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mercredi 30 janvier 2013

LES JUIFS DE BARACK OBAMA



LES JUIFS DE BARACK OBAMA

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps   
Obama au Kotel

            Le texte sur les «juifs de François Hollande» caracole en tête des articles les plus lus depuis plusieurs mois. Mais malgré son succès, il a valu au site quelques critiques acerbes : «vous citez ceux qui ont  une goutte ou plusieurs gouttes de sang juif comme si cela leur donnait une caution particulière en politique et plus particulièrement dans la politique à l’égard d’Israël. Ce genre de fichier est dangereux et rappelle une triste époque !».



Finalité



            Certains lecteurs s’étaient alors mépris sur la finalité de cet article. Il ne s'agissait pas de glorifier la condition de juif. Il ne nous appartient pas de le faire. A l'époque, la communauté juive soutenait dans sa très grande majorité la candidature de Nicolas Sarkozy, et c’était son droit. Mais les attaques contre le parti socialiste ne portaient pas sur son programme politique mais restaient souvent en dessous de la ceinture. Des caricatures odieuses et sans fondement montraient Martine Aubry en tchador ou François Hollande déguisé en barbu islamiste. Le lien entre antisionisme et islamisme devenait implicite et il avait été mis en exergue par les amis de Patrick Buisson qui pensaient qu’il fallait frapper les esprits pour susciter la peur. Le chantre de l’extrême-droite savait de quoi il parlait.

            C'est dans ce contexte que Temps et Contretemps a décidé de publier l’article sur les nombreux juifs, proches du candidat socialiste, pour mettre la réalité à sa place et pour prouver que François Hollande ne pouvait pas être antisioniste et encore moins antisémite si tant de juifs l’entouraient. Les arguments relayés par des officines occultes étaient mensongers et les montages ignobles. Cette peur orchestrée pour «révéler» la position socialiste anti israélienne n’avait pas le début d’un soupçon de preuve. Au final, le favori de l’extrême-droite, Patrick Buisson s’était planté en plantant du même coup son candidat Nicolas Sarkozy, dans une stratégie complètement débridée.

            C'est cette même démarche d'information qui nous conduit à réaliser un texte similaire pour le président américain. En effet, parallèlement aux attaques insensées contre François Hollande et durant quatre ans, nous avons eu droit à la même charge contre Barack Obama, orchestrée par un universitaire, français non juif, devenu gourou des francophones qui appréciaient son anti islamisme forcené et tellement exacerbé qu’il inspirait le doute. Tant de haine pour le président américain et tant de dévotion pour un État juif, qui lui était étranger, sonnaient mal dans l’esprit de ceux qui cherchaient la finalité de cette démarche étonnante sauf à y voir un but mercantile. Il avait inondé les médias de ses textes illuminés et de ses brûlots sur Barack Hussein, en martelant systématiquement le deuxième prénom pour prouver que président américain était musulman donc antisémite. Il était allé jusqu’à annoncer  avec certitude que pour cette raison ultime, il ne serait pas réélu ; c’est dire sa capacité d’analyse pondérée.



Intérêts américains

Rahm Emanuel


            En fait, Barack Obama, comme François Hollande, défend les intérêts de son pays qui ne sont pas forcément en phase avec ceux d’Israël. Les israéliens doivent s’habituer à comprendre qu’il est difficile de demander aux États étrangers de calquer leur politique sur celle de l’État juif. Mais il est inadmissible d’attaquer la stratégie politique d’Obama, certes parfois critiquable sur certains points, sur la seule consonance de son deuxième prénom musulman. Le président américain n’est pas antisémite et pour cause, de nombreuses personnalités de son entourage et au sommet de la hiérarchie présidentielle sont juives, ou au moins proches de la communauté. La liste est longue mais quelques noms sont révélateurs.

            Le premier et le plus connu fut son ancien chef de cabinet à la Maison Blanche, Rahm Emanuel, né de parents israéliens et volontaire dans l'armée israélienne durant la première guerre du Golfe en 1991. Il fait partie de Anshe Sholom B'nai Israel, une congrégation orthodoxe moderne de Chicago. 
Denis McDonough

            Barack Obama vient de nommer  son nouveau chef de Cabinet à la Maison Blanche en la personne de Denis McDonough  qui entretient des liens étroits avec la communauté juive. William Daroff,  directeur des Fédérations juives d'Amérique du Nord s'était adressé, quelques semaines avant l’élection présidentielle, à l'Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient en ces termes : «Au cours des quatre dernières années, en parlant en privé avec moi, et plus publiquement avec les dirigeants des Fédérations juives, McDonough a fermement et vigoureusement défendu la politique Moyen-Orientale de l’administration. Il a été franc et très disponible pour discuter et débattre des subtilités des questions politiques, toujours d’une manière juste et respectueuse et d'une façon qui montre clairement qu'il n'a aucun doute sur l'engagement du président Obama  en faveur de relations israélo-américaines fortes. Il est évident qu'il a l'oreille du président ». Nathan Diament, directeur de l'Union orthodoxe à Washington, a abondé dans le même sens en qualifiant McDonough de «personne de bon sens et de grande franchise» 



