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samedi 10 septembre 2016

Les Juifs de CORFOU


LES JUIFS DE CORFOU

Par Jacques BENILLOUCHE


copyright © Temps et Contretemps


          La visite de la synagogue de Corfou, avec la plaque commémorative de la naissance en 1895 d’Albert Cohen suivie de son émigration à l’âge de cinq ans, a posé le problème des Juifs de Corfou. Bien sûr, l’écrivain avait raconté dans le détail les péripéties de la vie de sa famille mais l’occasion nous était donnée de situer l’histoire des Romaniotes, ces Juifs présents en Grèce depuis le VIe siècle av. J.-C. L’histoire des Romaniotes est peu connue. Au cœur de la Grèce, ils formaient depuis deux millénaires une communauté juive hellénisée. Parlant le grec et le yévanique, un dialecte mélangeant le grec et l’hébreu, ces Juifs ont subi l’antisémitisme et la Shoah et ont payé un lourd tribut puisque 87 % d’entre eux ont été exterminés dans les camps de la mort.






Corfou n’a pas attendu les nazis pour subir des exactions antisémites puisque, déjà à la fin du 19ème siècle, la violence antijuive s’était déjà établie. Cela avait commencé à la suite de l’assassinat d’une jeune fille juive dans une résidence de Corfou. Le 1er avril 1891, Rubina âgée de 8 ans, fille de Vita Sarda, avait quitté sa maison du quartier juif pour jouer mais son corps fut retrouvé dans un sac. Différentes rumeurs s’étaient alors répandues dans la presse accusant les Juifs d’assassinat rituel. Des bruits avaient circulé que la jeune fille assassinée était chrétienne et que son sang avait été prélevé par les Juifs pour fabriquer leur Matzot de Pessah.
À partir de ce moment, les Juifs ont été harcelés, frappés, et menacés dans leur quartier pour les forcer à abandonner leur pays. Ceux qui fuyaient ont été poursuivis jusqu’à leur embarquement sur des navires en partance pour les pays étrangers.  Ce fut le cas de la famille d’Albert Cohen. Toutes ces actions anti-juives se sont produites en présence de force de l’ordre passives. En effet, les policiers avaient un rôle de commissaires-priseurs officiels sur le marché central, où se vendaient les biens qu'ils avaient achetés à des Juifs, à des prix fortement réduits. Le bruit des exactions s’était répandu à travers toute l’île ce qui poussa une grande partie de la communauté juive, la plus importante des îles Ioniennes, à émigrer. Ce fut l'un des événements antisémites les plus importants de l’histoire grecque. La «bonne Corfou, l'île douce, qui est admiré par tous ceux qui visitent pour la beauté de sa nature, pour la sérénité de ses coutumes, de sa civilisation et son humanitarisme qui rendent l'île une exceptionnelle endroit pour vivre» s’était transformée en un théâtre d'une véritable guerre civile. Et pourtant la présence juive à Corfou avait une longue histoire.
Le plus ancien témoignage de la présence juive sur l'île nous vient de Benjamin de Tudela, qui en 1147 avait visité l'île et avait rencontré un habitant juif alors que l'île était sous la domination du roi Roger II de Sicile. Au cours du 13ème siècle, lorsque Charles Ier d'Anjou régnait sur Corfou, de nombreux Juifs y résidaient déjà. Pendant le règne angevin (1267-1386), la position des Juifs de Corfou fut pitoyable, selon les historiens, mais moins que celle des Juifs dans les autres pays européens.
Pendant plus de quatre siècles (1386-1797), Corfou passa sous la domination des Vénitiens, qui eurent un comportement équivoque et instable envers les Juifs. Face aux graves difficultés financières de l’île, des mesures exclusives avaient été imposées aux Juifs pour leur extorquer une aide financière et pour les forcer à apporter leur soutien pendant le siège de l'île par les ottomans en 1716.

