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jeudi 12 septembre 2013

DEMI-ÉCHECS DANS LA MÉMOIRE D’ISRAËL : KIPPOUR 1973 ET OSLO 1993



DEMI-ÉCHECS DANS LA MÉMOIRE D’ISRAËL : KIPPOUR 1973 ET OSLO 1993

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
                 
          Israël commémore cette année deux faits historiques qui ont marqué la mémoire collective israélienne de manière mitigée. Alors que la Campagne de Suez de 1956 et la Guerre de Six-jours de 1967 ont été sacralisées dans toutes les villes israéliennes, Kippour et Oslo sont entrés dans l’inconscient honteux pour être ignorés parce qu’ils sont considérés comme deux demi-échecs militaire et diplomatique. Mais ces deux faits historiques restent totalement imbriqués. 




Une guerre coûteuse


Moshé Dayan et Golda Meir au Golan durant la guerre du Kippour


            La guerre de Kippour du 6 au 24 octobre 1973, qui a surpris le gouvernement israélien hésitant de l’époque, a été la conséquence d’une grande assurance des dirigeants politiques et militaires qui pensaient qu’après la guerre de 1967, l’Égypte avait besoin de dizaines d’années pour se remettre de sa défaite. Malgré cela, les Égyptiens et les Syriens attaquèrent par surprise simultanément dans la péninsule du Sinaï et sur le plateau du Golan, au moment où les effectifs étaient réduits par suite de la fête religieuse suprême. C’est cette même assurance qui règne actuellement au sein de la classe politique israélienne.
T62 syrien au Golan durant la guerre 1973

Même si les attaquants ont bénéficié d'une large supériorité numérique, Tsahal a pu les arrêter au prix de fortes pertes inhabituelles pour le petit État juif. En une semaine, le temps de la réorganisation des troupes, de la réception d’armement nouveau en provenance des États-Unis et de la mobilisation générale, Israël retrouva son potentiel militaire et lança des contre-offensives qui lui permirent de pénétrer profondément en Syrie et de traverser le canal de Suez.

Cette guerre avait été été imputée à l'origine, à tort, à l’échec du service israélien le plus illustre, les services secrets du Mossad, critiqué pour son incapacité à prévenir le gouvernement de l'attaque imminente. Elle entraina un séisme politique majeur puisque la première ministre Golda Meir démissionna de son poste après avoir été accusée d’imprévoyance et de légèreté. Elle en a donc tiré ses conclusions. 
Ashraf Marwan

Mais Golda Meir a dû en fait mesurer sa propre erreur puisque l’on sait à présent, sur la base de documents déclassifiés publiés en 2012, que le Mossad avait correctement effectué son travail. L’agent du Mossad par ailleurs gendre du colonel Nasser, Ashraf Marwan, avait prévenu son directeur Zvi Zamir, le 5 octobre 1973, de l'imminence «d’un avertissement au sujet de la déclaration de guerre» par la Syrie et l'Égypte. L'information n’avait pas été correctement traitée au sommet du gouvernement et l’avertissement n’avait pas été pris en compte. Le ministre de la défense Moshé Dayan, auréolé par ses précédentes victoires, avait sous-estimé la volonté de revanche de l’armée égyptienne.



Un carnage inhabituel



Les premiers jours de la guerre furent un carnage inhabituel pour Israël puisque la surprise de l’attaque, en plein jour sacré, avait entrainé des débordements dus à l’impréparation de l’armée en effectifs réduits. Les premiers soldats arrivés en catastrophe sur le front ont payé de leur vie l’imprévoyance d’un État-major qui surfait sur ses victoires passées. 
Le chef d'Etat-major David Elazar en 1973

Le traumatisme est toujours présent dans les esprits israéliens car l’armée a compté 3.020 morts, la plupart tombés durant les premiers jours. Il a été reproché aux militaires de ne pas avoir adopté la  stratégie israélienne consistant à lancer une attaque préventive si la guerre était imminente et si elle était confirmée par les services secrets avec un préavis de 48 heures. Tous les chefs militaires ont d’ailleurs été limogés après la guerre. Mais le traumatisme persiste encore parce que les pertes ont été les plus importantes de toutes les guerres israéliennes. Ce traumatisme a été cependant un élément central dans la décision de Yitzhak Rabin de parvenir à un arrangement avec les Palestiniens dans les accords de Camp David de 1979.

Les Israéliens tirèrent alors les conséquences de Kippour 1973. Ils étaient définitivement convaincus qu’ils ne pourront jamais gagner une guerre sans l’aide matérielle américaine. Par ailleurs ils institueront à la lettre la stratégie militaire d’attaque préventive en cas de danger sécuritaire. Le débat est aujourd’hui d’actualité avec le problème du nucléaire iranien qui pèse sur la sécurité d’Israël face au risque d’une deuxième guerre du Kippour ratée.
Le général Ariel Sharon le sauveur de la guerre 1973
 

La situation actuelle comporte certains points de convergence avec celle de 1973, au moins sur l’intransigeance israélienne à refuser de discuter avec les ennemis. Le première ministre Golda Meir avait ignoré les nombreuses propositions secrètes du président égyptien Anouar Al-Sadate d’échanger le Sinaï occupé contre une véritable paix. Sadate avait donc conclu qu’il ne parviendrait à récupérer le Sinaï que sur le champ de bataille. 3.020 morts ont payé de leur vie ce qui sera finalement appliqué en 1979 avec la signature des accords des Camp David restituant à l’Égypte son autorité sur le Sinaï. La paix signée à Camp David a été une conséquence directe de la guerre du Kippour.



