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dimanche 24 avril 2016

La conférence sur le conflit israélo-palestinien plombée d'avance


LA CONFÉRENCE SUR LE CONFLIT ISRAÉLO-PALESTINIEN PLOMBÉE D’AVANCE
Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps
            


          L’initiative française est louable car tout ce qui concourt à une solution négociée pour la paix israélo-palestinienne est bénéfique pour l’ensemble de la région. Mais il semble que la méthode utilisée soit étrange, sinon originale, car tenir une réunion préparatoire à un éventuel sommet international, sans les parties concernées, risque de mener à des incompréhensions et des blocages. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a fixé au 30 mai une réunion à Paris pour tenter de relancer le processus de paix israélo-palestinien, en prélude à un éventuel sommet international au deuxième semestre 2016.





Ryad Al-Malki 

            La partie palestinienne a immédiatement donné son accord par la voix du ministre palestinien des Affaires étrangères, Riyad al-Malki qui a confirmé que les Palestiniens ne déposeraient aucune demande de résolution aux 15 pays membres du Conseil de sécurité de l'Onu. En effet un projet de résolution, dénonçant les implantations israéliennes en Cisjordanie, devait être soumis au Conseil mais les Palestiniens ont décidé de temporiser sur les conseil de François Hollande. 
          Pour ne pas donner l’impression qu’il se pliait aux injonctions françaises, Al-Malki a justifié ce report : il faudra encore «des discussions supplémentaires avec les pays arabes, avant de voir quel est le moment opportun d'avancer dans cette direction. Notre action au Conseil de sécurité ne devait pas mettre en danger l'initiative française de quelque manière que ce soit». En tout état de cause, en pleine période électorale, les États-Unis auraient certainement fait jouer leur droit de veto malgré les relations tendues entre Barack Obama et Benjamin Netanyahou. Toute autre position aurait pénalisé la candidate Clinton.
Pierre Vimont

            Toutefois Jean-Marc Ayrault n’a pas suivi Laurent Fabius dans sa menace de reconnaître l’État palestinien en cas d’échec de cette conférence. Il a entendu les mises en garde de ses conseillers qui avaient estimé que cette menace était trop favorable aux Palestiniens. Le président Mahmoud Abbas devrait cependant tempérer ses espoirs car l’initiative diplomatique a été confiée à un expert aguerri impartial, Pierre Vimont, qui se distingue de ses collègues du Quai d’Orsay. Ancien ambassadeur de France aux États-Unis et à Bruxelles,  ancien secrétaire général exécutif du Service européen pour l’action extérieure  et envoyé spécial de Donald Tusk, président du Conseil européen, il a été bras droit du chef de la Diplomatie européenne de 2010 à 2015.

            Les Israéliens ont accueilli ce projet avec beaucoup de scepticisme le jugeant dès à présent stérile, a fortiori s’ils ne sont pas partie prenante dans les discussions préparatoires. Netanyahou a cependant compris qu’il ne pouvait pas écarter d’un revers de main une initiative qui mobilise tous les Occidentaux. Il a donc décidé de frapper fort en mandatant son ministre des affaires étrangères-bis, Shimon Peres, auprès de ses amis socialistes français pour une campagne d’explication. Selon l’ancien président, les Palestiniens disposent déjà en Cisjordanie d’un espace viable, qui pourrait certes être étendu par des échanges, pour y créer leur État. Il ne voit pas l’intérêt d’autres négociations sur les contours de cet État.
            Le principe de cette négociation revient à Laurent Fabius qui a estimé que le dialogue direct, parrainé par les Américains, n’a mené nulle part. Il a donc décidé de placer cette nouvelle négociation sous l’égide d’un groupe de pays réunis à Paris pour la circonstance. La conférence s’effectuerait avec une double détente. La première réunion se tiendrait à l’initiative d’un Groupe international de soutien au processus de paix au Proche-Orient, composé des membres du Quartet et des pays arabes, excluant les représentants d’Israël et de la Palestine. Cette réunion qui regroupe en majorité tous les pays arabes n’est pas faite pour rassurer les Israéliens qui viennent de subir l’expérience négative du dernier vote à l’Unesco.

