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mercredi 27 avril 2016

Le roi Salman et Israël : une vieille complicité



LE ROI SALMAN ET ISRAËL : UNE VIEILLE COMPLICITÉ
Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            

          Le roi Salman n’a pas digéré sa mise à l’écart par Barack Obama et il a donc tenté de diversifier ses relations internationales pour contrer les États-Unis. Il s’est d’abord tourné vers la Russie puis ensuite vers Israël. Il avait envisagé une visite en Russie et pour cela avait envoyé le prince Mohammed ben Salman, prince héritier en second et ministre de la Défense, le 18 juin 2015 à Moscou, à la tête d’une délégation de haut rang, pour sceller la perte de confiance du Royaume envers Washington.



Adel al-Jubeir

            La rencontre entre Mohammed ben Salman  et Vladimir Poutine a eu lieu à Saint-Pétersbourg. Elle prouvait que le Prince a voulu contrer les Saoudiens proaméricains, le ministre des Affaires étrangères du royaume Adel al-Jubeir et le prince héritier Mohammed ben Nayef, qui ne cachent jamais leurs liens étroits avec Washington. Si à l’occasion de cette rencontre des accords ont été signés concernant  le développement de l'énergie nucléaire pacifique, la recherche spatiale, le logement, l'électricité et les investissements, en revanche des divergences sérieuses sont apparues sur la solution du conflit syrien. L'Arabie saoudite, qui envisageait d'envoyer des troupes au sol en Syrie pour combattre l'État islamique, soutient cependant les adversaires de Bachar Al-Assad dans la crise syrienne.
Mohammad Ben Nayef

            Le moment était mal choisi après la rupture avec l’Iran, l’enlisement militaire au Yémen, les  déconvenues politiques mais surtout la rivalité interne au sein du Palais entre le fils Mohammad Ben Salman et le prince héritier en titre Mohammad Ben Nayef. Le roi avait été déçu que la Russie n’accepte pas de s’engager avec lui dans une aventure militaire en Syrie avec des conséquences aléatoires. Barack Obama lui avait fait aussi comprendre qu’il n’était pas prêt à une intervention terrestre en Syrie ni  à une livraison de missiles sol-air pour l’opposition wahhabite et encore moins à envoyer des GI’s mourir pour le bon plaisir du roi.
            Dans cette conjoncture, l’Arabie saoudite et certains pays arabes ont pratiqué une normalisation discrète avec Israël, paradoxalement au moment d'une montée en puissance du mouvement du boycottage d’Israël sur le plan mondial.  L’Iran a été le catalyseur qui a permis la normalisation de facto entre Israël et les monarchies du Golfe, au départ secrète puis de plus en plus publique, qui n’a rien à voir avec le rapprochement opéré par les États-Unis après l’accord sur le nucléaire iranien.

            Le journal saoudien Moujtahed, connu pour la fiabilité de ses informations, a révélé [1] que Salman bin Abdul Aziz entretenait des contacts avec des dirigeants israéliens depuis la fin des années 1980 par l’intermédiaire du colonel Ibrahim Osman Al Omair et de Abdul Rahman Al - Rashed directeur de la chaîne de télévision  Al Arabiya News. Ces deux personnalités furent les deux premiers rédacteurs en chef du journal gouvernemental «Al Charq Al Awsat». Selon cette revue : «Salman n’était pas en ce temps représentant d’Al Saoud mais il ne représentait que lui-même. Il courtisait les sionistes afin de convaincre les Américains de renforcer sa position dans le Royaume pour augmenter ses chances d’être roi». Salman s’était engagé à ce que son groupe de presse favorise une normalisation culturelle, intellectuelle et pédagogique entre l’Arabie saoudite et Israël.

            C’est dans ce contexte qu’était intervenue la rencontre «fortuite» à Washington entre le directeur général israélien du ministère des affaires étrangères, Doré Gold, et l’ancien ambassadeur saoudien à l’ONU, le général Anwar, en compagnie du publiciste saoudien Daham Al Anzi, «lequel a émis le souhait de l’installation d’une ambassade israélienne à Riyad, terme ultime de la normalisation entre les deux pays». Le Royaume hachémite de Jordanie faisait partie des partenaires traditionnels de la diplomatie souterraine israélo-monarchique. 
          Mais l’insolite dans cette affaire est que la normalisation ne résulte pas d’une volonté délibérée de Salman parce qu’il y a des doutes sur son état mental (Alzheimer) mais résulterait de la décision de son fils, Mohammad Ben Salman, vice prince héritier et ministre de la Défense et Mohammad Ben Nayef, son neveu, prince héritier et ministre de l’Intérieur. La nomination d’Adel Al Jobeir, ancien ambassadeur saoudien à Washington, au poste de ministre des Affaires étrangères, de même que celle d’Adel Al Tarifi, au poste de ministre de l’information, constituent «une traduction concrète et manifeste du processus de normalisation».