Entre le XIe et XIVe siècle, des Ashkénazes fuyant les persécutions étaient arrivés en Grèce. Au cours de la domination vénitienne, beaucoup de Séfarades, persécutés en 1492 par le roi Ferdinand et la reine Isabelle d'Espagne, se sont joints aux Juifs de l'île. Ils ont imposé leur langue, le judéo-espagnol, aux autres Juifs qui parlaient le judéo-grec ou le yiddish. Un plus grand groupe de réfugiés juifs, expulsés des Pouilles en 1540 par Don Pedro de Tolède, vice-roi de Naples, étaient venus grossir la communauté de Corfou. Les Juifs espagnols et italiens nouvellement arrivés ont alors construit leur propre synagogue, dans laquelle l'élément italien était prédominant. Mais comme il se doit dans le monde juif, les deux synagogues, l'ancienne grecque et la nouvelle, entrèrent en conflit permanent.
Mais sous la pression des Chrétiens, les Vénitiens établirent des lois sévères pour les Juifs de l'île qui furent obligés de porter un signe distinctif. Il fut interdit aux Juifs de posséder ou d’acheter des terres. Les Vénitiens ont essayé de ghettoïser les Juifs, sans beaucoup de succès, en appliquant en 1622 une loi leur interdisant d’abandonner leur district sans autorisation.  Malgré cela, les Juifs de Corfou, comme ceux des autres îles Ioniennes, réussirent à survivre et même à prospérer pendant la domination vénitienne. Ils ont contribué au développement de la vie financière de l’île.
Il a fallu attendre le règne des Français (1797-1799 et 1806-1814) pour que les Juifs acquièrent des droits politiques selon les règles établies par la Révolution française mais ils les perdirent aussitôt sous la domination britannique (1815-1864). Les Juifs avaient alors perdu leur droit de vote ; ils furent interdits de plaider devant les tribunaux et furent exclus de la vie politique.

Cette haine a été fondée sur le fait que les Juifs détenaient des sortes de banques de prêts et qu’ils étaient de riches marchands.  En 1864, les îles Ioniennes furent annexées par la Grèce. Les Juifs récupérèrent alors des droits égaux. Le roi George de Grèce adopta une attitude tolérante à l'égard de la population juive de Corfou et avait tissé une relation particulièrement chaleureuse avec le Grand rabbin Moise Levy.
Une grande partie des Juifs avait déjà quitté l'île. Sur un total de 5.000, 2.000 à 3.000 Juifs émigrèrent vers la Grande-Bretagne, l'Autriche, l'Italie, la Grèce, la France et Athènes ainsi que dans des régions sous domination de l'Empire ottoman, principalement Smyrne et Constantinople. Il est certain que la communauté juive de Corfou, l'une des plus importante de l'État grec, a été rétrécie sur le plan démographique, financier et culturel et n’a jamais plus retrouvé le lustre d’antan.
Dans la première partie du XXe siècle, Salonique est «le cerveau et le cœur» du sépharadisme. Le centre-ville est en 1912, entièrement juif. Les enseignes sont écrites en langue hébraïque. Les Juifs sont à la tête des grandes entreprises industrielles et commerciales. Il en est de même dans plusieurs centres du pays comme Arta, Jannina, Prévéza, alors que dans îles, ils partagent la pauvreté des autres habitants. Dès le début du XXe siècle, les Juifs de Salonique commencent à émigrer. Les lois grecques de 1882 et de 1914 permettent aux communautés juives de s'organiser, de chômer le samedi et les jours fériés juifs, de prélever des taxes sur les produits casher, d'utiliser pour les livres de compte le judéo-espagnol ou le français, la langue de l'éducation à Thessalonique, nom donné par les Grecs à Salonique après l'annexion de la ville.
En 1917, un incendie détruit le centre-ville de Thessalonique, les écoles, les synagogues sont ravagées par le feu. Les bâtiments emblématiques de la ville sont réduits à néant. Une partie de la population se retrouve paupérisée. Le gouvernement grec de Venizélos cherche par ailleurs à helléniser la ville de Thessalonique mais en raison de leur résistance, les Juifs sont en but à une véritable politique antisémite. La crise de 1929 touche les diverses industries de la ville. La communauté juive se divise alors entre sionistes et «alliancistes» qui prônent une politique d'assimilation à la Grèce. Contrairement au reste de la Grèce, les Juifs de Thessalonique sont victimes d'antisémitisme. Une ligue antijuive est fondée en 1930. Sa presse accuse les Juifs d'être à la fois des communistes et de s'enrichir aux dépens du peuple grec. L'agitation antisémite est à l'origine d'un pogrom en 1931 qui entraîne un exil important des Juifs. Entre 1932 et 1934, près de 10.000 d'entre eux émigrèrent en Palestine portant à 40.000 le nombre total de Juifs ayant quitté Salonique depuis 1902.
Déportation des Romaniotes de Ioannina, 25 mars 1944

