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mercredi 16 janvier 2013

LES ÉLECTIONS ISRAÉLIENNES 4/ LES RELATIONS AVEC LES ETATS-UNIS




LES ÉLECTIONS ISRAÉLIENNES
4/ LES RELATIONS AVEC LES ÉTATS-UNIS

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
Obama et Netanyahou au salon ovale
               
Durant la précédente mandature, les relations entre Israël et les États-Unis ont été exécrables. Le courant n’est jamais passé entre Barack Obama et Benjamin Netanyahou. Ils n’ont pu cacher leurs profondes divergences sur l’Iran. En dépit des signes d'apaisement, Washington et Jérusalem restent profondément divisés sur la façon de faire face à la menace nucléaire iranienne. Le nouveau gouvernement israélien, qui sortira de ces élections, aura pour tâche majeur de rétablir les liens amicaux indispensables à la sécurité d’Israël, en intégrant dans la réflexion le fait que le président américain n’est plus lié par une stratégie de  réélection.




Méfiance mutuelle


Le président américain avait rencontré solennellement le premier ministre israélien dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 5 mars 2012 à Washington. Les deux dirigeants ont confronté directement leurs points de vue sur le programme d'armement nucléaire iranien et la façon d'y mettre un terme. Mais ce n'est un secret pour personne; les relations entre eux sont à la limite de la rupture car la méfiance règne et le soupçon est permanent des deux côtés. Barack Obama craint de se faire piéger par Netanyahou qui l'entraînerait dans une guerre qu'il ne veut pas. Quant à Netanyahou, il ne fait pas confiance à Obama parce qu’il considère que la sécurité d'Israël ne peut pas reposer sur la parole d'une administration jugée faible et pusillanime qui a déjà lâché quelques-uns de ses alliés au Proche-Orient, dont Moubarak.

On se rappelle qu’à une réunion à Paris, alors que le micro était ouvert, Nicolas Sarkozy avait avoué qu’il «ne pouvait pas supporter Netanyahou» ce à quoi, Obama lui avait répondu: «C'est un menteur. Vous en avez marre avec lui, mais je dois lui faire face, même plus souvent que vous.» Ces propos résument l’état d’esprit qui règne. De part et d'autre, on convient toutefois que les enjeux dépassent les personnes et qu’il faut surmonter les divergences pour parvenir à un consensus sur la façon de faire face à la capacité nucléaire de l’Iran.

Avant le sommet, Barack Obama avait fait un premier pas pour combler le fossé qui sépare les deux dirigeants et donner des gages. Dans une interview au magazine The Atlantic, il est allé plus loin qu’il ne l'avait jamais fait jusqu’alors, menaçant l’Iran d’une frappe s’il n'y a pas d’autres moyens pour l'empêcher de se doter d'armes nucléaires : «Je pense que le gouvernement israélien reconnaît que, en tant que président des États-Unis, je ne bluffe pas. Mais je pense que l'Iran et Israël reconnaissent que lorsque les États-Unis affirment qu'il est inacceptable pour l'Iran d'avoir une arme nucléaire, ils entendent ce que nous disons.»

Seule la question iranienne a été à l’ordre du jour. Les deux dirigeants ont d'ailleurs préféré ne pas aborder l’autre sujet sensible de divergence qui les avait amenés à un point de rupture: le processus de paix israélo-palestinien. S'ils ont échangé quelques mots devant les journalistes, avant de se réunir dans le Bureau ovale, un signe ne trompe cependant pas, ils ont décidé de ne pas étaler leurs divergences, face à l’opinion, en n’organisant pas de conférence de presse commune après leur entretien. Aaron David Miller, ancien conseiller sur le Moyen-Orient des secrétaires d’État républicain et démocrate, avait bien résumé les objectifs de Netanyahou et Obama: «Bibi voudrait obtenir le feu vert d'Obama pour frapper les sites nucléaires de l'Iran s'il le juge nécessaire et il ne l’obtiendra pas. Et Obama veut un feu rouge, c'est-à-dire l'engagement de Netanyahou à donner plus de temps aux sanctions, et il ne sera pas sûr aussi de l'obtenir.»


