ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

jeudi 20 novembre 2014

NON, IL NE S’AGIT PAS D’UNE 3ÈME INTIFADA


NON, IL NE S’AGIT PAS D’UNE 3ÈME INTIFADA

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
       

          Les événements que connaît Israël depuis quelques semaines ne peuvent pas être assimilés à une 3ème Intifada. Ce terme brûle la langue de tous les commentateurs mais il faut résister aux apparences et aux amalgames. Les ingrédients sont pourtant réunis mais nous n’en voyons ni la couleur et ni l’odeur aujourd’hui. Cela ne veut pas dire qu’il n’y en aura pas une mais il est certain qu’elle n’a pas lieu en ce moment. 
         Un journaliste ne prédit pas mais il analyse et se fonde sur les expériences du passé. Les seuls points communs aux deux premières intifada reposent sur l’impossibilité des politiques à fixer un horizon politique et un calendrier pour faire bouger les lignes dans la région. Tout est  bloqué et aucune vision optimiste ne se distingue au loin. Certes la situation est prise au sérieux par les dirigeants israéliens parce qu'ils craignent une tentative de lancer une troisième intifada. Tout différencie la situation actuelle avec celle qui prévalait en 1987 et en 2000.



Première intifada

Intifada 1987

La première Intifada appelée «guerre des pierres» avait débuté le 9 décembre 1987 tandis que la seconde, appelée «intifada Al-Aqsa», avait été lancée le 29 septembre 2000 à la suite de la visite d'Ariel Sharon sur l'esplanade du Mont du Temple. Chacune de ces révoltes, aux motivations différentes, constituait à la fois un affrontement direct avec les Israéliens et une réponse collective à des problèmes internes au peuple palestinien. Les jeunes arabes tenaient à manifester leur colère contre les échecs et les divisions de leurs dirigeants accusés de népotisme et de corruption. 
Arafat et Abou Jihad en 1988 à Tunis

Après l’invasion du Liban de 1982, les Israéliens avaient forcé l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) à quitter Beyrouth et à s’installer à Tunis pour diriger à distance les affaires de la Palestine. Les relations conflictuelles entre dirigeants de l’intérieur et de l’extérieur ont exacerbé les tensions entre la jeunesse palestinienne et ses chefs.
Une étincelle a déclenché la première intifada. Un accident de la route, le 9 décembre 1987, impliquant un camion israélien et une voiture palestinienne, a entraîné la mort de quatre passagers. Ce prétexte a donné l'occasion à la foule palestinienne d'envahir la ville de Gaza pendant les funérailles et de s'en prendre à l'armée israélienne dans le camp de réfugiés de Jabālīyah. Mais les réelles motivations étaient à chercher ailleurs. Les manifestants de 1987 tenaient à prendre en main leur combat, jusqu'alors géré par leurs dirigeants de l'étranger, et voulaient s'opposer aux luttes de factions en réclamant «l'unité nationale» et en fustigeant la désunion et la discorde.

De nouveaux visages, jeunes pour la plupart, ont alors bataillé avec la vieille garde totalement dépassée. Israël a réagi avec brutalité à cette première intifada qui a été déclenchée sous le gouvernement de droite de Yitzhak Shamir et qui s'est poursuivie sous celui du travailliste Yitzhak Rabin. Les deux premiers ministres ont estimé qu'il fallait écraser la révolte avant qu'elle ne se propage mais ils s'étaient complétement trompés sur son origine en imputant à tort à Yasser Arafat l'instigation de la révolte croyant qu’il voulait redorer son blason. Les jeunes avaient agi d'eux-mêmes sans avoir été poussés par des provocateurs politiques.
Les dirigeants palestiniens avaient alors pris le train en marche pour récupérer ce mouvement contestataire à leur profit en le structurant et en le noyautant par des militants expérimentés. Ils ont créé une direction clandestine qui contrôlait l’intifada depuis la Maison d’Orient à Jérusalem. Mais cette première intifada a été une résistance non-violente avec des jets de pierre du côté palestinien comme seul aspect le plus violent.

Deuxième intifada

Sharon à Al-Aqsa

            La deuxième intifada a été déclenchée dans la foulée des accords d'Oslo de 1993 qui avaient suscité beaucoup d'espoir mais qui avaient débouché sur un processus stérile puisque la situation sur le terrain n'avait pas évolué, à l'exception cependant d'une certaine autonomie financière obtenue par la direction palestinienne. Cette deuxième révolte a été à l'origine de l'arrivée au pouvoir d'Ariel Sharon et, parallèlement, de la cassure du mouvement palestinien en deux entités antagonistes Fatah et Hamas. Elle eut pour conséquence d'inciter les Israéliens à créer le mur de protection et à multiplier les implantations chargées de mailler la Cisjordanie à des fins sécuritaires.
Cette Intifada a eu lieu après l’avènement de l’Autorité palestinienne qui disposait d'armement léger dans les territoires. Elle s’est transformée en un soulèvement violent caractérisé par des échanges de tirs, des attentats-suicides et des agressions. Mais elle s’est singularisée par le réveil nationaliste des Arabes israéliens, citoyens à part entière, qui ont protesté à Jérusalem et en Galilée pour aider leurs frères dans la défense d’Al-Aqsa. Ils ont payé un lourd tribut avec treize citoyens arabes israéliens tués par la police.
Intifada 2000

Aujourd'hui le sentiment de désespoir est intense alors que les Américains ont échoué à imposer un règlement politique. Les constructions dans les implantations se multiplient, éloignant tout espoir de création d’un État palestinien indépendant et viable. La troisième intifada, que certains voient poindre à l'horizon, est liée au dilemme auquel est confronté le peuple palestinien dans le choix de l'une des trois stratégies qu'il peut suivre pour sortir de son conflit avec Israël.

