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jeudi 26 mars 2020

En Iran, coronavirus ou blessures chimiques


EN IRAN, CORONAVIRUS OU BLESSURES CHIMIQUES

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
          
Hossein Asadollahi

          A l’instar de tous les pays du monde, l’Iran est aussi infecté par le coronavirus mais les dirigeants ont une certaine réticence à l’avouer comme s’il s’agissait d’une maladie honteuse. Les Iraniens ne peuvent pas cacher leurs nombreux morts. Alors pour les grandes personnalités militaires ils ont institué l’excuse de la mort par «blessures chimiques» à la suite de la guerre Iran-Irak des années 1980/88. Plus de 40 années plus tard, cette guerre revient au devant de l'actualité pour la défense du gouvernement.

 
Gardiens de la révolution

         Il en est ainsi de Hossein Asadollahi, commandant en chef du CGRI (Corps des gardiens de la révolution islamique) décédé le 22 mars 2020. Ce vétéran du CGRI avait dirigé la 27ème division Mohammad Rasulullah pendant plusieurs années et avait été un commandant clé des forces iraniennes intégrées aux côtés des armées de Bachar Al-Assad.
            Des indiscrétions de source sérieuse précisent pourtant qu'Asadollahi est mort à la suite du coronavirus qui a déjà coûté à plusieurs dizaines de personnalités du régime. C’est devenu le leitmotiv des autorités qui systématiquement imputent aux blessures chimiques la mort de fonctionnaires, comme celle du député Mohammad Ali Ramezani, élu lors du scrutin du 21 février.

Reza Rahmani

            Le 4 mars, les mêmes explications avaient été données lorsque le ministre iranien de l'Industrie, Reza Rahmani, avait été hospitalisé dans l'unité de soins intensifs d'un hôpital de Téhéran. L'agence de presse semi-officielle ILNA avait rapporté que Rahmani n'avait pas été hospitalisé en raison d'un coronavirus mais en raison de «blessures chimiques» subies pendant la guerre de huit ans avec l'Irak, qui semble avoir bon dos. La source a nié que Rahmani ait été infecté par un coronavirus. Pourtant certains médias ont affirmé qu’il avait été testé positif pour le coronavirus quelques jours avant sa mort et qu'il était décédé du virus. 
        On ne comprend pas cette réticence à avouer le drame du coronavirus. La population est mal informée et souffre; elle paie en premier la carence du régime dictatorial qui ne peut accepter un échec sanitaire même s'il n'est pas  responsable de ses effets. Le mensonge est la caractéristique des mollahs.
            Bien que les chiffres soient minimisés, en date du 21 mars 1.556 personnes sont mortes en Iran du coronavirus et 20.610 cas ont été confirmés. Il est donc difficile de camoufler l’hécatombe qui a décimé plusieurs responsables gouvernementaux et des chefs militaires et religieux du pays.
            Une liste non exhaustive des personnalités décédées a été établie par les services de renseignements. 
- Hashem Bathaei-Golpaygani, membre de l'Assemblée des experts iraniens.
- Mohammadreza Rahchamani, 64 ans, député de 1984 à 2000.
- Farzad Tazari, ancien commandant du CGRI et l’un des chefs des renseignements.
- Reza Modarresi, chef religieux de Qom.
- Ali Hosseini, chef de l'Organisation islamique pour le développement dans la ville d'Aliabad-e-Katul, dans la province du Golestan.
- Mostafa Amini et Nematollah Javadi Bamiani, hauts religieux.
- Mousa Torabzadeh, l'ancien procureur d'Astaneh-ye Ashrafiyeh, une ville de la province de Gilan.
- L'ayatollah Reza Mohammadi Langroudi.
- Le religieux Akbar Dehghan, directeur du personnel d'interprétation du séminaire de Qom.
- L'ayatollah Mohsen Habibi, membre du Conseil suprême des séminaires de Téhéran.
- Le religieux Ali Khalafi, adjoint au chef de la justice.
- Rasoul Azizi, le chef du département d'inspection de la police de Gilan.
- Fatemeh Rahbar, députée.

Fatemeh Rahbar

- Hossein Sheikholeslam, ancien ambassadeur d'Iran en Syrie et ancien conseiller de l'actuel ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif.
- Ahmad Toyserkani, conseiller du chef du pouvoir judiciaire Ebrahim Raisi.
- Mohammad Haj Abolghasemi, un responsable des Basij Resistance Force - une branche paramilitaire des IRGC.
- Mohammad Mirmohammadi, membre du Conseil d'opportunité de l'Iran.
- Mohammad Ali Ramazani Dastak, député.
- Reza Pourkhanali, un responsable du ministère de l'Agriculture dans la province de Gilan.
- Hamed Jalali Kashani, activiste pro-régime et défenseur du mariage des enfants.
- Ahmad Khosravi, un autre militant pro-régime.
- Hadi Khosroshahi, ancien ambassadeur d'Iran au Vatican. Il était une figure éminente du séminaire de Qom et un représentant de l'ancien guide suprême Ayatollah Ruhollah Khomeini au ministère de la guidance islamique après la victoire de la révolution islamique en 1979.

            De très nombreux haut fonctionnaires et militaires ont été infectés. Les mesures prises en Iran sont très souvent du domaine des charlatans. Ainsi un religieux a donné aux patients atteints de coronavirus dans un hôpital un parfum à sentir comme remède contre le virus. Il est partisan de la «médecine islamique» qui s'appuie sur les paroles des imams chiites pour traiter les patients et rejette souvent la médecine moderne. Sans aucun type d'équipement de protection, il risque de contracter le virus et de le transmettre. Trois médecins iraniens ont été condamnés à la flagellation pour avoir «insulté» Abbas Tabrizian, un religieux considéré comme le «père de la médecine islamique».
         Cette sortie de "folie"  n'est pas propre à l'Iran puisque, en France, l’imam de Brest Rachid Eljay garantit que la prière islamique protège de la contagion.
            Le gouvernement iranien semble débordé et il a été contraint de préparer de nombreuses tombes à Qom pour les enterrements de masse. Le manque de médicaments par suite des sanctions américaines aggravent la situation. L’hécatombe risque de prendre des proportions imprévisibles.


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