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dimanche 24 avril 2016

La rancune tenace entre Obama et l'Arabie




LA RANCUNE TENACE ENTRE OBAMA ET L’ARABIE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            
          Il est loin le temps où, par déférence, Barack Obama se courbait face au roi d’Arabie. L’image avait fait le tour des salles de rédaction et avait choqué certains milieux occidentaux. Le président américain s’était défendu de s’être prosterné devant un musulman ; pour lui il s’était penché non pas par acte d’obéissance, mais par respect pour un roi. Les Républicains avaient critiqué alors un «affichage choquant de fidélité à un potentat étranger».




            Sept années plus tard, l’ambiance n’était plus la même car le roi Salman n’a pas apprécié d’avoir été mis à l’écart au profit de l’Iran. Le 20 avril, Barack Obama avait entamé son dernier périple en Arabie en tant que président. Le 21 avril il a participé au sommet du CCG (Conseil de coopération du Golfe), alliance qui réunit six pays du Golfe.  Le cœur n’y était plus ; le président Obama n’était pas attendu en invité de marque. En effet, le roi Salman n’a pas accueilli Barack Obama sur le tarmac à l’aéroport et a chargé le gouverneur local de rendre les honneurs au visiteur. Insulte suprême, son arrivée n’a pas été retransmise en direct à la télévision comme à l’ordinaire. On ne pouvait pas marquer plus de mauvaise humeur alors que les autres invités du CCG ont eu droit en revanche à un accueil monarchique.
            Les relations entre la plus grande puissance du monde et le plus grand pays musulman autocratique se sont refroidies. Pourtant les Américains avaient longtemps fermé les yeux sur les atteintes aux droits de l’homme en Arabie, sur le statut des femmes saoudiennes et surtout sur les décapitations. Mais, rancuniers, ils n’ont jamais pardonné que les pirates de l’air du 11 septembre 2001 aient été saoudiens.

            L’entretien entre les deux chefs d’État, qui aura duré deux heures, a été l’occasion d’aborder les conflits régionaux et la lutte contre Daesh mais, aussi et surtout, le sujet brûlant de l’Iran cause du refroidissement des relations bilatérales. Il est clair que les Saoudiens misent à présent sur le successeur d’Obama pour réviser leur position. Tant que les Américains avaient besoin de pétrole et qu’ils pouvaient vendre leurs armes au Royaume, ils ont privilégié les intérêts de ce pays. Mais l’abondance de gaz de schiste et la baisse des cours du pétrole ont changé la donne. Par ailleurs la stratégie sécuritaire a subi une inflexion car les missiles balistiques ont réduit la région à une importance mineure. Barack Obama a donc adopté une approche différente, à la limite d’un renversement d’alliance, en se tournant vers l’Iran pensant ainsi limiter l'influence politique chiite grâce à l'accord sur le nucléaire.
            Mais les Saoudiens, grands connaisseurs de la mentalité de la région, ne croient pas dans la parole des Iraniens et ont mis en garde les Américains contre leur capacité de nuisance dans la région. Or Barack Obama est convaincu des bonnes dispositions de l’Iran : «La concurrence entre les Saoudiens et les Iraniens, qui a contribué à alimenter les guerres et le chaos en Syrie en Irak et au Yémen, nous oblige à dire à nos amis ainsi qu’aux Iraniens qu'ils ont besoin de trouver un moyen efficace de partager le voisinage et d’instituer une sorte de paix froide». 
- Nous sommes toujours des amis   - On dirait qu'ils n'ont pas écouté mon portable récemment 

