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vendredi 22 avril 2022

Entre deux tours : une France en voie de libanisation ? Par Albert NACCACHE

 


ENTRE DEUX TOURS : UNE FRANCE EN VOIE DE LIBANISATION ?

 

Chronique d’un papy flingueur Albert NACCACHE




       Le premier tour de l’élection présidentielle du 10 avril a confirmé la fracture du paysage politique français avec la disparition des deux grands courants républicains : Les Républicains à droite et le Parti socialiste à gauche. Cette nouvelle dynamique est l’expression d’une très forte contestation par rapport aux fondements de la politique française, qui englobe à la fois le vote Mélenchon et les votes le Pen et Zemmour. Les deux finalistes et Jean-Luc Mélenchon, le troisième homme, ont réuni les trois quarts des suffrages autour de trois pôles : un pôle d’extrême-droite, fort de ses 32,29% et qui gagne 1,6 million de voix par rapport à 2017 ; un pôle de gauche radicale, avec 22% ; un pôle central autour du président sortant, qui rassemble 27,84% des suffrages.

Edwy Plenel


     Edwy Plenel, fondateur de Médiapart, a fait l’éloge de la campagne de Jean-Luc Mélenchon qui «marque des points» grâce à «sa cohérence et sa cohésion» et qui est vu comme «le meilleur»

Jean-Luc Mélechon à Marseille

     Les scores de Jean-Luc Mélenchon dans le 93 sont historiques. En tête dans 37 villes sur 40, des scores jamais vus ici au premier tour (+60% à Saint-Denis, Bobigny, Clichy-sur-Bois, Aubervilliers). Selon les résultats définitifs du 93, le leader de la France insoumise y obtient près d’une voix sur deux (49,09), très loin devant Emmanuel Macron (20,27 %). Très largement en tête dans les plus grandes villes du département (Saint-Denis, avec 61,13% ; Bobigny 60,14% ; Aubervilliers 59,99% ; Montreuil 55,22%…, Jean-Luc Mélenchon se paye même le luxe d’arriver aussi devant dans des villes administrées par des municipalités de droite, comme Aulnay-sous-Bois (où il atteint 50,68%, devant Macron, qui y obtient 19,21%), Le Blanc-Mesnil (52,88% devant Macron, à 16,67%), Montfermeil (41,12% devant Le Pen, à 20,09%), Neuilly-sur-Marne (41,29% devant Macron à 24,01%)…

Chez les musulmans, la tentation Mélenchon



         De nombreux messages ont fleuri sur les réseaux sociaux appelant les musulmans à voter pour Jean-Luc Mélenchon : «Ce message est le premier d’une très petite série qui a pour objectif de mobiliser les musulmans sur l’importance du vote des présidentielles. Le but est de créer un effet de surprise car on s’attend à une abstention record. Si l’on arrive à unir les votes des musulmans, le candidat Mélenchon pourra accéder au second tour où tout peut arriver. Partagez ce message à tous vos contacts muslim même à ceux qui ne peuvent pas voter car ils pourront le partager à d’autres qui eux le peuvent».

Dans une «grille de synthèse des positionnements» de six candidats (sur les 12 en lice) «en matière d'islamophobie» publiée mercredi 6 avril par le Collectif contre l'islamophobie en Europe (CCIE), héritier de l'ex-CCIF, Jean-Luc Mélenchon coche à toutes les cases. Des imams et des personnalités islamistes ont appelé explicitement à voter pour le candidat insoumis : «Nous, imams et prédicateurs, appelons les citoyens français de confession musulmane à voter dès le premier tour pour le moins pire des candidats à cette élection présidentielle : Jean-Luc Mélenchon. Il est le seul à avoir abordé la question de la liberté des musulmans et la défense de leur droit».