Accords d’Oslo


Les accords d'Oslo


Il est certain que la guerre du Kippour a été pour quelque chose dans la signature des accords d’Oslo, résultats de discussions menées en secret entre des négociateurs israéliens et palestiniens à Oslo en Norvège, pour poser les premiers jalons d'une résolution du conflit israélo-palestinien. Une Déclaration de principes, avait été signée à Washington le 13 septembre 1993 en présence de Yitzhak Rabin, premier ministre israélien, de Yasser Arafat, président du comité exécutif de l'OLP et de Bill Clinton, président des États-Unis.

Oslo a instauré  un mode de négociations pour régler le conflit israélo-palestinien et a posé une base pour une autonomie palestinienne temporaire de cinq ans pour progresser vers la paix. Le processus d'Oslo a été complété le 4 mai 1994 par l'Accord de Jéricho-Gaza qui investit la nouvelle Autorité nationale palestinienne de pouvoirs limités. Enfin, l'accord intérimaire sur la Cisjordanie et la Bande de Gaza ou «Accord de Taba», qui a été signé à Washington le 28 septembre 1995, prévoyait les premières élections du Conseil Législatif Palestinien et impliquait un découpage négocié des territoires palestiniens en zones où les contrôles israélien et palestinien s'appliquent de façon différente, dans l'attente de l'aboutissement des négociations toujours en cours.
Intifada 2000

Ces accords, qui eurent l’avantage de créer une Autorité palestinienne autonome ayant un pouvoir dans plusieurs zones de Cisjordanie, furent cependant un demi-échec car ils ne purent éviter le déclenchement de la seconde Intifada et ne furent pas suivis d'avancées politiques nouvelles. Pourtant, ils devaient être les prémices pour la création d’un État indépendant palestinien, toujours d’actualité vingt ans après, mais non réalisé. Les négociations sur le statut final des territoires devaient être abordées trois ans après la signature des accords ainsi que les questions des réfugiés palestiniens, de Jérusalem, des implantations israéliennes, des frontières définitives et les problèmes de sécurité d'Israël.

La responsabilité palestinienne est grande dans l'échec des négociations. Rien de tout cela n’a évolué ce qui explique le scepticisme actuel de la classe politique israélienne devant la reprise du processus de paix. En vingt ans, les implantations se sont développées, la surface disponible pour un éventuel État palestinien ne représente plus que 40% de la Cisjordanie. La droite nationale israélienne s’est consolidée à la Knesset et elle s’oppose aux principes de deux États pour deux peuples. C’est dire si les leçons de Kippour 1973 et Oslo 1993 ont peu été assimilées.

2 commentaires:

Pat Quartier a dit…

Israel dispose de deux possibilités :
-Signer des accords
-Ne pas en signer
Dans les deux cas il existe un risque énorme de se retrouver dans un piège à plus ou moins longue échéance vu l'environnement et l'état d'esprit du "partenaire" signataire.
Impossible d'aller vers cet "Orient compliqué avec des idées simples" lorsque les arrière-pensées et le non dit-pourtant exprimés pour qui veut l'entendre derriere la propagande!- prévalent.
Qu'aurait fait Israel en cas de remise du Golan et de l'abandon de territoires au profit de palestiniens (dont le Hamas que l'on oublie trop facilement)pour en faire un etat partiel dont on sait pertinnement qu'ils ne veulent pas?
Si vous disposez d'une reponse securitaire simple, je suis preneur.

Vincent J a dit…

"Ce traumatisme a été cependant un élément central dans la décision de Yitzhak Rabin de parvenir à un arrangement avec les Palestiniens dans les accords de Camp David de 1979."
J'ai l'habitude de suivre vos articles et suis étonné par cette erreur sur le chef de gouvernement. Les accords de Camp David ont été signés par Menahem Begin.
Sadate avait fait l'analyse que de nombreux Israéliens avaient faites : le gouvernement travailliste de l'époque était enfermé dans ces certitudes (y compris à propos de la guerre de Kippour) et seul un changement de majorité serait capable d'entendre ses appels. Quand Begin est arrivé au pouvoir, Sadate a su saisir l'opportunité qui se présentait à lui et a fait des propositions que Begin a eu l'intelligence d'entendre.
Begin était aussi un vrai chef d'Etat avec une vision pour son pays. Existe-t-il dans la classe politique israélienne actuelle une personne qui pourrait avoir ces qualités ? Et existe-t-il du côté des Arabes palestiniens un leader qui souhaite autant que Sadate arriver à un accord de paix ?
Vos écrits de journaliste et vos analyses nous aident à essayer de les trouver.