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mercredi 18 novembre 2015

Les limites du combat contre le terrorisme



LES LIMITES DU COMBAT CONTRE LE TERRORISME

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            
          Il serait légitime de douter de la volonté occidentale d’en découdre avec Daesh. Lorsqu’en janvier 2015 quarante dirigeants du monde entier ont défilé, en se tenant par le bras dans les rues de Paris, l’opinion internationale était persuadée que l’éradication de Daesh et d’Al-Qaeda n’était plus qu’une question de semaines.  On constate que cette marche n’a pas été suivie d’effet puisque ses résultats se font encore attendre. 
          Les gesticulations ont été éphémères ; les intérêts claniques de certains pays priment sur l’intérêt international. Les ministres européens avaient envisagé la mise en place de mesures sécuritaires allant de la confiscation des papiers d'identité des personnes considérées comme dangereuses à l'accélération des accords sur le partage des données des passagers aériens, en passant par le renforcement ou la réforme de l'espace sans frontières Schengen.


            
          Il a fallu attendre la réunion du G20, le 16 novembre en Turquie, pour qu’une déclaration finale tente de montrer que les participants attachaient une grande importance à la question de la lutte contre le terrorisme. Certes les chefs d'État et de gouvernement ont confirmé à nouveau qu'ils allaient «travailler ensemble pour renforcer la sécurité de l'aviation internationale». Mais le président Barack Obama ne s’est pas beaucoup engagé au sommet d’Antalya, se bornant à déclarer que son pays et la France se battraient ensemble contre le terrorisme, sans toutefois préciser comment et avec quels moyens.

            À la suite des attentats du 13 novembre, la France a pris des décisions locales en instituant l’état d’urgence accompagné de mesures de haute sécurité. Mais les donneurs d’ordre, agissant depuis la Syrie, ont démontré leur efficacité. Il leur a suffi d’envoyer huit kamikazes pour mettre Paris à feu et à sang, pour imposer l’ordre du jour du gouvernement et pour désorganiser la vie publique. Le choc des bombes risque cependant de s’émousser rapidement avec le temps.
            La passivité de l’Occident a été déconcertante lorsque Daesh a attaqué Palmyre en Syrie. Les États-Unis n’ont pas lancé leur aviation sur ces terroristes parce qu’ils craignaient d’être accusés de soutenir l’armée syrienne qui défendait la ville et donc de favoriser le maintien de Bachar Al-Assad au pouvoir. Raisonnement alambiqué qui dénote des intérêts divergents. Daesh a exploité cette faille en occupant et en détruisant Palmyre puis en décapitant les soldats syriens capturés pour mobiliser les medias à son profit. Cette victoire psychologique a été déterminante pour conforter la foi belliqueuse des troupes de Daesh et pour démoraliser l’armée régulière.

            Le président turc Recep Tayyip Erdogan a de son côté joué le double jeu auquel l’Occident est habitué en exigeant une action «collective contre le terrorisme». C’était un bon moyen pour lui de ne pas se mouiller et de ménager Daesh qu’il voulait bien frapper à condition de s’en prendre aussi  aux Kurdes syriens  et à l’UPP (Unités kurdes paramilitaires de Protection du Peuple), alliés des États-Unis. Alors, devant la réticence américaine, il s’est remis à bombarder les Kurdes de Turquie en laissant Daesh libre d’agir à sa guise.
Al-Souri

            Les dirigeants occidentaux n’ont pas assimilé la bible djihadiste d’Al-Souri, inspirateur et idéologue d’Abou Bakr al-Baghdadi, le calife de l’État islamique. Dans ce Mein Kampf moderne, la stratégie de Daesh est pourtant parfaitement tracée en mêlant le terrorisme urbain aux tactiques de guérilla, voire de guerre conventionnelle. Lorsque les combattants de l’UPP ont coupé la route menant vers la Turquie pour isoler ceux de Daesh, ces derniers se sont infiltrés à Kobane, déguisés en Kurdes et ont massacré 220 hommes, femmes et enfants. La route a été libérée. Par ailleurs, dès que la Russie a ciblé ses frappes militaires contre les camps de Daesh, elle a immédiatement payé la note avec une bombe qui a opportunément détruit un de ses avions en faisant 224 victimes.
Les racines profondes de Daesh et le combat homéopathique

            Daesh veut marquer les esprits alors qu’il existe une volonté des Occidentaux de minimiser son impact sanguinaire pour masquer en fait leur faiblesse. Il se comporte véritablement comme un État qui dispose d’une armée expérimentée, d’un système de conscription, de services de collecte des impôts. Sa manne financière provient de la vente de matières premières comme le pétrole, le coton et les phosphates confisqués en Syrie et en Irak et qui sont vendues au gouvernement turc qui en fait le commerce. Pourtant le combat commence par une asphyxie économique.
            Mais en ce qui concerne la France, il est à craindre que ces mesures tardives soient insuffisantes face à des opérations-suicides contre les populations civiles. Daesh dispose de nombreux relais parmi la population maghrébine qui lui permettent de passer au travers des contrôles de sécurité. Son implantation date de plusieurs années, dans l’ignorance ou l’indifférence de la police française qui a eu du mal à infiltrer ses rouages.
Peshmergas

