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samedi 17 septembre 2016

Et l'on reparle de Mohamed DAHLAN



ET L’ON REPARLE DE MOHAMED DAHLAN

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            

          Cela devient cyclique. Chaque fois qu’une crise éclate entre les clans palestiniens et qu’ils n’arrivent pas à s’entendre, alors on remet le personnage de Mohamed Dahlan sur le tapis pour qu’il se rappelle au bon souvenir de la population de Cisjordanie et de Gaza. Le report sine die des élections locales palestiniennes a créé d’une part, une grande déception parmi les électeurs qui pensaient enfin pouvoir choisir leurs candidat et d’autre part, une grande exaspération face à l’impossibilité des dirigeants de trouver un compromis acceptable. Alors on fait appel à ce personnage mythique comme s’il s’agissait d’un personnage de légende n’ayant jamais existé.



            Mohamed Dahlan, que certains considèrent comme une marionnette aux mains du Mossad et de la CIA et dont les fils sont tirés par des dirigeants arabes, fait l’unanimité en dehors de son pays, mais il attend encore son heure. Aujourd’hui Israël et certains pays arabes fument le calumet de la paix parce que l’Iran est devenu leur danger commun. Ils craignent l’expansion des chiites qui n’hésitent pas à attiser la lutte armée pour étendre leur zone d’action et d'influence et pour parvenir rapidement aux pays du Golfe. Il leur faut donc un chef d’orchestre capable  de neutraliser, au moins politiquement, un Hamas qui résiste malgré la destruction par Israël des infrastructures de Gaza.  Mohamed Dahlan représente pour eux l’homme le plus adapté à cette situation nouvelle où des ennemis d’hier se trouvent aujourd’hui du même bord.

            Dahlan, malgré son âge relativement jeune, 55 ans, a des états de service qui font de lui un dur. Il a été le chef du mouvement de jeunesse du Fatah (Ash Shabiba), qu’il a contribué à mettre sur pied en 1981. Il fut emprisonné 11 fois par les Israéliens entre 1981 et 1986 pour son appartenance au mouvement. Il a profité de son incarcération pour apprendre l’hébreu et, une fois libéré, a terminé ses études de gestion à l’Université islamique de Gaza. Il fut aussi impliqué dans les négociations secrètes qui menèrent aux Accords d'Oslo en 1993 et à la création de l’Autorité palestinienne. Il revint à Gaza avec Yasser Arafat en 1994 où il obtint le poste de chef des Forces de Sécurité Préventive de la Bande de Gaza. Dans ses fonctions, il a côtoyé les principaux chefs palestiniens en apprenant les coulisses politiques et surtout les secrets des dirigeants.

Les accords d’Oslo de 1993 l’ont hissé au poste de conseiller sécuritaire de Yasser Arafat ; l’homme des bons et mauvais coups. Il fut l’homme fort à Gaza où il disposait de troupes acquises à sa personne. Dans ces fonctions, il a tissé des liens étroits avec les officiers de Tsahal chargés de la coordination sécuritaire. Certains l’accusent d’avoir traqué les miliciens du Hamas en coordination avec les services de renseignements israéliens.  Tsahal l’a introduit auprès des Américains qui ont vite compris l’usage qu’ils pouvaient en faire. Il fut d’ailleurs accusé d’avoir émargé à la CIA.
            Il fut contraint à l’exil en 2011, sur les ordres de Mahmoud Abbas qui l’a accusé de corruption alors qu’en fait il s’agissait pour lui de se débarrasser d’un concurrent gênant. Dahlan profita de cette liberté forcée pour rencontrer tous les dirigeants arabes avant de s’installer aux Émirats Arabes Unis. Ses voyages lui ont appris à jouer le rôle de médiateur dans des conflits interarabes, au Yémen en particulier où on lui prête la direction d’opérations à Taez. A la demande d’Al-Sissi, il a trouvé une solution dans l’affaire du projet du barrage de Nahda, acceptable par les trois parties : Égypte Soudan et Éthiopie.  Il était même intervenu auprès du colonel Kadhafi à la demande des Occidentaux. Il est très présent au Liban dans les camps palestiniens où il dispose toujours d’une aura acquise au combat contre Israël.
            Ces contacts tous azimuts font de lui l’homme de la situation, capable de faire consensus pour remplacer Mahmoud Abbas arrivé au terme de son mandat. Les États-Unis sont prêts à miser sur lui et ils n’en font pas mystère. En 2003 déjà, le secrétaire d’État Colin Powell l’avait remarqué en déclarant au président syrien Bachar el-Assad : «Il faut que Mahmoud Abbas montre son potentiel en tant que dirigeant à côté de Mohamed Dahlan afin de mettre fin aux activités terroristes». Mais son action souvent trouble et ambiguë a rendu sa personnalité douteuse. En effet, alors qu’il était l’homme fort de Gaza, il avait demandé l’aide du Hamas pour éliminer Yasser Arafat pendant le siège imposé par les Israéliens à Ramallah. Il avait même demandé l’aide américaine à George Bush qu’il avait rencontré officiellement trois fois.

