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dimanche 18 septembre 2016

Après des années de soumission, les Kurdes d'Iran se rebiffent



APRÈS DES ANNÉES DE SOUMISSION, LES KURDES D’IRAN SE REBIFFENT
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
      
         
          On parle peu des Kurdes d’Iran, ignorés par les Occidentaux, alors que leurs frères syriens accumulent chaque jour de nombreuses victoires sur Daesh. Ils ne font pas parler d’eux parce qu’ils sont soumis à la répression des mollahs iraniens qui veulent absolument les éloigner du rêve kurde. Le régime estime en effet que ces Kurdes sont avant tout iraniens et qu’ils n’ont aucune revendication à exprimer.




Ils combattent pourtant le régime depuis les années 1920, en vain. Ils militent au sein de partis iraniens d’opposition dont les membres ont dû s’installer depuis 1984 au Kurdistan irakien pour fuir la répression. Représentant 13% de la population, ils mènent un combat pour la reconnaissance de leurs droits politiques et culturels. Ils avaient franchi une première étape jusqu’à créer le 22 janvier 1946 la République de Mahābād, au nord-ouest de l’Iran. Qazi Muhammad fut président de la République, et Moustafa Barzani ministre de la Défense. Cette république éphémère fut battue moins d'un an plus tard par l’armée iranienne. Qazi Muhammad fut exécuté en public au centre de sa nouvelle capitale Mahābād.
Cela mit fin aux prétentions d’une minorité qui subit bien plus tard, dans les années 1980 à l’avènement du régime islamiste, une répression brutale et sanglante traduite par l’exécution des principaux opposants kurdes. Mais la faiblesse des Kurdes iraniens, encore aujourd’hui, s’explique par leur division qui affaiblit leur combat au sein d’une opposition éclatée. Trois partis d’opposition regroupent cette minorité : le PDKI (parti démocratique du Kurdistan), le Komala (parti kurde communiste) et le PJAK (parti pour une vie libre au Kurdistan), branche iranienne du PKK turque (Parti des travailleurs kurdes). Contraints à l’exil au Kurdistan irakien, leur influence s’est trouvé limitée en Iran. Par ailleurs, Téhéran a tout fait pour éliminer ceux qui pouvaient avoir la prétention de devenir leader charismatique.
Abdul-Rahman Kasimlu

Tous les chefs historiques ont été assassinés. Le plus célèbre, Abdul-Rahman Kasimlu, leader du PDKI a été abattu à la table des négociations à Vienne. En 1979, il avait soutenu la révolution contre Mohammad Reza Shah Pahlavi mais Khomeiny avait imposé que tous ceux qui avaient combattu le Shah déposent leurs armes, ce qu’a refusé Kasimlu car il exigeait auparavant l’autonomie pour les Kurdes. Ce fut alors le début d’un conflit ouvert avec les mollahs dont la rancune n’avait d’égale que la patience. En effet, le gouvernement iranien avait suscité une rencontre pour convenir d’un arrangement acceptable. Plusieurs réunions avaient été organisées à Vienne. Ainsi le 13 Juillet 1989, dans la salle même où la négociation avait lieu, il fut assassiné de trois balles tirées à bout portant par un membre de la délégation iranienne. Il fut enterré le 20 Juillet à Paris au cimetière du Père Lachaise.
Combattants du PDKI à la frontière irano-irakienne

Les Kurdes iraniens, contrairement à ceux d’Irak et de Syrie, sont les oubliés de l’opinion internationale qui n’est occupée qu’à neutraliser Daesh sans mesurer l’importance de l’autre combat contre l’extrémisme religieux de Téhéran. Cependant les victoires accumulées par les Kurdes des pays voisins ont attisé le sentiment combatif des Kurdes d’Iran qui ont intensifié les opérations armées. Téhéran ne pouvait pas prendre le risque d’une contamination qui pousserait d’autres combattants ou d’autres minorités à rallier leur cause. Des escarmouches quotidiennes sont devenues routinières depuis la ville irakienne de Koya d’où les rebelles du PDKI mènent une guérilla contre les forces armées de l’Iran. Le 6 septembre, un groupe de combattants est entré dans la ville de Sardacht, dans l’ouest de l’Iran, en tuant six soldats iraniens au cours d’un affrontement.
Chefs du PKDI