Le destin d'Israël




Barack Obama n’avait d'ailleurs pas esquivé les difficultés: «Une chose que j'ai trouvée dans le travail avec le premier ministre Netanyahou, c'est que nous pouvons être très francs, l’un vis-à-vis de l’autre. Quand nous avons des différences, elles sont d'ordre tactiques et non stratégiques.» L’ancien ambassadeur israélien aux États-Unis, Zalman  Shoval, a expliqué la position israélienne par des références bibliques: «Pour Obama, c'est un moment incroyablement délicat, politiquement. Mais pour Netanyahou, il va au-delà du politique car il est convaincu non seulement de la gravité de la menace, mais aussi qu'il a dans ses mains le destin à la fois d'Israël et du peuple juif.»

Netanyahou a ainsi affirmé qu'Israël doit rester «maître de son destin et ne peut pas vivre sous la menace d'un anéantissement». Si de son côté Barack Obama est convaincu  qu'un Iran nucléaire est «inacceptable» pour les États-Unis,  il a réaffirmé qu’il préférait une solution diplomatique. Il a exhorté Benjamin Netanyahou à donner du temps aux sanctions diplomatiques et économiques avant de recourir à une action militaire. Il a d’ailleurs cherché à rassurer l’AIPAC, le très puissant lobby pro-israélien, en précisant qu’il maintenait ouverte l’option militaire. «Mais par souci de la sécurité d'Israël, de la sécurité de l'Amérique et de la paix et la sécurité du monde, l'heure n'est pas aux fanfaronnades», a expliqué le président des États-Unis.

La réunion dans le bureau ovale aura duré deux heures dans une atmosphère lourde avec la seule présence des conseillers à la défense, l’américain Tom Donilon et l’israélien Yaakov Amidror. Elle était à la fois «sympa, simple, et grave» selon un fonctionnaire de la Maison Blanche. Sans surprise, les discussions n’ont pas permis de réduire des divergences fondamentales, non sur le constat –le danger d'une République islamique d'Iran disposant de l'arme atomique– mais sur la façon de juguler cette menace. Barack Obama a fait valoir que les sanctions de l'Union européenne et la mise sous liste noire de la banque centrale de l'Iran pourraient forcer Téhéran à rejoindre la table de négociation. «Nous pensons qu'il y a encore une fenêtre qui permet de trouver une solution diplomatique à cette question», a déclaré le président.


La reine Esther
Méguila d'Esther


La secrétaire d’État Hillary Clinton, le secrétaire à la Défense Léon Panetta, le chef d’État-major américain Dempsey Martin et l’ambassadeur israélien Dan Shapiro se sont joints à la réunion pour le déjeuner. Clin d’œil historique, Netanyahou a offert au président américain, la Méguila d’Esther. La légende, qui fait partie de la tradition juive et est lue lors de la fête de Pourim, relate l’histoire du perse Aman qui voulait anéantir le peuple juif et de la courageuse Esther, femme d'origine juive du roi Assuérus, qui l'a empêché.

Le premier ministre israélien a remercié Barack Obama pour avoir affirmé, dans son discours du 4 mars, que «quand il s'agit de sa sécurité, Israël a le droit, le droit souverain de prendre ses propres décisions».Lors de la réunion à la Maison Blanche, le premier ministre israélien a tenu à préciser qu’Israël n’avait pris aucune décision d’attaquer l’Iran mais que les deux pays avaient décidé de coordonner leurs actions.
Dans un point de presse face aux journalistes israéliens, Netanyahou a ajouté: «Nous avons réussi à persuader la communauté internationale qu'il s'agit d'une menace réelle pour le monde entier. Les positions que j'ai présentées sur la question iranienne ont été acceptées avec compréhension à la Maison Blanche. C’est ce qu’Obama  m'a dit au cours de la réunion à huis clos et non pas face aux caméras.» Ceci dit, Benjamin Netanyahou était rentré en Israël avec une seule certitude. Il devra prendre, seul, la décision sans doute la plus lourde de sa vie d'homme d'État.


Consensus entre candidats


Un certain consensus vis-à-vis des États-Unis existe entre les différents candidats mais ils divergent sur la méthodologie. Tous les partis, de droite et de gauche, du Shass à Meretz avaient félicité Obama pour sa réélection. 

