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dimanche 27 décembre 2015

L'illusion des Israéliens pour le nouveau monde



L’ILLUSION DES ISRAÉLIENS POUR LE NOUVEAU MONDE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


           
Invention révolutionnaire sur le diabète par quatre jeunes ingénieurs 
          Les statistiques sont formelles puisque les organismes spécialisés révèlent que plus de 3.000 expatriés israéliens de haut niveau cherchent à rentrer dans leurs foyers, après plusieurs années d’expérience aux États-Unis. Mais ce n’est pas si facile pour eux car on ne les attendait plus et ils ont perdu tous liens avec leurs réseaux universitaires et professionnels qui, seuls, peuvent les réintroduire dans le circuit. Ils doivent faire face par ailleurs à une bureaucratie qui ne distribue pas en toute transparence les postes aux meilleurs mais à ceux qui bénéficient de passe-droits, la fameuse «protectia».






Rockefeller Center de New-York

            Sur 4.000 chercheurs israéliens qui s’étaient inscrits à distance en recherche d’emploi en Israël, à peine 500 ont trouvé à se recaser, 500 ont renoncé et plus de 3.000 sont toujours à la recherche d’un emploi à leur niveau pour reposer leurs valises en Israël. Et bien sûr, les blocages ne concernent pas la reconnaissance de diplômes qui sont soit américains, soit israéliens.
            Israël semble ainsi passif face à la fuite des cerveaux quand il ne stigmatise pas les «traîtres» qui ont fui le pays. Le pays est effectivement connu pour sa grande force de frappe high-tech qui pousse les universités américaines et les centres de recherche occidentaux à puiser dans un vivier disponible qui ne leur a rien coûté en investissement éducatif. Le temps est loin où l’orange de Jaffa représentait l’emblème et le symbole de l’exportation israélienne vers le monde. 
Drone israélien

          Israël, 5ème des pays exportateurs d’armement en 2009, avait reculé à la 10ème place en 2013 avec 2% des exportations mondiales soit 5,66 milliards de dollars. Il vient de gagner deux places en étant à présent à la 8ème place en 2014 avec seulement 1.9% du marché mondial représentant cependant 7,6 milliards de dollars d’exportations.
            Pour maintenir son rang, en plus de garder ses alliés économiques, le pays doit se battre pour maintenir son haut niveau de technicité grâce à ses nombreux cerveaux qualifiés. Les «yordim», terme péjoratif pour ceux qui émigrent, ceux qui «descendent» vers la terre qui leur fait oublier leurs racines, sont happés à l’étranger car ils sont experts en tout. Mais Israël est intéressé à cette exportation spéciale de cerveaux qui lui permet de noyauter les entreprises occidentales pour diffuser la bonne image du pays à travers des ingénieurs efficaces.  Il n’est pas rare que ces entreprises, qui organisent des joint-ventures avec Israël, sont souvent dirigées par des expatriés israéliens ce qui facilite les contacts et aide Israël à prospérer. Le résultat est plus efficace que les collectes de fonds organisées par les associations juives.
Foire aux livres hébreux aux Pays-Bas

            Mais, plus leur salaire primpe et plus s’accentue la nostalgie de leur pays, qui connaît pourtant la guerre et les attentats. Certes ils réussissent toujours à s’élever socialement et financièrement, mais leur envie de retour est toujours présente dans leur esprit. Seulement il est vrai qu’Israël ne peut absorber toutes les bonnes volontés et toutes les compétences car l’alyah russe a fourni un trop-plein dans tous les domaines techniques. Cela explique d’ailleurs que certains lobbies puissants s’opposent à la liberté d’exercer des immigrants français. Les enseignants, les médecins et les scientifiques sont en surnombre dans les grandes villes sans compter  les musiciens. Il ne faut donc pas s’étonner que les laissés pour compte cherchent à trouver leur bonheur à l’étranger. Israël est un petit pays qui a beaucoup «d’idées» et maintenant aussi beaucoup de gaz mais il a besoin plus de petites mains que d’avocats et d'ingénieurs.

