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mardi 17 novembre 2015

Des moyens plus musclés contre les terroristes



DES MOYENS PLUS MUSCLÉS CONTRE LES TERRORISTES

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


                Beaucoup de lecteurs, comme Michaël, sensibilisés par les attentats de Paris, nous posent des questions qui méritent d'être soulevées en particulier sur «l’échec des services de renseignement français. Les Français seraient très en retard en matière de surveillance électronique, par rapport à la NSA américaine ou l'unité 8200 israélienne. Pire ils auraient refusé l'aide des États-Unis et d'Israël en la matière avec beaucoup d'arrogance. Résultats : les terroristes pourtant fichés ont pu préparer une attaque coordonnée à Paris en toute tranquillité». Or, après notre entretien avec le professeur Ami Moyal, spécialiste des écoutes en Israël, en janvier 2015, tout avait été pourtant publié sur les menaces sécuritaires contre la France. Les experts avaient mesuré le danger mais rien n'a changé.
          Nous reproduisons intégralement notre article de janvier 2015 qui n'a subi aucune ride.
       
Les 17 victimes des barbares
          
       C’est toujours dans l’urgence que les décisions gouvernementales françaises vont être prises alors que depuis le 11 septembre 2001, les Américains avaient décidé de mettre tous les moyens de haute technologie à la disposition des services de renseignements. La presse française titre sur les ratés à répétition du renseignement français d’où il ressort clairement que les assassinats des journalistes de Charlie Hebdo et des victimes de l’Hyper Cacher sont dus à des lacunes ou à des défaillances de la police trop rigoureuses face aux exigences du droit du citoyen.


Barbares sanguinaires



    Or les États-Unis et Israël avaient compris qu’avec des barbares usant de méthodes sanguinaires il fallait se comporter comme eux, à la limite en voyous, en écornant éventuellement les règles du droit si la vie de leurs citoyens était en jeu. Les Américains ont donc décidé, sans hésiter et sans faire tourner la lourde machine juridique qui protège les citoyens, de voter le Usa Patriot act, une loi pour unir et renforcer l'Amérique en fournissant les outils adaptés pour déceler et contrer le terrorisme. Cette loi antiterroriste a été rapidement votée par le Congrès des États-Unis et signée par George W. Bush le 26 octobre 2001, dans un délai record de 45 jours.

Aujourd’hui en France le combat contre le djihadisme ne peut être efficace que si l’on applique les mêmes règles du Patriot Act qui effacent la distinction juridique entre les enquêtes effectuées par les services de renseignement extérieur et la police criminelle dès lors qu'elles impliquent des terroristes. Comme aux États-Unis et en Israël, les statuts de combattant ennemi et de combattant illégal permettent au gouvernement et à la justice des mesures d’exception pour détenir sans limite et sans inculpation toute personne soupçonnée de projet terroriste. 

          Dans la pratique, les services de sécurité de ces pays ont le droit d’accéder aux données informatiques détenues par les particuliers et les entreprises, sans autorisation préalable de la justice et sans en informer les utilisateurs. Il ne s’agit pas d’augmenter le nombre de fonctionnaires sécuritaires ou le budget réservé au contre-terrorisme mais de doter la police d’outils modernes pour traquer les mails, intercepter les échanges et éradiquer les terroristes.  
Ami Moyal

Pour répondre aux exigences des services de renseignements et donner consistance à leur projet, les spécialistes israéliens ont été sollicités, comme d’autres universités américaines, pour donner aux enquêteurs les nouveaux moyens techniques. Le professeur Ami Moyal m’a reçu dans son bureau de l’Université d’Afeka, au nord de Tel-Aviv. Il a gardé la simplicité de ses origines modestes puisque ses parents ont émigré du Maroc dans les années 1950 pour s’installer au sud du pays, à Ashdod, avec toutes les difficultés d’intégration que les communautés séfarades d’Afrique du Nord ont connues. Docteur en informatique de l’université de Ben Gourion, doté d’une expérience d’une vingtaine d’années dans l’industrie, il a été pris très vite par le virus de la recherche, de l’enseignement et du transfert de ses connaissances. Le maniement des langues n’est pas un secret pour lui.

Applications concrètes

Il a créé, au sein de l’université, une startup d’une vingtaine d’ingénieurs de haut niveau poussés par la passion de la recherche fondamentale. Les grands pays ont vite compris l’intérêt qu’ils pouvaient tirer des résultats de recherches, au départ très théoriques. Il reste très discret sur ses clients israéliens et américains pour des raisons de confidentialité et de sécurité mais, entre les lignes, on a vite compris que les applications intéressaient surtout les organismes sécuritaires de type NSA qui fondent leurs objectifs sur les écoutes.
Ami Moyal et une partie de son équipe

Son groupe d’experts a combiné les connaissances universitaires et l'expérience de l'industrie pour inventer des solutions innovantes dans tout ce qui touche à l’analyse de la parole et du texte. Ses spécialistes de haut niveau du traitement du signal, soutenus par des linguistes, ont développé des travaux sur la reconnaissance vocale, le repérage de mots-clés, la reconnaissance des phonèmes, qui sont les plus petites unités discrètes ou distinctive permettant de distinguer des mots les uns des autres, que l'on puisse isoler par segmentation dans la chaîne parlée. Ils ont trouvé une modélisation acoustique et développé des techniques de reconnaissance vocale dans les environnements bruyants, de traitement de la parole, de traitement de la langue et de systèmes de dialogue. On reconnaît ainsi toutes les techniques indispensables aux grandes oreilles internationales. Il faut cerner les terroristes dans leur retranchement en espionnant leurs conversations et celles de leurs proches.