En avril 1941, les Allemands envahissent la Grèce. Ils occupent la Macédoine où se trouve la ville de Thessalonique dans laquelle vivent 56.000 des 79.950 Juifs que compte la Grèce. Le 6 février 1943, Dieter Wisliceny et Aloïs Brunner arrivent à Thessalonique pour organiser la déportation en créant trois ghettos où sont entassés les Juifs et en confisquant les biens des Juifs. Les maisons juives laissées à l'abandon sont immédiatement pillées.
Le 15 mars 1943, le premier train part pour Auschwitz et les déportations se succèdent jusqu'en août 1943. À ce moment-là 48.533 juifs avaient été déportés dont 37.787 gazés dès leur arrivée. Fin août 1943, la ville de Thessalonique est déclarée Jude rein. Entre 3.000 et 5.000 Juifs sont parvenus à s'enfuir vers la zone italienne.
En tout 87% de la population d'avant-guerre fut exterminée. Depuis, l’histoire grecque élude le sort des Juifs. Les communautés juives ont pratiquement disparu. La communauté romaniote de Ioannina (Jannina) ne compte plus qu'une trentaine de membres, celle de Vólos 104 membres, celle de Chalcis en Eubée, beaucoup plus vivante regroupe 35 familles. À Corfou le seul vestige juif est la synagogue fermée. 

3 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Impossible à la lecture de ce bel article, de ne pas songer que le même sort est réservé aux Chrétiens d'Orient d'aujourd'hui qui, est-il besoin de le rappeler, ne sont que les descendants de ces premiers Chrétiens qui sont à situer dans le cadre du judaïsme présent sur tout le pourtour du bassin méditerranéen dès avant notre ère.

Très cordialement.

Amellal Ibrahim a dit…

Bonjour,

Puisque vous parlez des Juifs dans les Balkans, pouvez-vous nous parler des Juifs de Bosnie et de Sarajevo ?

Merci.

John ROGER a dit…


...BONJOUR ,

...Il y a , de cela , une vingtaine d'années à l'occasion d'une croisière en Méditerranée . Une escale -- un Samedi matin -- à CORFOU .

...Remontant une rue commerçante j'ai aperçu sur ma gauche une rue perpendiculaire portant nom "" Rue de le Synagogue "" . Je m'y suis engouffré . A une 20taine de mètres une très belle synagogue ouverte toute éclairée . Mettant ma kipa j'y suis entré en embrassant la MEZOUZA . Un couple de personnes âgées s'est présenté comme les Concierges-Gardiens . Quelques mots échangés en français puis est entré un groupe de 6 à 7 personnes . Des touristes juifs de Turquie ,

...QQ échanges nous ont appris que TOUTE la population juive de CORFOU avait été déportée .

...J'ai demandé aux gardiens s'ils avaient une bouteille de vin casher et j'ai sollicité le concours de TOUS pour réciter le KIDDOUSH du Samedi midi ,

...Ca reste un MERVEILLEUX souvenir ,

...J'ai demandé aux autres touristes de mettre -- à mon image -- la main à la poche pour remettre plusieurs dollars aux gardiens . Ca a été fait ,

...Par la suite : Autres croisières en Méditerranée et toujours Q Q bouteilles de vin Kasher que je remettais aux escales lors de visites de synagogues ,

...Même chose , en visite à CUBA , où j'étais invité à dîner au centre communautaire un Vendredi soir . j'avais remis deux bouteille de vin kasher . Dîner que je ne pouvais pas honorer . C'était il y a une dizaine d'années ,

Jacques Roger BENILLOUZ
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