariage civil n’existe pas et seuls les actes signés par les rabbins orthodoxes font foi ; ceux des juifs libéraux israéliens ne sont toujours pas reconnus mais les mariages à l'étranger sont tous reconnus. Les conversions au judaïsme effectuées par les rabbins libéraux américains n’ont pas de valeur ce qui portent conséquence à la Loi du retour.
Ces règles entraînent un communautarisme poussé à l’extrême et une séparation stricte entre Juifs, Arabes et Chrétiens même en ce qui concerne la simple vie sociale. Malgré cela, seuls 43% des Juifs souhaitent la création d’un État palestinien qui entérinerait la séparation de fait.

            Il y a certes un renouveau religieux en Israël mais il se traduit par une incidence sur l’économie. La communauté haredi est de plus en plus dépendante de l’État et des subventions au profit de ceux qui ne travaillent pas pour étudier à plein temps dans les écoles talmudiques. Les dirigeants religieux exploitent la politique à leur profit en interprétant de manière restrictive la loi juive qui s’applique aux laïcs. La loi Lapid vient d’être détricotée alors qu’elle forçait les ultra-orthodoxes à acquérir un minimum d’éducation profane. L’État devient alors responsable d’un déni de démocratie au sein d'une catégorie de Juifs. Si la loi de 1949 a institué l’éducation gratuite obligatoire, elle ne faisait pas référence uniquement à l’éducation talmudique.
            Pour assurer l’expansion des implantations de Cisjordanie, les orthodoxes se sont constitués en partis politiques pour entrer dans des coalitions étriquées où leur voix compte à la Knesset. Grâce à ces voix indispensables, le judaïsme ultra-orthodoxe s’est gavé de subventions d’État qui lui ont permis d’être sauvé et même de se développer. En effet, avant l’indépendance, les écoles ultra-orthodoxes étaient rares et disposaient de peu de moyens. Le parti ultra-orthodoxe Agoudat Israël a créé son propre système scolaire et c’est lui qui aujourd’hui impose les règles du shabbat à toute la population.

            Des faveurs ont été octroyées aux religieux. La Knesset décida en 1953 de supprimer les écoles dirigées par les partis politiques pour instituer un système national d’éducation mais les écoles d’Agoudat Israël continuèrent leurs activités grâce aux subventions de l’État. Les internats haredi dispensent des cours, jour et nuit, à des jeunes qui sont volontairement coupés de leurs parents pour empêcher toute déviation. Les jeunes doivent se marier jeunes mais les hommes continuent à étudier la Torah dans des Kolel après leur mariage, soutenus par le travail de leurs épouses. La plupart des fonds pour permettre aux étudiants de percevoir de petits salaires provient de la diaspora des pays occidentaux et des subventions de l’État.

            La loi Lapid, qui a été détricotée, imposait le service militaire aux Haredi. Le fait de demeurer étudiant de la Torah à plein temps permet aux jeunes d’échapper à l’uniforme afin de les maintenir loin de la «civilisation laïque»  et loin d’un État non reconnu par les instances orthodoxes; ils sont ainsi en permanence sous la coupe des rabbins. C’est la raison pour laquelle on ne les prépare pas à occuper des emplois dans une économie moderne puisque, dans les Yeshiva, ils n’apprennent pas les mathématiques, les sciences, les langues étrangères et les matières générales.

Ce monde-là, qui n’accepte volontairement aucun compromis avec la modernité, veut imposer une loi juive rigoureuse, souvent avec une nouvelle interprétation de la pratique juive, afin de rester fermé à l’instar d’un mouvement fondamentaliste.

La décision du ministre Katz n’était pas un caprice. Elle s’imposait dans le cadre de l’exigence du service public de l’État pour les militaires rentrant à leur base après la permission du Shabbat. Le train du samedi soir est indispensable au retour dans la base. D’ailleurs le ministre de la défense a mesuré l’impact sur ses soldats et a décidé de mettre en place un nouveau service d’autobus pour les conscrits.

Arie Avidor, ancien ambassadeur d’Israël, a analysé le comportement du premier ministre dans cette affaire : «Le génie de Netanyahou réside dans son analyse fine des évolutions démographique, socio-culturelle, économique et autres au sein de la société israélienne et de sa capacité sans bornes à moduler la politique de son gouvernement pour l'adapter sans cesse aux derniers développements de ces évolutions ! Le secret de sa survie politique, s'adapter aux situations plutôt que tenter de les influencer. Il plie face au diktat des partis ultraorthodoxes et crée le chaos dans le service des chemins de fer. Ayant interdit, sous la pression des ultraorthodoxes et contre l'avis de son ministre des Transports, de mener les travaux de la gare Hashalom à Tel Aviv durant le Shabbat, ceux-ci seront reportés samedi soir occasionnant l'interruption de la ligne Haïfa-Tel Aviv au détriment des usagers, notamment des nombreux permissionnaires qui doivent réintégrer leur unité au terme du week-end. L'image du premier ministre, telle qu'elle se dégage dans les médias suite à cette affaire : un paillasson face aux ultraorthodoxes mais un oppresseur des usagers des transports publics et des militaires».
Les bouchons : J'ai niqué Katz


Il est fort probable que le ministre Katz sera sacrifié sur l’autel des exigences de la coalition gouvernementale.