En 2017, 37% des électeurs musulmans avaient voté pour Jean-Luc Mélenchon. Pour la présidentielle 2022 : 69% des électeurs musulmans ont voté pour Jean-Luc Mélenchon au 1er tour (+32 points par rapport à 2017). Pour Oumma.com du 11 avril 2022 : «Jean-Luc Mélenchon peut toutefois s’enorgueillir d’avoir suscité un fort engouement électoral, des couches populaires et de la jeunesse, autour de sa candidature». Un Oumma.com très hostile à Emmanuel Macron qui est traité d’oligarque : «Un oligarque dont le mandat, entre autres souillures, aura été entaché par son mépris du peuple français, la violente répression d’État, sans précédent, contre les Gilets Jaunes, sa gestion calamiteuse du covid, le tout émaillé de mensonges éhontés, sans parler de son lien indéfectible avec Israël, au point de proclamer, lors du dernier dîner ultra-communautaire du Crif, par la voix de son Premier ministre, que «Jérusalem est la capitale d’Israël».

Pour le second tour, une responsabilité historique

Selon différentes enquêtes d’opinion Emmanuel Macron ne pourrait l’emporter qu’avec 51% à 54% des voix – des estimations à envisager avec précaution, à une semaine du scrutin qui présente de nombreuses inconnues. Dans son éditorial du 11 avril Jérôme Fenoglio Directeur du Monde avertit : «La présence, une nouvelle fois, de l’extrême-droite au second tour de l’élection présidentielle exige d’Emmanuel Macron qu’il réussisse en quinze jours à endiguer un péril que le quinquennat qui s’achève a été impuissant à faire refluer, …. Cela place le président sortant face à une responsabilité historique : réussir à endiguer un péril que le quinquennat qui s’achève a été impuissant à faire refluer».

Marine le Pen peut-elle l’emporter ?


          Si l’on additionne les voix obtenues par MLP (8.136.369) à celles de Zemmour (2.485.935) nous arrivons à un total bien supérieur aux 9.785.578 de Macron ! Elle poursuit sa dédiabolisation et réussit à apparaître comme plus modérée, plus acceptable. Elle met l’accent sur le social et son programme social attirera certains électeurs de Mélenchon, malgré sa consigne de vote. Aujourd’hui des sondages montrent que plus de 40% des ouvriers et des employés seraient prêts à voter Le Pen au second tour. «Je comprends cette décision. Il y a une colère immense dans notre pays. Emmanuel Macron n’a eu de cesse, durant son quinquennat, que de semer la haine dans les mots, les actes et les violences extrêmes. Les gens ne peuvent pas se résoudre à repartir dans ce cauchemar pendant cinq ans. Si on regarde les choses socialement, on pourrait trouver des convergences dans le programme de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon ». [1]

Le «tout sauf Macron» peut-il faire triompher Le Pen ? «Nous y voilà. En effet, on atteint là, me semble-t-il, le sommet de l’absurdité. L’attachement de certains à une politique de gauche les mène manifestement à ne plus faire la différence entre droite et extrême-droite, les englobant dans un même rejet» Vincent Cespedes, Philosophe


Les trois France, ou le pays déchiré

« Elles émergent, scrutin après scrutin, dans le décompte des bulletins de vote. Elles s’imposent peu à peu sans mot dire. Les trois France structurent la population hexagonale en trois catégories. Hermétiques l’une à l’autre, étrangères dans les mêmes frontières, ces trois France se partagent pour la première fois très clairement les bulletins de vote des Français dans une élection présidentielle.

