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mardi 20 septembre 2016

Décryptage de l'accord militaire américano-israélien



Décryptage dE L’accord MILITAIRE américano-israélien

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Yaacov Nagel signe pour Israël
L’accord signé le 14 septembre 2016 entre Barack Obama et Benjamin Netanyahou n’a pas fait l’unanimité dans la classe politique israélienne. Certains considèrent qu’il s’agit d’un accord en trompe-l’œil ou de l’expression d’une vengeance à froid du président américain qui a voulu sanctionner les manœuvres du premier ministre face au Congrès américain pour contester l’accord nucléaire avec l’Iran. D’autres, en revanche, qualifient cet accord d’historique pour Israël. Qu’en est-il réellement sur le fond ?


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Ne t'inquiète pas je te tiens le dos


Les termes et les clauses font foi sans qu’il soit besoin d’une quelconque interprétation, mais la nouvelle réalité des engagements bilatéraux laisse peu de latitude de manœuvre.  Barack Obama a voulu cependant donner dans l’emphase mais c'est une illusion : «Le nouveau protocole d'entente constitue le plus grand gage de l'assistance militaire de l'histoire des États-Unis, pour un total de 38 milliards de dollars sur 10 ans, dont 33 milliards en FMF (Foreign military financing : Financement militaire à l'étranger] et 5 milliards supplémentaires pour le financement de la défense antimissile. Le Premier ministre Netanyahou et moi sommes convaincus que le nouveau protocole d'entente apportera une contribution significative à la sécurité d'Israël dans ce qui reste une zone dangereuse».
Il faut savoir cependant que cette aide est une aubaine pour les entreprises américaines. Elle permet par ailleurs au président de masquer l’augmentation de son budget défense comme il l’avait promis dans sa campagne électorale, en finançant sa défense de manière indirecte. En effet Obama doit contrecarrer le nouveau gel des dépenses budgétaires. Israël est obligé de dépenser en matériel américain tout l’argent qui lui est confié afin de «sauvegarder l’emploi des ouvriers des entreprises d’armement américaines».
Jusqu’à ce nouvel accord, le Congrès avait autorisé Israël à utiliser un quart de l’aide pour «subventionner sa propre industrie militaire». Selon des hauts fonctionnaires américains : «Il est important de se rappeler que l’assistance à l’étranger n’est ni un acte de charité, ni une faveur que nous faisons aux autres nations. C’est un impératif stratégique pour l’Amérique». Les conditions de l’aide sont favorables pour Israël puisqu’elles lui permettent de recevoir la totalité de l’aide dans les 30 premiers jours de l’année fiscale, obligeant souvent le gouvernement américain à emprunter.
J'aurais pu recevoir plus

Par comparaison, en 2007 les États-Unis sous la présidence de George W. Bush, avaient augmenté de 2,4 milliards à 3 milliards de dollars la subvention annuelle pour la décennie, soit une augmentation de 25%. Bien que n'étant pas membre de l'OTAN, Israël est le pays qui, chaque année, bénéficie le plus de l'assistance militaire américaine. Il est non seulement un acheteur majeur d'armes américaines mais il développe également, grâce à cette aide, de nombreux programmes de recherche-développement militaire en coopération avec les États-Unis.

Mais l’ancien ministre de la défense, Ehud Barak, conteste cet accord en justifiant que l’assistance allouée pour les années 2019 à 2028 n’a augmenté que de 15%, ce qui ne couvre même pas l’inflation sur dix ans. En effet, selon les chiffres officiels, l’inflation de 2007 à 2016 s’est élevée à 17,09%. Il s’agit donc pour lui d’une régression sur le montant de l’aide. Il est fort probable qu’Ehud Barak utilisera ces arguments au cours d’une éventuelle campagne électorale puisque les rumeurs donnent à penser qu’il prépare son retour en politique.  

Il en a profité pour lancer une charge virulente : «Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a permis à une minorité nationaliste militante de mener à bien une OPA hostile contre son parti le Likoud pour former une majorité gouvernementale et donc de mettre notre programme national au service d'un entraînement messianique vers un État juif unique, du Jourdain à la mer Méditerranée».
Amos Yadlin