7 commentaires:

V. Jabeau a dit…

Les Haredi se comportent comme une secte et dans certains pays, tomberaient sous le coup de la loi. Ils emprisonnent à vie leurs enfants en les empêchant d'apprendre les matières profanes qui pourraient leur permettre d'avoir un métier et d'être utile à la société qui les héberge. Les hommes qui étudient en faisant travailler leurs femmes répondent à la définition de maquereaux. C'est une catastrophe pour maintenant et pour le futur du pays.

Marianne ARNAUD a dit…

"Et c'est le shabat.
Il passe à travers les champs de blé.
Ses adeptes, chemin faisant, commencent à égrener des épis.
Les Peroushim lui disent :
"Vois ! Pourquoi font-ils ce qui n'est pas permis le shabat ?"
Il leur dit : "N'avez-vous jamais lu ce qu'a fait David ?
Il était dans le besoin, il avait faim, et ses compagnons avec lui.
Il est entré dans la maison de l'Elohim,
aux jours d'Ebiatar le grand desservant.
Il a mangé le pain des faces qu'il n'est pas permis de manger,
sauf aux desservants. Il en a même donné à ses compagnons."
Il leur dit :
"Le shabat est fait pour l'homme et non l'homme pour le shabat."

Marc ch. II : 23 à 27 - La Bible traduite et présentée par André Chouraqui

Elizabeth GARREAULT a dit…

Jamais l'expression : " les peuples ont les dirigeants qu'ils méritent " n'aura autant pris tout son sens qu'en ce moment.

François GUTHMANN a dit…

Je n'appréciais pas vraiment Pierre Vidal-Naquet (par ailleurs un cousin par alliance), concernant notamment ses opinions sur le conflit israel palestine, mais ce qu'il dit dans cette interview est juste "Tacite a confirmé qu'au premier siècle de notre ère, le judaïsme était éclaté. Il n'y avait pas de judaïsme national unifié. Plusieurs factions s'affrontaient qui ne partageaient pas la même vision de la judéïté : les Zélotes, conservateurs issus de la famille sacerdotale et centrés sur l'activité du Temple de Jérusalem : c'étaient les plus religieux; les Sicaires, disciples de Judas le Galiléen, - les plus extrémistes puisqu'il semblerait qu'il s'agirait des "suicidés" de Massada -; enfin les partisans de Simon bar Giora qui formaient un mouvement plus régionaliste. A la fin du Ie siècle, les Romains ont donc trouvé une Jérusalem divisée qui fit face aux romains dans un ordre dispersé. Quant aux chrétiens - qui représentaient une "petite secte"-, ils ne participèrent pas à la défense de Jérusalem : ils étaient passés de l'autre côté du Jourdain. Ce seront les rabbins qui, à la suite de Yochanan Ben Zakaï qui déserta Jérusalem assiégée, constituèrent les cadres du judaïsme traditionnel en rédigeant la Mishna et le Talmud. Ils furent les fondateurs de l'école rabbinique de Yavené." http://chroniques.bnf.fr/archives/decembre2004/numero_courant/conferences/flavius_josephe.htm

Arie WOLFF a dit…

Vous écrivez:
"Les conversions au judaïsme effectuées par les rabbins libéraux américains n’ont pas de valeur ce qui portent conséquence à la Loi du retour."
Je pense que vous commettez une erreur.
Les conversions libérales sont reconnues par le Misrad Haklita, au grand dam de la Rabanout orthodoxe, et ces convertis bénéficient pleinement de la "Loi du retour"

Georges KABI a dit…

Enfin, pour repondre directement a Jacques, je crois que cette crise actuelle n'a pas ete declenchee par hasard par les haredim. Des travaux publics ont toujours existe le samedi, et en general les haredim fermaient les yeux riant tout au long du chemn menant a la banque. En fait, cette crise a ete deliberemment declenche par Bibi pour liquider son Ministre des Transports qui lui porte ombre. D'ailleurs, Bibi sait qu'il en a encore pour 12 a 15 ans de pouvoir, si bien que seuls des politiciens de 35-40 ans ont une chance quelconque de devenir un jour ministre. Katz a depasse l'age et a cru bousculer Bibi. Il en paiera le prix politique. Quant aux genes qu'encoure la population israelienne ce dimanche, cela n'a absolument aucune importance. D'ici 2 jours, tout le monde aura oublie et d'ici 3 ans, Bibi sera reconduit a son poste.

Gerard Hania a dit…

Site antireligieux?