Les Kurdes connaissent parfaitement la frontière montagneuse à travers laquelle ils se mesurent aux unités d’élite des Gardiens de la révolution islamique. Leur infiltration a pour but de sensibiliser et de soulever les populations kurdes iraniennes pour les rallier à leur cause. Ils estiment qu’ils n’ont pas d’autre option que la lutte armée s’ils veulent obtenir quelques avancées politiques. Le régime iranien a toujours refusé d’engager un dialogue pour trouver une solution pacifique et il persiste à priver de leurs droits les Kurdes qui subissent une discrimination en les privant de représentation politique équitable et en les pénalisant sur le plan économique. À chaque tentative de soulèvement, ils font alors l’objet d’une répression brutale.
Les victimes kurdes de Rohani

La minorité kurde avait beaucoup espéré de l’arrivée au pouvoir du président Rohani. Mais il n’a jamais cessé de traiter la question kurde, aussi bien l'aspect économique que sociétal et culturel, de manière uniquement sécuritaire. Pourtant Rohani avait pris l’engagement d’améliorer la condition de sa minorité kurde. Mais l’inaction de l’administration dite «modérée» de l’Iran, ainsi qu’une répression accrue, ont poussé les Kurdes d’Iran à réévaluer leur stratégie de résistance.
La situation des Kurdes d’Iran a été rarement abordée. Il a fallu des manifestations en mai 2015 pour mettre en relief la réelle indignation au sein de cette minorité de sept millions d'individus à l'égard de la politique iranienne. Débutant à Mahābād, à la suite de la mort d’un jeune kurde de 25 ans tombé du quatrième étage pour échapper à un militaire iranien, elles ont rapidement pris un caractère national, en s’étendant dans plusieurs autres villes.
Mais le concept même de la République islamique d'Iran, fondée sur le principe du «peuple unique», les Perses, avec une religion d'État, le chiisme, et une seule langue, le persan empêche toute émergence d’une quelconque autonomie. Cela explique les discriminations non seulement envers les Kurdes mais aussi envers les Arabes et les Baloutches.
Les Kurdes sont exclus de l'appareil du pouvoir ; ministres et ambassadeurs appartiennent au sérail islamique. Le Kurdistan iranien a volontairement été abandonné par le régime des mollahs qui a sous-investi dans l'agriculture et dans les entreprises de cette région, entrainant une pauvreté et un chômage en moyenne cinq fois supérieurs à la moyenne nationale. Les prisonniers politiques, en surnombre, sont détenus dans des établissements pénitentiaires, sous le joug du corps des gardiens de la révolution, où le droit ne s'applique pas puisqu’ils  subissent toutes sortes de tortures physiques et psychologiques.
Mais la situation politique a depuis changé dans la région. La montée en puissance des Kurdes en Irak et en Syrie met à présent en évidence la gravité du problème. Alors le gouvernement a tenté quelques réformes comme l'ouverture à d'autres langues dans les universités. Les étudiants au Kurdistan iranien peuvent, depuis mars 2015, choisir le kurde dans les écoles de l'Iran occidental. Sur le plan économique, un gazoduc a été mis en place pour alimenter directement l'Ouest iranien afin de créer de petites industries de produits semi-raffinés et de fabrication de matière plastique et chimique. Mais le gouvernement n’est pas conscient de son erreur dans sa logique d'intégration. Il est persuadé que les Kurdes n'ont aucune volonté de se détacher par la force et qu’ils souhaitent faire valoir leur identité culturelle à l'intérieur de l'Iran. Avec ce raisonnement, il y a donc peu de chances de les voir obtenir une quelconque autonomie. La plupart quittent le pays vers de nouveaux horizons.
Bien sûr, la réussite des Kurdes dans les pays voisins reste pour eux une référence. En Irak, le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) a déjà acquis une large autonomie et prépare même son indépendance. En Syrie, les Kurdes ont accaparé une région dans le nord du pays qu’ils n’entendent pas rendre. L’exemple turc les encourage à envisager une solution militaire en Iran. Le PDKI estime que le moment est venu de lancer une offensive contre l’armée iranienne espérant, en fait, obtenir un soutien de certains pays arabes inquiets de la capacité de nuisance des Iraniens. Les troupes kurdes sont déjà bien réparties à travers la chaine de montagnes qui longent la frontière et se font aider par les contrebandiers d’alcool.
Entrainement à Erbil des combattants du PDKI