Intrusion dans la vie personnelle


Interception communications



          Le professeur Ami Moyal, sait qu’il touche à des éléments sensibles de la vie personnelle des citoyens et, pour se dédouaner, il a tenu à se défausser de la manière dont les données brutes, qui lui étaient confiées pour analyse, étaient récupérées. C’est une tâche qui est réservée aux militaires avec leurs satellites, leurs systèmes de captation de communication et les techniques d’intrusion dans le réseau Internet. Ses logiciels, qui utilisent des ordinateurs puissants situés aux États-Unis, sont chargés de décortiquer des milliards de données quotidiennes dans une multitude de langues, soit à partir de textes, soit à partir de sons et de vidéos. Les Américains réclament sans cesse le développement d’applications dans de nouveaux langages et c’est pourquoi ses logiciels ont été conçus pour «apprendre» de manière automatique tout nouveau dialecte en trois semaines, sans aucune intervention humaine. L’ordinateur vient ainsi d’intégrer la langue vietnamienne dans ses techniques de reconnaissance vocale.


Ami Moyal reste très modeste sur la réussite de son équipe alors qu’il feint d’ignorer que son concept a mis le feu en Occident le jour où l’on a compris qu’il n’y avait plus aucune limite pour une intrusion dans tous les domaines de la vie privée, sécuritaire et politique. Il ne s’estime pas coupable d’une éventuelle déviation dans l’usage de ses logiciels. La sécurité a tous les droits. C’est le propre du chercheur que de ne voir que le bon côté de ses découvertes même si certains pays n’en exploitent que l’aspect militaire et sécuritaire.
Tsahal unité 8200

Les Israéliens ne se privent pas pour analyser les communications arabes et iraniennes du monde entier depuis leurs satellites, leurs navires ou leurs sous-marins espions. Mais ils ont confié la charge de la récupération des données à Tsahal. L’unité secrète militaire 8200 des services de renseignements militaires est une fervente utilisatrice de ces techniques de reconnaissance de la voix puisqu’elle est à l’écoute des communications échangées dans le monde arabe entre civils et organisations militaires. Il s’agit du seul moyen pour anticiper les opérations terroristes et l’on s’étonne ensuite de l’efficacité du Mossad.
Bien sûr, Ami Moyal sait extraire de plusieurs millions d’heures de dialogue quelques éléments significatifs sur la base de mots clés imposés. Il nous a confirmé qu’il avait déjà étendu ses méthodes à l’exploitation d’heures de vidéos, de qualité médiocre pour se mettre dans un environnement plus réaliste, en différentes langues, afin d’en extraire quelques minutes significatives. Les terroristes savent qu’ils sont cernés mais ils sont bloqués dans leur avance sachant qu’ils doivent inventer chaque jour d’autres moyens de communication pour échapper à l’espionnage. 
Centre de contrôle 8200

Alors, Ami Moyal  déborde de projets internationaux parce que les demandes explosent face au développement des organisations terroristes. Il refuse de trop s’étendre sur les applications militaires mais il laisse échapper quelques éléments entre les lignes. Il nous a fait comprendre qu’on entrait aujourd’hui dans un monde virtuel de plus en plus perfectionné pour le grand bien de la défense des humains. La guerre déclarée par les djihadistes passe par des moyens technologiques de haut vol dont l’efficacité nécessite qu’on s’affranchisse souvent de contingences juridiques. Il ne faut pas s’étonner si Israël a réussi à réduire le nombre d’attentats de manière significative grâce à ces nouvelles méthodes anti terroristes. Il appartient à la France d’utiliser la meilleure technologie adaptée à sa défense contre des barbares qui tuent sans distinction. 

3 commentaires:

Bernard KAYES a dit…

La France a déjà rejeté l'idée d'un Patriot Act. Elle reste toujours dans la tiédeur pour ne point heurter ses amis Saoudiens, Qataris, Turcs ou Algériens, que l'on dédouane avec véhémence de leurs soutiens au Terrorisme et à l'Islamisation de l'Europe. Tant que ces questions ne sont pas réglées, on restera dans la Réaction, jamais dans l'Action . Sarkozy n'a pas fait mieux non plus .

Bernard ALLOUCHE a dit…

Je ne comprends pas le mot "jeunes" au début de l'article. Est ce l'oubli involontaire d'inclure parmi les victimes l'homme de 63 ans assassiné.
Il est difficile de juger si la France est en droit de réfléchir sur la possibilité d'instaurer un Patriot act. Il est aussi excessif de parler de méthode équivalente à la barbarie de ces "fous de dieux".
Le fait de se poser la question si l'état a le droit d'utiliser ces méthodes est déjà une preuve de démocratie.
Comme en Israel en France ou aux États Unis de telles décisions une fois votées peuvent être annulées par l'autorité suprême, le conseil constitutionnel en France, la cour suprême en Israel.
Peut on oublier les écoutes du canard enchaîné ou les écoutes mises en place par notre ancien président "démocrate" Mitterrand.
En conclusion je me dis faisons confiance à nos démocraties et restons vigilants sur leurs institutions afin que ces illuminés ne s'en servent pas pour nous détruire.

Irène LANDAU a dit…

Excellent article bien illustré