La plus acharnée à rétablir un climat de confiance reste Tsipi Livni qui avait fait quelques confidences après son voyage à Washington : «Je rentre des États-Unis avec l’impression que si Barack Obama est réélu en novembre, il frappera les installations nucléaires de l’Iran, car il n’aura plus rien à perdre, ce sera son deuxième et dernier mandat». Elle avait eu de nombreux entretiens aux États-Unis, et elle a avoué revenir en Israël avec cette «impression paradoxale» que Barack Obama avait tendu la main aux dirigeants iraniens, en vain, au début de son premier mandat.

La travailliste Shelly Yachimovich avait annoncé : «Nous prévoyons de continuer l’alliance spéciale entre les États-Unis et Israël». Elle avait envoyé une lettre à Obama pour affirmer que sa victoire reflète les réalisations de son premier mandat : «J'ai une grande reconnaissance pour votre travail vers un changement dans la société américaine tendant à promouvoir les valeurs qui font partie de mon idéologie, l'égalité, une économie équitable et la responsabilité du gouvernement à ses citoyens. Nous attendons d'Israël qu’elle poursuive la relation spéciale entre Israël et l'Amérique, une véritable alliance et d'amitié».

Le parti orthodoxe Shass, par la voix du ministre du logement Ariel Attias, avait félicité le président américain Barack Obama pour sa victoire : «Votre élection axée sur la politique économique au profit des citoyens américains nous apprend que les classes faibles exigent que le leadership ne les abandonne pas.» 
Mofaz en réunion avec Obama

Shaoul Mofaz de Kadima a déclaré que les défis auxquels sont confrontés Israël et l'Amérique nécessitent la poursuite de la coopération. Il est convaincu qu’Obama et le peuple américain continueront à soutenir Israël, en tant qu'amis et partenaires partageant les mêmes valeurs et objectifs.

Yaïr Lapid de Yesh Atid a félicité Obama pour sa victoire. Il lui demande au cours de son second mandat de tenir sa promesse explicite d'empêcher l'Iran d'obtenir l'arme nucléaire et d'agir immédiatement pour reprendre les négociations avec les palestiniens. Il a par ailleurs appelé le premier ministre Netanyahou à prendre des mesures immédiates pour corriger les mauvaises relations entre lui et l'administration Obama.

Sur la droite, l'Union nationale a déclaré que la victoire d'Obama risque de stimuler la gauche israélienne : «La prochaine élection israélienne sera de construire une coalition nationale qui aidera Netanyahou à supporter les pressions exercées sur lui».
Le parti Meretz enfin avait identifié son combat à celui de Barack Obama et avait appuyé à fond sa candidature en organisant plusieurs manifestations publiques en Israël. L'un de ses dirigeants Mossi Raz a expliqué : «Le lien entre le Meretz et Obama est évident, en particulier dans leur lutte pour les droits de l'homme, la justice sociale, les questions environnementales et la paix au Moyen-Orient sur la base d’une solution à deux États. Si Obama gagne là-bas, alors le camp démocratique progressiste peut gagner ici en Israël.»
 

3 commentaires:

André Chaloum Gabriel BERDA a dit…

Si Obama gagne là-bas, alors le camp démocratique peut gagner ici en Israël.»
POURQUOI IL Y A UN CAMP NON DÉMOCRATIQUE EN ISRAËL ?

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@BERDA
Je pense qu'il s'agit d'une erreur de traduction. Il s'agit du camp démocrate par opposition à républicains. Je pense que la meilleure traduction serait "progressiste"

Merci pour votre commentaire

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Vous écrivez : Benjamin Netanyahou "devra prendre, seul, la décision sans doute la plus lourde de sa vie d'homme d'état."

Ben oui ! Maintenant c'est comme ça : chacun pour soi.

On est "chef de guerre" ou on ne l'est pas !

Je n'oserai pas aller jusqu'à suggérer que votre Premier ministre prenne exemple sur notre Président qui est parti en guerre "détruire les terroristes" tout seul, avec la bienveillante bénédiction des Etats-Unis et de l'Europe de Bruxelles, qui ne ménagent pas leur admiration à la France dont le peuple, évidemment, paiera la note tout seul aussi.

Très cordialement.