Il est certain que la volonté de Netanyahou de manifester son indépendance vis-à-vis d'Obama n'a pas été payante. Les relations avec les Etats-Unis ont été très tendues tout au long de la mandature. L'accord nucléaire a été signé malgré les gesticulations du premier ministre. Le lobby israélien AIPAC a été mis dans l'embarras pour s'être engagé à fond du côté d'Israël et il a été le plus pénalisé dans cette affaire. Enfin Israël a perdu au change sur le plan de l'aide militaire.
Le général Amos Yadlin, ancien chef des renseignements militaires, estime que les États-Unis n’ont fait aucun effort et que si Netanyahou n’avait pas fait son discours face au Congrès pour démonter l’accord nucléaire, Israël aurait obtenu plus d’argent et n’aurait pas été contraint d’accepter deux restrictions fondamentales qui le pénalisent durement.
La première clause restrictive concerne l’aide allouée qui devait, jusqu’alors, être utilisée à 75% pour des dépenses auprès des entreprises américaines ; Israël gardant la liberté d’utilisation des 25% restants, en particulier pour acheter du matériel auprès des entreprises israéliennes d’armement. Le nouvel accord impose que la totalité soit dépensée aux États-Unis et il ne permet plus à Israël de financer les entreprises industrielles du pays. Mais ce n’est pas tout ; Israël n’avait pas à justifier la façon dont il dépensait les 25% de l’aide tandis que les Américains n’avaient aucun moyen de s’opposer à l’utilisation de cet argent à des fins auxquelles ils s’opposent en théorie, à savoir la construction dans les implantations de Cisjordanie. Il est fort probable que les implantations disposeront d'un budget écorné.

Par ailleurs Israël s’est engagé à ne plus réclamer d’aide supplémentaire du Congrès. Pire, toute aide nouvelle votée par le Congrès est bloquée et Israël s’est engagé par écrit à la restituer. Cette deuxième clause semble être un missile lancé contre l’AIPAC dont le rôle principal est de faire agir ses lobbies pour débloquer des crédits supplémentaires. Il est «puni» pour avoir bataillé avec Netanyahou contre l’accord nucléaire et contre Obama. Par cette clause, le rôle de l’AIPAC devient totalement minimisé et sa fonction principale d’obtenir des fonds du Congrès n’a plus de raison d’être. Le Congrès lui-même voit ses prérogatives totalement réduites dans ce domaine puisqu’il ne peut plus intervenir face à un accord verrouillé.

Benjamin Netanyahou, nationaliste et fin politique, ne peut pas être accusé de brader les intérêts économiques et sécuritaires d’Israël en signant un mauvais accord. Mais il est légitime de comprendre les raisons de cette hâte à parapher un texte qui pénalise Israël alors que, dans quelques mois, un nouveau président sera à la Maison Blanche avec qui il pourrait avoir des relations plus apaisées. En fait le premier ministre a joué la sécurité avant les élections américaines qui pourraient ne pas donner forcément un nouveau président, ami d’Israël.
Les sondages qui évoluent en faveur de Trump inquiètent les milieux israéliens car rien n’est dit sur la politique internationale à laquelle il comprend peu de choses. Trump a souvent annoncé qu’il privilégierait son pays plutôt que l’étranger ; Israël pourrait donc en pâtir. Bref pour certains, il n’est pas bon pour Israël. De nombreux dirigeants israéliens pensent que, avec Trump, la politique internationale évoluerait dans un sens peu favorable à Israël.
Trump et Adelson

Le seul repère en Israël sur l'éventuelle politique de Trump vis-à-vis d’Israël est puisé dans le journal Israël Hayom, du magnat Sheldon Adelson, financier et soutien de Trump. Il affirme, sans référence concrète, que Trump serait un «véritable ami d'Israël». Mais Obama a désengagé les États-Unis du Moyen-Orient et il n’est pas impossible que Trump accélère ce recul. Les experts israéliens sont incapables de prédire ce que sera sa politique. De ce point de vue, Netanyahou a voulu certainement verrouiller pour dix ans l’aide américaine, quelle que soit l’évolution de la politique américaine et quels que soient les trois prochains présidents qui siègeront à la Maison Blanche durant la période de l'accord.
Attention à la marche

Netanyahou a donc voulu bloquer les décisions sur l’aide militaire. L’avenir dira s'il a pris la bonne décision. Il sait que, de toutes façons en cas d’urgence ou de guerre imposée, les États-Unis ne laisseront pas tomber Israël. On se souvient en effet qu’en 2009, lors de la guerre de Gaza, ils avaient affrété en urgence un navire à partir de la Grèce pour livrer plusieurs centaines de tonnes d'armes. Le navire avait fait deux trajets entre le port grec d’Astakos et le port d’Ashdod en transportant 325 conteneurs contenant des «munitions». Aucun autre bénéficiaire de l’aide militaire américaine n’a vu cet avantage lui être accordé. Israël reste et restera un allié privilégié des États-Unis.


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