            Il apparaîtrait que les liens d’Israël avec les pétromonarchies ont été établis dès la décennie 1980, au lendemain de la Révolution islamique iranienne. Le journal Moujtahed affirme qu’il s’agissait d’une manœuvre à double détente ; dégager Israël de toute menace militaire sur son front nord tandis que l’État juif neutralisait la menace sud grâce au traité de paix avec l’Égypte. Il prétend que la stratégie saoudienne avait lâché la bride à Israël pour détruire la centrale nucléaire irakienne de Tammouz (1981), pour annexer le Golan et Jérusalem (1981), pour envahir le Liban (1982), pour faire des raids contre le QG tunisien de Yasser Arafat (1984) et pour assassiner deux de ses principaux adjoints (Abou Iyad et Abou Djihad). 
          Les pétromonarchies du Golfe ont choisi la survie de leur trône en faisant le choix d’Israël contre l’Iran. L’alliance militaire de l’Arabie saoudite et du Qatar avec la Turquie, le meilleur allié d’Israël dans la zone, entrerait dans cette stratégie. Il est vrai que la dynastie wahhabite n’a jamais tiré un coup de feu contre Israël.


            Plusieurs indices tendent à justifier cette stratégie. La visite spectaculaire de l’Émir du Qatar à Gaza, avec le consentement israélien, de même que le débauchage du chef politique du Hamas Khaled Mechaal de son alliance avec la Syrie et son installation à Doha, la rencontre de Turki Ben Faysal, tant à Monaco, le 10 décembre 2013 avec Tzipi Livni, qu’à Davos en février 2014 avec Shimon Pérès, confirment la tendance du revirement de la diplomatie saoudienne. Le principe de relations commerciales a été acté à l’occasion de ces rencontres.
            L’Arabie saoudite a noué une coopération technologique avec la société Daront, société High Tech installée à Ramat-Gan, pour un programme informatique et sa mise en œuvre par une formation aux États-Unis du personnel saoudien. Par ailleurs, le royaume a attribué au groupe israélien G4S la responsabilité de la sécurité du pèlerinage à La Mecque et de l’aéroport de Dubaï. La firme israélienne AGT, dirigée par un Israélien installé aux États-Unis, a édifié un barrage électronique dans la région frontalière entre les Émirats Arabes Unis et le Sultanat d’Oman pour empêcher les infiltrations hostiles.
Yaacov Hadas

            Wikileaks a révélé beaucoup de câbles diplomatiques concernant le rapprochement entre les pétromonarchies du Golfe et Israël. En 2009, un câble diplomatique du Département d’État américain donne un aperçu de cette alliance avec les pays arabes du CCG (Conseil de Coopération du Golfe). Un câble cite Yaacov Hadas, un officiel du ministère israélien des Affaires étrangères affirmant que «les Arabes du Golfe croient dans le rôle d’Israël à cause de la perception qu’ils ont des relations étroites entre Israël et les États-Unis. Les pays du CCG pensaient qu’Israël pouvait faire des miracles. Israël et les pétromonarchies avaient aussi un intérêt commun : contrer l’influence croissante de l’Iran au Moyen-Orient». Hadas poursuivait : «Ainsi, alors que les deux parties croisaient le fer en public, notamment lors de l’opération militaire israélienne «Plomb Durci» contre Gaza, l’Arabie saoudite avait condamné comme étant une «violente agression», les deux pays entretenaient en sourdine «d’excellentes relations» derrière des portes closes. Mais les Arabes du Golfe n’étaient pas encore prêts à faire en public ce qu’ils disaient en privé».
            Lors d’une réunion à Washington, au Conseil des Relations étrangères, commentée sur Bloomberg TV par Eli Lake, d’anciens officiels de haut rang saoudiens et israéliens ont non seulement partagé la scène mais ont révélé que les deux pays avaient eu toute une série de rencontres de haut niveau pour discuter de stratégies communes, concernant surtout la prédominance de l’Iran sur la région. 

          L’ancien général saoudien Anwar Eshké a ouvertement appelé à un changement de régime en Iran. De son côté, Dore Gold, ancien ambassadeur israélien à l’ONU, a parlé de sa sensibilisation à ce pays au cours des dernières années et des possibilités d’aplanir les divergences résiduelles entre les deux pays. Il a déclaré: «Le fait que nous soyons ensemble ici sur cette scène aujourd’hui ne signifie pas que nous avons résolu tout ce qui nous sépare depuis tant d’années mais nous espérons fermement y parvenir tout à fait dans les années à venir».
            Sous le double phénomène des printemps arabes et de l’influence montante de l’Iran, le rapprochement saoudo-israélien s’est accéléré. En 2014, le prince saoudien Turki Ben Faysal s’offrait le luxe d’écrire un éditorial dans un grand journal israélien, appelant à la paix entre Israël et les monarchies du Golfe, ainsi qu’au règlement du conflit israélo-palestinien.
          On peut dire en conclusion que la brouille entre les Etats-Unis et l'Arabie saoudite a fait les affaires d'Israël mais œuvrera certainement pour une paix durable dans la région, ou du moins pour un statu quo pacifique.

[1] http://www.al-akhbar.com/node/235873

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

En somme, c'est parce qu'en 2011, le Président Obama, tout auréolé de son prix Nobel, a refusé de régler la crise syrienne - lui et sa Secrétaire dÉtat de l'époque, Hillary Clinton, s'étant bercés de l'illusion de la chute imminente de Bachar al-Assad et de son remplacement par son opposition modérée - ce qui a causé des centaines de milliers de morts en Syrie et l'instauration de l'État Islamique, que Israël peut faire ami-ami avec les princes d'Arabie ?

Très cordialement.

Janie Cheraki a dit…

Je pense que malgré tout les SAOUDIENS
sont beaucoup moins ignorants que
Certains pays qui n'ont pas dépassé
L'époque du MOYEN-ÂGE !