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lundi 18 avril 2016

Egypte-Arabie : modèle pour un accord avec les Palestiniens



EGYPTE-ARABIE : MODÈLE POUR UN ACCORD AVEC LES PALESTINIENS

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            

          Dans la guerre qui s’est engagée contre Daesh, Benjamin Netanyahou n’entreprend rien sur le plan diplomatique et militaire sans en référer au préalable à ses trois alliés de fait dans la région : la Jordanie, l’Égypte et l’Arabie saoudite. Il était poussé depuis longtemps à nouer des relations avec ces pays arabes dits «modérés». Ces trois pays arabes ont trouvé le plus petit dénominateur commun qui les unissait à Israël. Chacun, après avoir soulevé ses propres raisons, a écarté de ses priorités le litigieux conflit israélo-palestinien pour trouver un consensus sur les autres sujets. Les  trois pays ont en effet décidé d’axer leur politique sur les nouveaux dangers qui les guettent : l’ennemi iranien, le terrorisme international et l’islamisme radical.


Le roi Salmane et Sissi

            Les Saoudiens redoutent l’influence croissante des chiites dans plusieurs pays  jusqu’alors épargnés. Pour eux l’ennemi reste l’Iran avec sa capacité de nuisance qui les a poussés à prendre fait et cause pour la rébellion syrienne afin de faire tomber le régime d’Assad soutenu par le Hezbollah. Les Saoudiens n’ont pas apprécié la retenue des Américains face aux Iraniens. Wikileaks avait d’ailleurs révélé que l’ancien chef des renseignements, le prince ben Abdelaziz al Saud Moukrine, avait ouvertement exprimé ses craintes à propos de l’Iran mais il n’a pas été entendu par les États-Unis.
            Les princes sunnites saoudiens ont rejoint l’analyse d’Israël tendant à considérer les mollahs iraniens comme des activistes dont les visées expansionnistes sont une menace non seulement pour le Royaume mais aussi pour toute la région. Face à l’implication de l’Iran en Syrie,  l’Arabie a accru ses livraisons de missiles portatifs sol-air aux rebelles. Les dirigeants saoudiens qui gèrent la politique sécuritaire du royaume, ont ainsi pris langue avec les Israéliens pour obtenir conseils et assistance.
            L’Arabie a facilité l’infiltration en Syrie d’agents arabisants du Mossad chargés de recueillir des informations sur l’évolution et l’état des forces en présence. Israël s’intéresse moins aux Syriens qu’aux miliciens libanais du Hezbollah et à la brigade Abou Fadl el-Abbas, venue d’Irak pour se rapprocher des frontières juives. L’ancien chef des services secrets saoudiens, le prince Turki al-Faïçal, avait estimé que cette brigade représentait les «mâchoires d’acier» de l’Iran et il craignait une répétition de ce qui s’était passé en Irak et en Afghanistan, totalement vassalisés par les mollahs.
brigade Abou Fadl el-Abbas

            Les Israéliens voient d’un bon œil une coopération militaire avec l’Arabie dans le cadre d’une complémentarité des moyens. Les Saoudiens ont accru leurs dépenses militaires de manière significative, avec près de 52 milliards d’euros pour sa défense et sa sécurité ; le quatrième plus gros budget militaire dans le monde. Par intérêt, Israël élude les critiques qui lui sont faites de collaborer avec un régime autocratique parce qu’il pense que les pays qui s’arment le mieux sont ceux qui résistent le plus au danger islamiste. Il est vrai que Riyad est engagé à la tête d’une coalition arabe qui combat actuellement les rebelles Houthis (chiites, soutenus par l’Iran) au Yémen ainsi que par les menaces proférées encore récemment par Abu Bakr al-Baghdadi, le chef de l’État islamique (Daesh). Par ailleurs, l’Arabie Saoudite finance l’acquisition d’équipements militaires au bénéfice de certains de ses alliés, l’Égypte et le Liban en particulier.
            Face au nouveau danger, les pays arabes modérés se trouvent donc contraints de se liguer contre l'État islamique. L’Arabie saoudite s’est effectivement mobilisée pour une confrontation mais elle sait qu’elle ne pourra pas en venir à bout toute seule. Malgré son intervention au Yémen, ses soldats manquent d’expérience et risquent d’être débordés. C’est pourquoi elle a fait appel aux troupes égyptiennes pour voler à son secours en cas de besoin. L’Égypte a immédiatement mis sur pied un commando expéditionnaire  pour aider l’Arabie à renforcer ses défenses frontalières. Ces mesures font suite aux renseignements fournis aux Saoudiens révélant que des combattants djihadistes se dirigent vers la frontière saoudienne pour prendre le contrôle du point de passage Arar à la frontière irakienne. Les Saoudiens ont aussi appris que des avions cargos, au départ d’Iran, déversaient tous les jours 150 tonnes de matériel militaire à l’aéroport militaire de Bagdad démontrant ainsi la synchronisation opérationnelle étroite entre le commandement iranien à Damas et à Bagdad.