            Ils ont été nombreux à s’expatrier. On chiffre à 25% le nombre de diplômés israéliens qui ont décidé de chercher fortune à l’étranger mais paradoxalement ils restent culturellement, intellectuellement et émotionnellement connectés à Israël. Ils sont alors soumis à l’illusion du nouveau monde. L’attrait des États-Unis, où l’on croit que l’argent coule à flots et où l’on peut s’enrichir à bon compte, est une belle image d’Épinal. Le rêve des jeunes et des moins jeunes commence à s’estomper parce que la vie n’y est pas meilleure qu’en Israël, et certainement pas moins chère. 
          C’est la destination privilégiée des Israéliens «de souche» qui rêvent d’une green card qui leur ouvre les portes à tous les emplois et à terme, au passeport américain. Depuis quelque temps, c’est aussi devenu le lieu de chute des éclopés de l’alyah française qui n’ont pas pu, ou pas voulu, s’intégrer en Israël et qui refusaient de revenir à leur point de départ parce que cela était synonyme d’échec. C’est la destination privilégiée des diplômés des grandes Écoles ou universités israéliennes ou françaises qui n’ont pas trouvé en Israël d’emploi à leur haut niveau de diplôme. Pour les Français, la motivation de leur expatriation peut être douteuse en invoquant que leurs diplômes n’étaient pas reconnus ou qu’ils devaient repasser des examens de contrôle de leur compétences.


Manhattan College in Riverdale, the Bronx

            Mais au terme de quelques années d’illusion totale, la déception prend la place du rêve tandis que les réalités de la vie de tous les jours à l’étranger supplantent les espérances. Certes les salaires sont plus élevés qu’en France ou qu’en Israël mais la majorité des expatriés sont unanimes à constater que le net financier est proche de zéro, faisant ainsi de la ruée vers l’or une descente vers le quotidien décevant. Un ingénieur débutant aux Etats-Unis a un salaire annuel autour de 70.000 $ brut (avec les impôts, la Sécu, la retraite, à déduire), il lui reste 50.000$. À moins d’envoyer ses enfants dans les écoles publiques à bas niveau intellectuel, les écoles sont payantes, a fortiori quand il s’agit d’écoles juives qui ne lésinent pas sur les prix de 20.000 à 30.000 dollars par an et par enfant. Les assurances maladies sont privées et donc d’intérêt purement commercial, limitant ainsi les remboursements. Beaucoup d’Israéliens continuent d'ailleurs à se soigner en Israël à l’occasion de leurs visites au pays. Les loyers dans les grandes villes, à New-York et dans sa périphérie par exemple, sont de l’ordre de 4.000 à 6.000 dollars par mois pour un quatre pièces sachant qu’il faut renoncer à acheter son appartement car les prix dépassent l’entendement. Si l’on additionne toutes ces dépenses, on s’aperçoit que même si l’on touche un salaire à plusieurs zéros, il reste zéro à la fin du mois.
            Alors si l’étranger est un moyen de recycler les grands cerveaux, il permet à Israël de garder de garder le contact avec le monde occidental, sa grande source de revenus. Mais ses expatriés, ne rêvent en majorité que de réintégrer leur pays même s’il y a moins de lait et moins de miel.   

2 commentaires:

邓大平 עמנואל דובשק Emmanuel Doubchak a dit…

Il est de la nature de l'homme et ceci est un trait encore plus prononcé chez nous, marins sans mer de rêver d'au-delà, de changements profonds dans notre vie qui nous apportent et meilleures conditions de vie, et nouvelle identité avec enrichissement linguistique et culturel et la possibilité de montrer aux autres qu'on était capable d'arriver plus loin.

Tous les adeptes d'idéologies politiques, tous les immigrés recherchant l'Eldorado, tous les mariés rêvant de films hollywoodiens, doivent se réveiller, la réalité est plus forte que tout, certains réveils sont terribles, d'autres moins, ils sont tous difficiles.

En fait, les pays ont des images sexy, et vous parlent de grands espaces, de douceur de vivre, d'égalité des chances, de ponts d'or etc. de votre réalisation personnelle. La réalité des pays est souvent un tabou qui n'apparaît qu'une fois sur place.

Le retour au pays dépend aussi de la société qu'on quitte et de celle vers laquelle on se rend. Une chose est sûre, la réadaptation peut prendre des mois, voire des années et ressemble souvent en une deuxième version de l'immigration... Devenir réaliste ne veut pas dire casser tous ses rêves, c'est parfois se réadapter et réadapter son projet.

Georges KABI a dit…

Un petit point de detail pas exact. Si effectivement, il t a, en Israel, trop de medecins, pharmaciens, dentistes, avocats, experts comptables, on manque terriblement d'ingenieurs!! Dans la boite ou mon fils travaille, on cherche a la loupe des centaines d'ingenieurs, seulement voila, il n'y en a pas assez d'un bon niveau et surtout ils doivent bien connaitre l'hebreu et l'anglais naturellement.
Quant a l'echec de l'integration des diplomes francais, j'ai une autre explication, mais je prefere ne pas l'exposer ici.
Tout le reste, Jacques, est toujours tres interessant. Merci!