Trois stratégies

La première est diplomatique. Le président palestinien Mahmoud Abbas a recherché auprès des Américains leur implication plus directe et plus active dans le processus de paix. Or l'arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche n’a pas fait bouger les lignes ; la situation reste figée et la diplomatie américaine est mise en échec. Benjamin Netanyahou s'est opposé ouvertement au gel de l'extension des implantations israéliennes et n'a pas donné à un président palestinien intransigeant le moyen de se prévaloir d'une quelconque avancée politique.

Le deuxième choix implique une résistance civile, non violente, prônée au cas où les Palestiniens veulent éviter une rupture totale avec le gouvernement israélien qui repousserait alors aux calendes grecques l'émergence d'un État palestinien. Le cessez-le-feu fonctionne bien en Cisjordanie et il a l’avantage de ne pas porter atteinte aux conditions économiques de la population. Même si les Palestiniens se plaignent de la présence militaire qu’ils considèrent comme humiliante et difficile, l'amélioration des conditions de vie est réelle tandis que le monde arabe se satisfait de cette situation de ni guerre ni paix.

La troisième approche reste la résistance violente, l'intifada, au moyen d'attaques contre les militaires et les civils israéliens. Bien qu'elle soit justifiée par une minorité de Palestiniens, elle semble aujourd'hui n’avoir la faveur que des jeunes qui ne se satisfont plus d'une réaction timorée de dirigeants espérant toujours que le salut viendra de l'étranger. L'exemple du Hamas, qui gère d’une main de fer Gaza tout en s'opposant à la fois à la direction actuelle palestinienne et à Tsahal, commence à germer dans les esprits. Le seul frein à cette option réside dans la dépendance vis-à-vis de l'économie israélienne. Les Palestiniens constatent avec retard qu’ils ont eu tort de modifier leur structure sociale en réduisant le nombre d'agriculteurs au profit d'un prolétariat qui s'expatrie en Israël.

Signes annonciateurs

La situation politique est à présent bloquée et plusieurs signes annonciateurs donnent à penser que les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets. En 1987, un officier israélien avait été tué, des émeutes avaient été déclenchées dans différentes villes et des jets de pierre contre les véhicules se généralisaient. Ce même type d'actions délibérées se reproduit aujourd'hui. Il reste à analyser le caractère spontané ou non de ces incidents dans les territoires. Sauf à choisir le suicide politique, le président palestinien Mahmoud Abbas n'a rien à gagner à susciter ces troubles car l'intifada est une arme à double tranchant. Le soulèvement populariserait certes auprès des milieux internationaux la question palestinienne pour qu'elle revienne au premier plan de l'actualité mais, elle risquerait de délégitimer une direction palestinienne déjà discréditée. 

Les pays arabes, la Jordanie en particulier, verraient d'un mauvais œil les flambées de violence se propager au-delà de leurs frontières au moment où ils sont particulièrement inquiets de l'évolution des djihadistes de Daesh. Le gouvernement israélien hésite sur la meilleure méthode pour éteindre le feu qu’il arrive encore à canaliser. Mais l'État juif pourra difficilement, comme les fois précédentes, étouffer dans l'œuf un mouvement désordonné de jeunes non structurés et non dirigés par des leaders charismatiques. Il devra inventer une nouvelle stratégie quand les germes d'un soulèvement seront de plus en plus visibles en Cisjordanie. Etant donné que les jeunes émeutiers ne sont pas structurés et n'ont pas de chef qui les canalise, alors ils sont plus plus dangereux à neutraliser.

Nous assistons effectivement à des mini-intifada un peu partout dans les territoires et à Jérusalem mais pour l'instant les dirigeants palestiniens ne soutiennent pas ce mouvement d’émeutes. Alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu pointe à plusieurs reprises un doigt accusateur sur le président palestinien Mahmoud Abbas, le chef du Shin Beth, a déclaré qu'il ne croyait pas qu'Abbas était responsable du cycle actuel de terreur et de violence. Les émeutiers semblent pour l'instant agir dans le cadre d'actions individuelles, certainement inspirées par les mots d'ordre d'illuminés diffusant leur haine par messages internet.
En 1987 et en 2000 ils avaient un dirigeant charismatique en la personne de Yasser Arafat.  En  l’absence de leader légitime sur le terrain, il est difficile d’envisager une troisième intifada. Les Palestiniens ne sont pas unifiés et ne disposent pas d’une direction unique crédible alors que le Fatah et le Hamas se déchirent. Tant qu’un Ben Gourion palestinien n’émergera pas de ce magma de dirigeants discrédités et corrompus, alors il n’y aura personne pour conduire les Palestiniens unifiés vers une troisième intifada.

3 commentaires:

Nival Bernard Rivka a dit…

On ne peut pas laisser un peuple sans horizon et l'acculer au désespoir ......

Rachel NAHON a dit…

mais qu'ils aillent en jordanie. la jordanie est peuplée à 80% de palestiniens parce que c'est là leur pays

Michael Khelifi a dit…

Le site internet officiel du Fatah vient de publier un communiqué concernant le massacre dans une synagogue située dans l’Ouest de Jérusalem… Pour le parti du Président palestinien, il s’agit d’une « opération héroïque ».

Abbas est un personnage trouble.