La première France, c’est celle des grandes villes et des quartiers opulents. La France des cadres d’entreprises multinationales, sécurisés, bien rémunérés, bien logés, néglige les frontières qu’elle franchit allègrement pour travailler, envoyer ses enfants en stages de langue ou partir en vacances. Le monde occidental et son capitalisme déraciné lui vont comme une moufle. Elle s’étend vers ceux, parmi les plus de 65 ans, qui partagent le souci d’une France tranquille, où la valeur cardinale a le mérite de la simplicité : c’est celle de l’argent, du bas de laine, de la sécurité financière…

Une deuxième France, objet du mépris de la première, tente de survivre dans ce qui forme les trois quarts du territoire français. C’est la France périphérique du démographe Christophe Guilly, celle des petites et moyennes villes de province, des artisans, ouvriers, employés, fonctionnaires, des patrons et employés de PME. Celle qui se lève tôt, se couche tard, paye les traites de son pavillon, voit partir la Poste et l’hôpital et affronte les taxes, les amendes et les persécutions tatillonnes du fisc. Celle qui aime ses paysages, ses vieilles pierres, ses traditions parce que c’est son patrimoine.

Enfin, une troisième France vit sa vie loin des deux premières : la France des banlieues saturées d’immigration a ses territoires à part, s’organise autour de ses mosquées, s’habille distinctement, aspire les subventions du ministère de la Ville et entretient sa propre économie, légale ou non. L’été, elle ne voyage pas en Grèce ou aux États-Unis comme la première, ne fait pas de camping ou ne part pas en résidence secondaire comme la première, elle repart dans son pays d’origine où elle suscite l’envie de la famille restée sur place. La première ne croit qu’en l’argent, la seconde France a encore des restes de catholicisme au moins son dépôt culturel, la troisième se rattache majoritairement à l’islam. Cette troisième France, à nouveau, ne croise jamais ni la première ni la seconde. Elle a voté Mélenchon (22 %), en masse, recrute à pleines brassées parmi les jeunes de toutes origines, séduit l'immigration et explose au rythme fou des nouvelles arrivées comme du taux de natalité des ménages d'origine étrangère, très supérieur aux deux autres France. La dynamique de croissance est incontestablement de son côté. Elle sait que, si rien n’est fait, elle l’emportera. Ces trois France, pour l’essentiel, habitent des zones distinctes, ne se connaissent pas, ne se côtoient pas, ne se parlent pas, ne se comprennent pas, vivent et votent différemment. Elles portent en germe les batailles et le paysage politique de demain. La France, héritière d’un grand passé, a sans doute devant elle l’un des plus grands défis qu’elle n’ait jamais relevés. [2]                                                

Un risque de libanisation

 «En cas de victoire, La candidate d'extrême droite nous promet une France marginalisée, méprisée de ses partenaires, n'ayant d'autre perspective que de se mettre à la botte de la Russie ou de la Chine » [3] Une victoire de Marine le Pen nous plongerait dans l’inconnu. Son programme économique et politique provoquerait un déclassement de la France, une explosion des déficits publics, une augmentation des taux d’intérêt et à terme, un appauvrissement général et un risque de montée des violences. Et pour conclure, dans son billet de blog du 13 avr. 2022 «Faire face à la catastrophe» Edwy Plenel écrit en citant Walter Benjamin : «La catastrophe, c’est que tout continue comme avant».

Puis il poursuit «Nous y sommes, de nouveau. Comment rompre ce cycle infernal de la répétition monotone, déprimante et démobilisatrice, d’un présent devenu monstrueux tant il entrave l’avenir et interdit le rêve ? … La réponse ne viendra pas d’un sommet illusoire, d’avant-gardes autoproclamées, d’experts prétendus ou de gouvernants discrédités, mais du mouvement de la société elle-même».

 

[1] Didier Maïsto ancien président de Sud Radio et soutien de Jean-Luc Mélenchon

[2] bvoltaire.fr/présidentielle-les-trois-France-ou-le-pays-déchiré Marc Baudriller- 11 avril 2022 

[3] Lucie Robequain Les Echos.

 

2 commentaires:

Unknown a dit…

Bravo de citer comme exemple cet islamo gauchiste notoire Edwy Plenel

Unknown a dit…

Quel exemple que cet islamo gauchiste notoire d'Edwy Plenel !