            Obama n’a jamais réussi à rassurer les Saoudiens qui ont boudé tous les sommets américains à Washington. Les Saoudiens n'ont pas été entendus lorsqu’ils avaient mis en garde les États-Unis face à leur refus de soutenir le régime chancelant de Moubarak. Il avait exigé le bombardement des troupes de Bachar al-Assad lorsqu’il avait acquis la certitude qu’il utilisait des armes chimiques en 2013. Mais les États-Unis avaient décidé de se désengager de la région au prix du renoncement à leurs alliés naturels. C’est pourquoi l’objectif de la visite d’Obama avait pour but de rassurer et de confirmer que les États-Unis consolideraient la sécurité de l’Arabie et des pays du Golfe. D’ailleurs ils n’ont jamais cessé de leur fournir des armes, en surnombre par rapport à la capacité d’absorption de leurs armées. Obama aurait fait comprendre au CCG qu’il avait intérêt à réviser sa position à l’égard de l’Iran tout en prenant cependant plus de mesures pour la sécurité des pays du Golfe. Le roi Salman et Obama n’ont été d’accord sur rien comme le mentionne le communiqué final très diplomatique : les deux dirigeants ont eu, selon la formule, «un large échange de vues».
            Les Saoudiens devraient pourtant se méfier car il n’est pas certain que le successeur d’Obama fera mieux. Si Trump est élu, il a promis de cesser d’acheter du pétrole aux Saoudiens s’ils ne participaient pas activement à la lutte contre Daesh dont on sait qu’une partie de ses militants djihadistes est financée par le régime wahhabite. Par défaut, le roi Salman semble donc avoir misé sur Hillary Clinton. Il a offert des millions de dollars à sa fondation mais il risque d’avoir des surprises ;  elle était Secrétaire d’État lors des conversations avec l’Iran qu’elle avait donc cautionnées et elle avait soutenu l’accord nucléaire. Il reste cependant l’espoir d’un nouveau départ avec les États-Unis.
Interview d'Obama par the Atlantic

            Benjamin Netanyahou se frotte les mains face à cet imbroglio politique. Il est satisfait de ces relations brouillées entre deux grands alliés de la région qui justifient d’ailleurs sa propre opposition à la politique d’Obama. Il a trouvé dans l’Arabie saoudite un allié de poids face à l’ennemi commun, l’Iran. Pour le premier ministre, la politique étrangère américaine, en particulier la politique moyen-orientale, comporte trop d’irrationalités, d’incohérences et de contradictions. Le président américain l’a d’ailleurs reconnu avec franchise dans une interview publiée en avril 2016 dans le Magazine «The Atlantic». Il a donné son explication sur sa décision de ne pas intervenir militairement en Syrie le 30 août 2013. Dans une sorte d’aveu il a reconnu n’avoir pas pu s’opposer à «l’orthodoxie de la politique étrangère qui oblige les présidents américains à considérer l’Arabie saoudite comme un allié».

            Obama n’a jamais pu oublier le 11 septembre 2001 et sa rancune est tenace. Trois mille Américains ont été massacrés alors que les services de renseignements savaient que de richissimes saoudiens finançaient le terrorisme. Sur les 19 terroristes, 15 étaient titulaires de la nationalité saoudienne. Le terroriste en chef Oussama Ben Laden était également saoudien. Et pourtant l’Arabie saoudite n’a pas été inquiétée. Bien au contraire, pendant que l’Amérique pleurait ses morts, l’ambassadeur saoudien à Washington, Bandar Ibn Soltane était reçu en ami intime par George W. Bush comme si de rien n’était. Tout cela parce que les États-Unis avaient besoin de l’Arabie saoudite pour la guerre contre le régime irakien car l’urgence restait «la lutte globale contre le terrorisme».
            Obama exprima son amertume de voir l’Indonésie se transformer progressivement de pays musulman ouvert et tolérant, en un pays optant pour une interprétation de plus en plus fondamentaliste et intolérante de l’Islam par la faute des Saoudiens qui envoyaient des imams et des enseignants en Indonésie. Dans les années 1990, les Saoudiens avaient massivement investi dans la construction de madrasas wahhabites où est enseignée la version fondamentaliste de l’islam qui a les faveurs de la famille régnante. Aujourd’hui, l’islam en Indonésie a une orientation fondamentaliste inconnue jusqu'alors dans le pays. En fait, l’idée que la famille Saoud soit derrière de nombreux problèmes dans le monde germait dans l’esprit de Barack Obama.
Madrassa en Indonésie