            C’est dans ce contexte que s’inscrit le nouvel accord avec l’Égypte qui a transféré à l’Arabie deux îles Tiran et Sanafir, à la surprise générale et à la suite de négociations secrètes où Israël a été impliqué en raison des clauses limitatives du traité de paix de 1979. Israël, qui s’était jusqu’à présent opposé à ce transfert, a reçu un document officiel signé par les deux pays arabes. Le but est de renforcer le président Sissi dans l’intérêt de la stabilité de la région. Cela prouve qu’Israël, l’Arabie et l’Égypte se sont engagés sur une nouvelle ère de relations géostratégiques et diplomatiques. On peut considérer qu’il s’agit d’un événement majeur dans les relations tripartites. Israël a reçu l’assurance que la libre circulation dans le détroit de Tiran, qui contrôle l’accès à la ville d’Eilat, lui sera assurée. Les Américains ont co-signé l’accord en gage de garantie.
            Ce transfert d’îles prouve l’étendue de la coopération avec l’Égypte qui partage la même stratégie qu’Israël sur la bande de Gaza et sur le Hamas et la même inquiétude sur la montée en puissance de l’Iran et de la Turquie. Israël joue à présent le rôle de stabilisateur dans la région. Bien sûr, le président Sissi est critiqué chez lui pour avoir bradé une partie du territoire national mais il s’est expliqué en rappelant que ces îles ont toujours été la propriété de l’Arabie qui les avait transférées à l’Égypte en 1950 pour empêcher l’armée israélienne d’en prendre le contrôle; un juste retour des choses. C’est le cadeau de Sissi au roi Salman qui s’est engagé à aider l’Égypte pour les cinq prochaines années pour lui rendre sa solvabilité économique. De gros investissements saoudiens sont planifiés en Égypte pour sauver l’économie égyptienne d’un éventuel effondrement.

            Mais ce transfert reste un symbole, sinon un modèle, pour la résolution du conflit palestinien. Il prouve que des échanges de terres peuvent générer une solution. L’Égypte  songe en particulier à agrandir la bande de Gaza vers le sud pour la rendre plus viable en mordant sur le Sinaï égyptien. Mais Israël doit en contrepartie compenser cette donation par l’octroi d’une bande le long de la frontière avec l’Égypte, prélevée sur le Néguev. On voit ainsi se profiler l’idée du principe d’échanges de territoires entre la Jordanie, la Cisjordanie et Israël. 
          On retrouve les éléments de la stratégie de défense d’Israël dans la promotion d’accords avec les pays sunnites modérés. Ce n’est pas nouveau puisque l’on se souvient du plan de paix proposé en 2002 par l’Arabie saoudite, rejeté en bloc par Israël. L'Arabie saoudite, qui est suspectée d'avoir aidé les organisations djihadistes par l'intermédiaire d'organismes de charité, est considérée comme l'inspirateur idéologique de ces mouvements radicaux. Mais elle s'est amendée en changeant de politique le jour où elle a été la cible de plusieurs attentats revendiqués par Daesh.

            Israël considère à présent les Saoudiens comme des alliés dans le cadre des recompositions géopolitiques dans la région. Des informations font état d’une visite du chef du Mossad, Yossi Cohen, à Istanbul pour rencontrer des responsables arabes réunis à l’occasion de la conférence de l’Organisation de Coopération islamique. Une rencontre à l’hôtel Marriott est prévue avec le ministre saoudien des Affaires Étrangères Adel al Jubeir, le chef de la Diplomatie turque Mevlüt Çavuşoğlu et le ministre qatari des Affaires Étrangères Abdel Rahman Al Thani. Il s’agirait d’une première étape vers la normalisation des relations avec l’Arabie.
          La Jordanie a aussi mesuré le danger qui menace ses frontières bien qu’elle ait montré une certaine neutralité dans le conflit syrien. Elle avait tenté, en vain, une médiation avec Bachar Al-Assad. La nouvelle donne l’a engagée à mettre deux couloirs aériens à la disposition de l’aviation israélienne. À tout moment, les drones israéliens peuvent donc pénétrer librement dans l’espace aérien jordanien pour observer la situation au nord de la Syrie. Elle a été informée par les Israéliens de la détérioration de la situation à ses frontières en raison de la progression des djihadistes qui se rapprochent du plateau du Golan. Deux couloirs aériens ont été ouverts, l’un depuis le sud de la Jordanie à partir du désert du Néguev et l’autre au nord d’Amman, permettant aux Israéliens d’éviter de survoler le sud-Liban. Ce grand privilège a été octroyé par le roi Abdallah II qui craint une déstabilisation de son pays suite à l’afflux de centaines de milliers de réfugiés syriens. Les Israéliens l’ont assuré qu’ils lui prêteraient main forte en cas d’attaque car ils sont convaincus que la chute de la Jordanie serait un risque mortel pour eux. Les militaires israéliens sont très inquiets de la récente montée en puissance de certains groupes terroristes opérant à quelques kilomètres de ses frontières.
            Les trois pays arabes sunnites de la nouvelle coalition ont donc aujourd’hui tout intérêt à coopérer avec l’État hébreu dans sa lutte contre ces activistes. La coordination tripartite de la sécurité régionale a été développée pour contrer la menace commune des djihadistes dans le Sinaï. Il s'avère que des bases politiques peuvent être posées pour un éventuel accord avec les Palestiniens rejoignant ainsi le plan d’échanges de territoires conçu par la nationaliste Avigdor Lieberman. Des rumeurs de négociations secrètes entre Netanyahou et Abbas circulent d'ailleurs en ce moment.


1 commentaire:

AMMONRUSQ a dit…

Merci pour ces informations !