            Les Israéliens ne sont pas indifférents à Mohamed Dahlan avec qui ils pourraient s’entendre et ils sont prêts à miser sur lui. Ils envisagent avec l’Égypte, l’Arabie saoudite et la Jordanie une action politique conjointe pour porter Dahlan à la présidence de l’Autorité. Des informations avaient circulé sur des entretiens secrets, en France en janvier 2015, entre Avigdor Lieberman et Mohamed Dahlan qui ont été démentis avec mollesse. Amos Harel de Haaretz estime que  «Dahlan est proche du ministre de la défense Avigdor Lieberman. Il serait même la carte secrète aux mains de Lieberman qui l’utilisera le moment opportun». 
          Il fait aussi l’unanimité à gauche en Israël puisque l’un des protagonistes des accords d’Oslo, l’ancien ministre Yossi Beilin, a affirmé en janvier 2016 que «Dahlan deviendra le prochain président palestinien. Il est pragmatique, intelligent et un bon interlocuteur avec Israël».
            La position de Dahlan, complexe, génère cependant certaines inimitiés. En tant qu’irréductible opposant aux Frères musulmans, il est très présentable auprès des Égyptiens mais suspect vis-à-vis du Qatar, fervent soutien au Hamas. Il ne voit pas Erdogan d’un bon œil dans sa course au leadership arabe et ce dernier le lui rend bien puisqu’il l’accuse d’avoir financé le coup d’État raté qu’il aurait monté avec l’opposant Fethullah Gülen.
            Enfin, on attend de Dahlan une méthode pour neutraliser l’Iran qui est autant la crainte d’Israël que des pays arabes. Il s’agit avant tout de briser l’introduction de l’Iran au Proche-Orient via le Hamas et pour cela les Égyptiens sont pour la méthode forte. Ils sont prêts à aider Dahlan à reprendre pied dans son ancien fief à Gaza où il a gardé beaucoup d’amis qui lui sont redevables. Avec l’aide de l’armée égyptienne, le soutien financier de l’Arabie saoudite et des Émirats et l’aide tacite du Fatah et de la Jordanie, Dahlan serait en mesure de mettre fin au régime du Hamas à Gaza pour affaiblir l’Iran et l’axe chiite en Syrie. C’est d’ailleurs l’objectif des Israéliens selon le général israélien Amos Yadlin : «l’intérêt d’Israël réside dans la destruction de l’axe chiite en Syrie, et l’affaiblissement de l’Iran et du Hezbollah. Nous voulons que la Syrie soit sunnite laïque, sinon, on permettrait à notre pire ennemi de venir s’installer juste à la frontière avec le Golan».

            Mohamed Dahlan pense lui que  «la guerre en Syrie n’a pas encore commencé. Elle débutera au lendemain du départ d’Assad et ne pourra finir que par un accord entre l’Arabie Saoudite, la Russie et les États-Unis». Cela tombe bien car les relations entre Poutine et Dahlan sont excellentes. Les Russes seraient donc prêts à confier à Dahlan le soin d’organiser des négociations entre Palestiniens, Israéliens et pays arabes pour mettre fin au conflit israélo-palestinien. Ce serait la carte que compte aussi jouer Lieberman en s'appuyant sur Mohamed Dahlan. 

1 commentaire:

COMMENT VIVRE ENSEMBLE a dit…

Mahmoud Abbas fera tout pour empêcher Dahlan de lui succéder pour préserver les intérêts économiques et financiers de sa famille