            Les votes dans les instances internationales sont sans surprise puisque les pays arabes et leurs alliés disposent d’une majorité automatique confortable. Israël quant à lui sait que sa situation ne changera pas et qu’il ne trouvera jamais grâce parmi les États du globe qui jugent toujours les actes juifs de manière strictement négative. Alors il y aura toujours des résolutions «unanimes» qui auront par habitude de blâmer, de critiquer et bien sûr d’accuser Israël à chaque occasion qui se présentera.
            L’idée française est d’organiser en deuxième temps une réunion israélo-palestinienne en tête à tête au courant de l’été sans aucune présence américaine. Les Israéliens, et même les Palestiniens, ne se font  aucune illusion sur ce processus qui a cependant l’aval des Égyptiens et des Jordaniens. Il est vrai que John Kerry, accusé par les Arabes de ne pas être un médiateur neutre ou un arbitre chargé de faire respecter un équilibre entre les parties, n’était pas parvenu à un quelconque résultat après neuf mois de négociations. 
          Si les diplomates français ne réinventent rien, en se bornant à répéter des principes éculés à savoir la création d’un État de Palestine dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale, l’évacuation des implantations à l’exception de certaines zones donnant lieu à des compensations territoriales, la résolution du problème des réfugiés conformément aux propositions de l’«Initiative de paix arabe» de 2002 fondée sur la résolution 194 des Nations unies, alors l’échec sera au bout du chemin.
Maisonnave et Netanyahou

            La présentation de l’initiative française en février 2016 par l’ambassadeur Patrick Maisonnave au ministère israélien des affaires étrangères, fut l’objet d’une fin de non-recevoir. Le porte-parole Emmanuel Nahshon avait répondu qu’«Israël est favorable aux négociations directes avec les Palestiniens mais s’oppose à toute tentative de prédéterminer le résultant des négociations ». En écho, le ministre de l’énergie Yuval Steinitz avait confirmé qu’«Israël ne négociera pas sous la menace». Depuis, rien de nouveau à l’horizon. On ne voit pas pourquoi cette initiative réussira si elle est fondée sur les mêmes bases politiques fragiles.
            Barack Obama aurait bien voulu clôturer son mandat en janvier sur une initiative forte. Ses conseillers prévoient d’ailleurs un discours solennel où il exposerait sa vision originale du conflit en abordant clairement le débat sur les frontières, la sécurité, le retour des réfugiés et le partage de Jérusalem. Mais le président américain attendrait les résultats de l’initiative française qui n’a aucune chance d’aboutir. L’émissaire français Pierre Vimont, qui dispose d’un a priori positif face aux Israéliens, détient la clé de la réussite. Il multiplie ses déplacements au Proche-Orient, en Europe et aux États-Unis pour exposer le dossier français.
Jérusalem unifiée

            Le plan élaboré par la France manque de détails, en particulier sur les participants. Cette annonce a sonné comme un coup de tonnerre. Mais cette nouvelle tentative est déjà confrontée aux mêmes problèmes initiaux que les autres : aucun accord pour des pourparlers, un désaccord sur la forme des négociations et aucun délai pour faire avancer le processus vers son objectif. 
          Mais certains éléments nouveaux sont apparus aux cours de ces dernières semaines qui ont vu une vague de rencontres entre diplomates français, israéliens et arabes. Benjamin Netanyahou a discuté avec François Hollande par téléphone au sujet de l’accord. L’envoyé spécial Pierre Vimont a rencontré Dore Gold, directeur général du ministère israélien  des Affaires étrangères et le négociateur en chef Isaac Molho avant de s’entretenir avec le président palestinien Mahmoud Abbas, son ministre des Affaires étrangères Riyad al-Maliki et son négociateur en chef Saeb Erekat.
Vimont et Abbas

            Les diplomates français veulent «désamorcer la poudrière» qui menace d’exploser avec la poursuite des attaques palestiniennes. Mais les détails du projet français restent encore flous. Il semble que les visites françaises en Israël n’ont pour but que de «tâter le terrain, d’écouter et de rassurer les deux camps».  La France est consciente que la mission est très difficile. Un point négatif cependant. La France risque d’être isolée en Europe car la chancelière allemande Angela Merkel s’est rangée du côté de Netanyahou en affirmant que «ce n’est peut-être pas le bon moment pour prendre des grandes mesures».
            Et puis il existe un manque de volonté internationale pour faire avancer le processus. Netanyahou ne veut pas d’intervention internationale dans le processus de paix : «la paix ne peut pas être imposée de l’extérieur». Les Israéliens ont annoncé poliment qu’ils «étudieraient» la proposition française mais ne semblent pas prêts à s’impliquer estimant que  «ce n’est pas le cadre qu’ils ont en tête». Les Palestiniens eux-mêmes ont été refroidis. Le négociateur en chef Erekat a affirmé qu’«il n’y avait pas encore d’initiative, qu’il attendait un accord plus détaillé et souhaitait un engagement plus contraignant». Il veut imposer des partenaires internationaux dans le futur processus pour que «les termes soient conformes aux lois internationales». Il fait référence au succès de l’accord iranien pour espérer une issue similaire pour le conflit israélo-palestinien.
            Les Américains sont tout aussi sceptiques. Une semaine avant la visite de Vimont, le vice-président américain Joe Biden s’était rendu à Jérusalem, Tel Aviv et Ramallah sans rien proposer de nouveau. Selon le Palestinien, le Dr Mahdi Abdul Hadi : «Il y a deux écoles de pensée. Soit les Français remplaceront les Américains en tant que médiateurs, soit l’initiative française fait partie d’un programme occidental partagé et il est question d’une division du travail entre les Européens et les Américains. La France souhaite transmettre un message aux électeurs français et leur indiquer qu’elle suit ce qui se passe au Moyen-Orient, en particulier après les attentats de Paris».