            L’éradication du terrorisme en France passe par l’éradication de ses relais en Syrie. Seule une action coordonnée conjointe entre les Russes, les Américains et les Français pourra y parvenir à condition toutefois d’augmenter les forces sur le terrain, ce qui n’entre pas dans le programme de Barack Obama ni dans celui de François Hollande. Une solution de rechange consisterait à équiper et armer en matériel de haute technologie les combattants kurdes de l’UPP et des Peshmergas kurdes irakiens qui combattent avec de faibles moyens contre Daesh mais avec efficacité. Ils sont les seuls à pouvoir freiner l’avance terrestre des hordes barbares. Les frappes américaines sont homéopathiques et l’aviation française ne peut atteindre les nombreuses bases souterraines qui abritent des bataillons de combattants prêts à en découdre. Quant aux Russes, ils privilégient surtout le soutien à l’armée régulière pour consolider le bastion de Bachar Al-Assad.
            Par ailleurs les Américains sont convaincus qu’ils ne doivent pas rééditer l’erreur commise en Irak. Ils ont besoin de l’administration syrienne, de l’armée et des services de sécurité entièrement aux mains des Alaouites. Éliminer ces soutiens de Bachar Al-Assad c’est effondrer l’État en créant un vide qui sera immédiatement comblé par Daesh. C’est le dilemme auquel sont confrontés les Occidentaux qui ne pourront pas empêcher les attaques terroristes sur leur sol tant qu’ils n’auront pas éradiqué les donneurs d’ordre de Syrie.
Nsa

            Les services de sécurité et de renseignement français n’ont pas beaucoup investi dans la guerre secrète contre Daesh. Leurs méthodes étaient dépassées. Ils ont d’ailleurs démontré leurs limites dans un combat où ils n’étaient pas préparés. Ils n’ont pas été autorisés à créer une sorte de Patriot Act qui leur aurait permis de s’infiltrer dans les communications radio, internet et téléphoniques pour connaître les préparatifs des terroristes et pour arrêter les suspects, c’est vrai en écornant les règles du droit. 
          Mais les États-Unis, champions de la démocratie, n’ont pas eu de scrupules parce que le pays exigeait de la sécurité et tous les moyens étaient bons. L’enquête démontre à présent que les tueurs ont échangé de nombreux SMS et de nombreux messages via Internet pour synchroniser leur opération. Les nouveaux moyens techniques auraient dû permettre à la police d’éventer le projet.
            Alors les polices ont mené des raids tout azimut en France et en Belgique  pour découvrir les cerveaux terroristes du monde islamique. Ils donnent l’impression de tâtonner face à une population qui a besoin d’être rassurée. Ils espèrent qu’en tapant de manière désordonnée dans la fourmilière, ils finiront par tomber sur les coupables. Il est dramatique de constater que les responsables sécuritaires sont encore incapables de chiffrer le nombre de personnes impliquées dans les attaques et de définir l'emplacement précis des réseaux terroristes. Les services de sécurité ont beaucoup de lacunes à combler alors que des experts israéliens nous avaient donné, dès janvier 2015, les recettes pour contrer efficacement des terroristes devenus ingénieux avec l’usage des moyens militaires modernes. La police en est réduite à lancer des appels à témoin ce qui montre son amateurisme en matière de renseignements.
Le professeur israélien Ami Moyal et son équipe spécialistes des écoutes

            Toute la philosophie sécuritaire est à repenser en France. Ce ne sont pas les 5.000 policiers nouveaux, opérationnels dans deux ans, qui changeront la donne. La réflexion doit s’orienter vers un changement de méthodes, vers la création de commandos à l’israélienne déguisés et capables de s’infiltrer le temps d’une opération parmi les populations islamistes, vers la neutralisation des provocateurs qui narguent la police en s’affichant avec leur djellaba et leurs barbe, vers la destruction des gangs de la drogue qui transforment leur poudre de la mort en kalachnikovs, vers la réoccupation des zones de non-droit. 
          Ces mesures draconiennes indisposeront certainement les pays arabes, clients potentiels, mais la sécurité de la population française l’exige. Il faut une volonté politique car la police française ne comporte pas que des bras cassés. Il semble qu'elle ait été bridée pour ménager la politique internationale du Quai d'Orsay. Elle a besoin d’avoir les mains libres et d’être soutenue par les dirigeants, de droite et de gauche, pour ne pas laisser le pays sombrer dans la peur ou l’anarchie.   


3 commentaires:

Michel ALLOUCHE a dit…

Jacques, tres bon article! Dommage que les Francais qui peuvent changer quelque chose, ne lisent pas cet article...

Michel LIPSZYC a dit…

Merci pour cette excellente analyse et rappel des événements. Mais bien entendu les volontés politiques sont divergentes pour des intérêts différents. Dommage qu'aucune coordination internationale ne puisse être organisée.

Janie Cheraki a dit…

Oui c'est un très bon article,c'est clair que tout ne ce
Fait pas de façon parfaite en ce qui concerne les
Services secrets,et très clair que le mossad est le
MEILLEUR!