Quatre combats ont déjà eu lieu entre l’armée iranienne et les Peshmergas ce qui a contraint l’Iran à consolider sa défense à la frontière. Le combat est cependant déséquilibré face aux forces iraniennes super armées. Mais les Kurdes d’Iran sont fiers d’avoir renoué avec un combat en sommeil depuis 25 ans. Ils sont courageux car ils manquent d’armement sophistiqué, de matériel lourd et de missiles. La seule bonne volonté ne suffit pas et il leur est difficile de se mesurer à la puissante armée iranienne. 
Blindage de fortune sur un véhicule kurde


Mais une évolution se fait jour ; au PDKI s’est joint le PAK considéré comme le plus belliqueux. Ses combattants sont pour l’instant déployés sur le front de Kirkūk et à proximité de Mossoul, où ils cherchent à contenir Daesh. Mais ils comptent rejoindre leurs frères en Iran lorsque leur mission contre l’État islamique sera achevée. Ils auront alors acquis beaucoup d’expérience pour lutter contre les Gardiens de la révolution.
Mais, pour des raisons politiques, ces deux groupes s’opposent sur l’objectif final. Le PDKI aspire à une autonomie au sein d’une région en Iran tandis que le PAK met la barre haute en exigeant l’indépendance. Dans l’immédiat et c’est une lacune, les combattants du PAK sont installés en Irak et il est difficile pour eux de lancer des attaques en Iran.
Combattant du PAK dans la montagne

La troisième composante kurde, le PJAK (parti pour une vie libre au Kurdistan) a choisi pour l’instant la neutralité car l’Iran et Bachar al-Assad ont conclu un pacte avec son allié, le PKK de Syrie.  Le PJAK se trouve donc dans une phase de trêve virtuelle avec l’Iran depuis 2012 à la suite de cet accord. Le PJAK attend une solution en Syrie pour se libérer de ses engagements. Ses troupes constitueraient alors une force beaucoup plus puissante que le PDKI. Les Kurdes pourraient alors intervenir pour faire évoluer la situation et pour susciter une insurrection en Iran.
Les Israéliens ne verraient pas d’un mauvais œil des troubles fomentés à l’intérieur du territoire des mollahs car ce serait un point de fixation pour les troupes d’élite iraniennes qui, en plus de leur engagement en Syrie,  risquent de s’enliser dans une région difficile d’accès. Ils espèrent aussi que les Kurdes iraniens, comme leurs frères, seront ouverts à des relations avec l’État hébreu.

   

1 commentaire:

Hamdellah ABRAZ a dit…

L'Occident a sa part de responsabilité dans le dépeçage de l'espace kurde entre les 4 pays Turquie, Iran, Irak et Syrie... par conséquent il a cette obligation d'aider les Kurdes à retrouver leur identité pleine et leurs régions propres, surtout au moment où les forces haineuses, belliqueuses, (l'islamisme, le bellicisme iranien....) deviennent un vrai danger pour la paix dans cette région du monde.