            Cette attitude d’Obama n’est pas nouvelle. Déjà en 2002, six ans avant son élection, et alors que l’ancien président George Bush et son ami Blair remuaient ciel et terre pour éliminer l'irakien Saddam Hussein, Obama s’adressait à un rassemblement anti-guerre à Chicago dans des termes étonnants aujourd'hui : «Vous voulez une guerre M. Bush ? Commençons déjà par nos prétendus amis, les Saoudiens et les Égyptiens, afin qu’ils arrêtent d’opprimer leurs peuples, d’étouffer les voix discordantes et d’alimenter la corruption et l’inégalité». Obama n’était alors que sénateur de l’Illinois. Les Saoudiens savaient donc que le président américain ne les portait pas dans son cœur mais ils se sentaient protégés par l’«orthodoxie» de la politique étrangère américaine avec ses tabous  intouchables, dont les relations avec l’Arabie saoudite et avec Israël.
Obama à Chicago en 2002

            Obama n’a jamais critiqué publiquement l’Arabie saoudite. Il ne le fait que tardivement parce qu’il quitte ses fonctions à la fin de l’année. En fait le président américain abhorre la politique des Saoud en Arabie saoudite et de Netanyahou en Israël et il n’a rien fait pour les infléchir. Il  a toujours reçu les dirigeants du royaume wahhabite et de l’État hébreu avec tous les honneurs, contraint et forcé, quitte à cacher tout le mal qu’il pense d’eux. L’homme le plus puissant du monde avait ses limites. Il a été contraint de se soumettre aux exigences de l’«orthodoxie». Benjamin Netanyahou avait très bien compris cette réalité de la politique américaine. Il sait que le locataire de la Maison Blanche, républicain ou démocrate, se pliera toujours à cette orthodoxie.


3 commentaires:

Arie AVIDOR a dit…

J'ajouterai le mépris inné des Saoudiens pour un Noir, "abed" (esclave) dans leur langage et dans leur mentalité.

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Qu'il est loin le "nouvel ordre mondial" annoncé triomphalement par George Bush père, en 1991, devant le Congrès américain, après la libération du Koweit.
L'ONU est paralysée comme au temps de la guerre froide. Pas plus en 1999, quand l'OTAN avait bombardé la Yougoslavie, qu'en 2003, quand les États-Unis avaient envahi l'Irak, cela ne s'est fait avec un mandat du Conseil de sécurité de l'ONU. De même en 2011, si le mandat de l'ONU prévoyait bien la "protection des populations civiles" de Libye, il ne permettait en aucun cas à la coalition occidentale l'élimination de Khadafi. Et tous les jours, l'EI prouve qu'il n'a que faire des frontières qu'il transgresse sans vergogne pour asseoir sa domination sur la région.
Quant à l'UE, elle est incapable de défendre et faire respecter ses frontières extérieures qui sont devenues de véritables passoires au grand dam des peuples européens. Cette Union européenne qui devait leur apporter paix et prospérité, se révèle être un nain politique face aux États-Unis, à la Chine et à la Russie.
C'est donc tout l'ordre mondial qui sera à reconstruire pour le prochain président américain, et cela dépasse largement la question des relations des États-Unis avec l'Arabie.

Très cordialement.

Georges KABI a dit…

Ce qui a le plus joue dans ce changement de la politique americaine au Proche-Orient est le fait que les USA sont non seulement devenus independants de l'energie moyen-orientale, mais sont devenus, pour la premiere fois de leur histoire des exportateurs d'energie. Et de plus, ils ont fait le compte que l'Iran soutenu par la Chine et la Russie etait beaucoup plus puissant que l'Arabie et se allies du Golfe. Obama aurait bien aime se debarasser dans la foulee d'Israel, seulement ce n'etait pas possible, Israel representant un trop grand poids strategique.