Les juifs de Chicago


Jacob Lew


            McDonough succède à Jacob Lew, juif orthodoxe qui a toujours été à l’écoute des appels des dirigeants de la communauté juive. Jacob Lew officiait comme chef de cabinet de la Maison Blanche et a été nommé, le 10 janvier 2013, Secrétaire d’Etat au Trésor. En tant que juif orthodoxe pratiquant, il observe les restrictions religieuses sur le shabbat qui l’obligent à quitter son bureau le vendredi en début d’après-midi pour rentrer chez lui avant le coucher du soleil. Il s’interdit d’utiliser les appareils électriques ou électroniques, y compris le téléphone durant la journée du samedi. Il a toujours refusé de répondre aux appels téléphoniques, même ceux du président. A noter cependant qu’il  n'a pas été choisi parce qu'il était juif, mais en raison de son expertise.

            Ceux qui insistent pour qualifier Obama de musulman ont du mal à expliquer pourquoi sa carrière a été favorisée par de grandes familles juives de Chicago. Il avait été accusé d'être proche des musulmans parce qu'il avait tenté d’arbitrer le conflit israélo-arabe à l’occasion de son discours du Caire de 2009, mal interprété par ses adversaires. D'ailleurs la communauté juive américaine ne lui en a jamais tenu rigueur puisqu’aucun vote sanction n’a entravé sa réélection. 
Jerry Kellman

               Durant tout son parcours politique et professionnel, il a été appuyé par des dirigeants juifs. Son mentor juif Jerry Kellman lui avait insufflé un élan en 1985 lors d’une étape majeure dans carrière professionnelle. Il avait recruté Obama pour travailler avec lui dans les banlieues sud de Chicago.

            Abner Mikva, ancien représentant de l’Illinois au Congrès, devenu juge fédéral puis avocat de la Maison Blanche sous la mandature de Bill Clinton, avait proposé à Obama de se joindre à lui à Washington. Il devint par la suite conseiller politique de Barack Obama.
Abner Mikva



Sénateur Obama



            Lorsque Barack Obama a été élu sénateur à Springfield, il  a partagé son bureau avec une sénatrice juive orthodoxe, Ira Silverstein. Ensemble, ils déposaient tous les jours leurs enfants à la crèche de l’école juive Akiba-Schechter. Elle a cosigné avec lui de nombreuses résolutions pour condamner les attentats perpétrés par des terroristes palestiniens en Israël. 
Message déposé au Kotel de Jérusalem

         A l’initiative de la Fédération juive de Chicago, il a fait son voyage en Israël en 2006 d’où il était revenu bouleversé après sa visite à Yad Vashem. Ses gros contributeurs financiers juifs de Chicago Saltzman, Pritzker et le milliardaire Lester Crown n’ont jamais compris les prises de position de quelques associations juives américaines et israéliennes qui ont mis en doute la réalité de la solidarité de Barack Obama avec Israël. 
Lester Crown

            Barack Obama est reconnaissant aux juifs de Chicago de lui avoir permis de prendre conscience de son identité noire et de son appartenance à une minorité. Il était tellement proche d’eux qu’il décida de célébrer Pessah 2008, la Pâque juive, avec ses nombreux amis et ses collaborateurs juifs. Il ne le fit pas par opportunisme mais par attachement aux traditions de la communauté juive. Ensemble ils ont chanté «l’an prochain à Jérusalem» puis l’an prochain à la Maison-Blanche. Il n’a pas dérogé à la règle en 2012 avec les juifs de son entourage mais, en tant que président, il a voulu marquer l’équilibre vis-à-vis de ses concitoyens de toutes religions en rompant le jeûne du Ramadan avec des dignitaires musulmans. Cela lui a encore valu des critiques injustifiées. 
Traditionnel Séder de Pessah

            Il ne porte certes pas la kippa durant le récit biblique de la sortie d’Égypte, le séder, mais lui et sa femme sont sensibles aux histoires d’esclavage qui les concernent personnellement. Sa femme Michelle n’oublie pas qu’elle est descendante d’esclaves mais surtout arrière-petite-fille d’une Cohen, et nièce d’un rabbin de la congrégation juive d’Éthiopie à Chicago. En participant à ces réunions, les Obama n’ont pas d’autre ambition que de combattre les antagonismes religieux afin de permettre aux États-Unis de faire progresser le dialogue entre les trois grandes religions, juive, musulmane et chrétienne.

            Il serait fastidieux de compléter la liste des juifs qui ont accompagné ou qui accompagnent Obama dans son chemin présidentiel. Quoiqu’il en soit Barack Hussein Obama, comme l’appellent ses détracteurs, n’est pas un ennemi d’Israël même s’il ne partage pas les mêmes convictions que Benjamin Netanyahou sur le problème iranien. Son approche politique est certes différente mais elle ne doit pas faire oublier aux israéliens que les américains n’ont jamais failli dans leur soutien à l’État juif. Ils ont souvent été les seuls à défendre Israël contre les nations du monde liguées contre sa sécurité. Israël n’a qu’un seul allié dans le monde.  


Lire : Le Clan Obama, les anges gardiens de Chicago, F. Clemenceau, Riveneuve éd.

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