            L’opinion générale qui prévaut est donc qu’il s’agit pour la France d’une question de politique nationale. Les communautés juives et musulmanes en France sont affectées par les tensions entre Israéliens et les Palestiniens. Mais cela ne suffit pas à considérer que la France a une raison légitime pour mener une initiative de paix entre Israël et la Palestine.

8 commentaires:

Michel LEVY a dit…

A quoi peut servir cette conférence dans les circonstances présente ? il n'y a pas d'autorités compétente et légitime côté palestinien, le peuple d'Israël n'a aucune confiance ni en l'ONU qui s'est montré écœurante de partialité, ni en l'Europe, ni en Obama. On ne sent aucune bonne volonté émanent d'aucune des deux sociétés civile.

Paule ALFON a dit…

Méthode plus qu'étrange ,en forme de dictât !
Qui est la France pour s'ériger en arbitre ?
Tout ce cinéma se terminera comme toutes les autres réunions du type ,par un fiasco !
On ne décide pas de l'avenir d'Israël lorsque les partenaires pour pour la paix sont inexistants !!!

Georges KABI a dit…

Jacques, felicitations tu travailles jusqu'a la derniere minute!

Les Francais ne font que s'agiter, ne sachant meme pas comment resoudre leurs problemes interieurs. Quant a leur politique etrangere, elle est bien connue depuis les declarations du fondateur de la 5e Republique

Joyeuses fetes de Paque Jacques et encore une fois merci!

Avraham NATAF a dit…

Une autre tentative de faire un croche pied et déséquilibrer Israël et qui sera accompagnée d'actes terroristes pour donner aux palestiniens l'illusion de négocier à partir d'une position de force.

David Allouche a dit…

Comment les israéliens vont se présenter à cette conférence, je pense que ce gouvernement a vendu son âme au diable , je devrai dire aux palestiniens quand la France a voté la résolution de l'UNESCO du 18/04/2016 reconnaissance du mur occidental comme monument musulman. Quand le représentant palestinien a l'ONU veut traîner Israël devant les tribunaux pour crime contre l'humanité , la liste est longue et juste pour finir Hollande fait une tournée au M O sans passer par Israël????????

Anonyme a dit…

Toutes ces pérégrinations sont insignifiantes comparée au Résultat final : Le DECOUPAGE des frontières entre ISRAEL et la PALESTINE.

ISRAEL a désespérément besoin de plus d'espace intérieur. Et il ne peut en être autrement, si l'on regarde "LA" carte : Un ventre mou et des frontières si proches de JERU ou TLV ou BENGOURION airport.

Ce qui se dessine semble être un empiètement sur le SINAI autour et au sud de GAZA (disons de 400km², soit doubler la bande actuelle), et pourquoi pas un empiètement au delà du JOURDAIN, sur une bande ... disons de 1 000km².

Ces 1 400km² pourraient être distribués entre PALESTINE et ISRAEL (Israel en l'ayant déjà annexé pour partie).

Quand au GOLAN, statu quo pendant au moins 20 ans, le temps du début de la reconstruction de la SYRIE... et de l'apparition du KURDISTAN et d'autres provinces +/- autonomes.

La vraie SOLUTION de la PAIX est le surplus de TERRAIN... et l'EGYPTE est prête à le donner...la JORDANIE le ferait contre la sécurité par ISRAEL (pour +20 ans ?) du régime Hachémite (?).

Les frontières bougent au MOYEN ORIENT... jouons aux chaises musicales pour arriver à satisfaire tout le monde.

DE NOTRE VIVANT, Messieurs, SVP, de notre vivant !!!

Herve23 a dit…

Bonne fête de PESSAH / PAQUE à Tous !

Judith MERGUEZ a dit…

Les Francais ne font que s'agiter, ne sachant meme pas comment resoudre leurs problemes interieurs. Quant a leur politique etrangere, elle est bien connue depuis les declarations du fondateur de la 5e Republique