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jeudi 3 octobre 2019

Israël joue l'apaisement à Gaza


ISRAËL JOUE L’APAISEMENT À GAZA

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps


Point de passage des ouvriers

          Ce n’est pas nouveau, Israël fait tout pour apaiser les tensions avec le Hamas et pour améliorer la situation économique catastrophique à Gaza. Alors il diffuse le froid et le chaud. Les services de sécurité ont encouragé la stratégie d’apaisement pour aider la population à s’éloigner des extrémistes islamistes. Compte tenu du fort taux de chômage dans la bande, Israël pense remédier à ce drame en autorisant de manière déguisée des milliers de Palestiniens à entrer en Israël pour travailler. 





Travailleurs palestiniens rentrant chez eux en Cisjordanie


Il s’agit du meilleur moyen d’empêcher une nouvelle guerre avec le Hamas qui cherche dans un conflit une fuite en avant. Des milliers de Palestiniens ont été autorisés à traverser la frontière pour travailler sous couvert d’activités commerciales. Les hommes d’affaires ont toujours eu une liberté de circulation, même dans les moments les plus tendus. 
            Depuis 2007, date de la prise du pouvoir par le Hamas, Israël avait supprimé tous les permis de travail pour les travailleurs ce qui a dévasté l’économie et entraîné un chômage de plus de 50%. Mais la technique du donnant-donnant a été appliquée. Dans le cadre de négociations sous l’égide de l’Égypte, Israël a obtenu l’arrêt des tirs de missiles sur le sud du pays et la réduction des manifestations à la frontière. En échange, il a augmenté le nombre de permis de «commerçants», autorisé le Qatar à distribuer ses dollars à la population mais surtout aux fonctionnaires non payés par le Hamas. Il a libéré les aides des Nations-Unis dans la bande.
Lieberman au passage de Keren Shalom

Cette stratégie est partagée par Avigdor Lieberman qui a beaucoup évolué, à la droite du Likoud, en abandonnant ses positions extrêmes. Considéré pendant longtemps comme un nationaliste pur et dur, un faucon favorable au Grand Israël, l’ancien ministre de la défense a décidé d’occuper l’espace libéré entre le Likoud et les sionistes religieux. Il n’est plus le dirigeant qui pourrait mettre le Moyen-Orient en feu. Il a surtout intégré l’idée que la séparation avec les Palestiniens serait la seule solution viable.
Du temps où il était ministre de la défense, Lieberman avait proposé en vain son programme pragmatique en prônant l’ouverture des frontières aux ouvriers palestiniens et aux marchandises de Gaza pour donner un peu d’oxygène et d’espoir à une population contrainte par ses dirigeants de manifester à la frontière pour montrer qu’elle existe. Les officiers de l’État-major ont tous appuyé ce projet et ont donné leur imprimatur en ce qui concerne l’aspect sécuritaire. Ils pensent que cela pousserait la population à s’éloigner des options de terreur prônées par les radicaux islamistes. Un ouvrier palestinien travaillant en Israël permet à quatre familles de vivre décemment.
Israël a donc mis en place un programme consistant à délivrer des centaines de permis aux «propriétaires d’entreprises» leur permettant de fouler le sol israélien. Des responsables palestiniens ont confirmé la délivrance de plus de 5.000 permis de «commerçants», en fait pour des ouvriers employés dans la construction, l'agriculture et dans certaines industries. Bien sûr, ni l’Autorité et ni le Hamas n’ont accepté de confirmer l’information.
Très récemment, des dizaines d’hommes en tenue d’ouvrier, transportant leurs affaires personnelles dans des sacs plastiques, loin de la description qu’on se fait d’un homme d’affaires au complet veston, ont été vus au passage d’Erez. Ils avaient un permis de commerce mais donnaient l’impression d’entrer pour la première fois en Israël. Selon des sources sérieuses, certains «commerçants» ont payé 500$ à une officine de Gaza puis ont recontacté des entreprises de construction pour lesquelles ils avaient déjà travaillé avant 2007. Ils savent qu’ils ont intérêt à ne pas faire parler d’eux s’ils ne veulent pas perdre leur permis de séjour.


Gadi Yarkoni
         Les autorités sont discrètes sur l’entrée de milliers de jeunes hommes venant de Gaza qui pourraient constituer un risque sécuritaire alors que le premier ministre est critiqué pour son incapacité à mettre fin aux tirs de roquettes à partir de Gaza. Mais les agriculteurs des régions limitrophes sont heureux de retrouver leurs ouvriers qu’ils n’ont pas oubliés. D’ailleurs ils n’ont jamais cessé de les aider financièrement à distance malgré des relations rompues. La main d’œuvre est rare et certaines cultures pourrissent sur les arbres par manque de bras. Gadi Yarkoni, chef du conseil régional du sud, a confirmé qu'il était très favorable à recevoir des Gazaouis : «J'ai longtemps dit que nous devions leur offrir un avenir meilleur, et tant que les exigences de sécurité seraient satisfaites, ils devraient être autorisées à entrer. C'est la bonne direction. Et si cela se fait tranquillement, c'est aussi une bonne idée».


Salih al-Ziq

Salih al-Ziq, président du comité de liaison de l'Autorité palestinienne chargé des mouvements des Palestiniens vers Israël, a confirmé que les quotas de permis de commerçant sont passés de 1.000 en 2007 à 5.000 aujourd'hui. Il a précisé que «l’Autorité palestinienne n’était pas impliquée dans la délivrance des permis et qu’il s’agissait d’accords conclus entre Israël et le Hamas». Cependant ces chiffres restent loin des 26.000 permis délivrés avant 2000.
Maher al-Tabaa, un responsable de la Chambre de commerce de Gaza, a révélé que la majorité de ceux qui détenaient un permis de commerçant sont des travailleurs. D’ailleurs, Israël a étendu la durée des permis de trois à six mois et abaissé l'âge minimum d'admissibilité de 30 à 25 ans : «C’est bon pour Gaza, mais c’est un effet très limité. Nous avons besoin de 15.000 à 20.000 travailleurs pour pouvoir ressentir les effets de cet assouplissement».
Palestiniens traversant Erez

Un propriétaire d'un magasin de vêtements de luxe pour hommes dans Gaza détenait un permis de commerçant pendant des années, l'utilisant pour acheter des vêtements et des chaussures à des grossistes israéliens. Mais comme beaucoup d'autres, ses affaires ont connu des moments difficiles ces dernières années avec les nombreuses manifestations. Bourré de dettes, il a été contraint de fermer son magasin.  Alors, il a utilisé son permis de commerçant pour se faire embaucher à Ashkelon comme ouvrier du bâtiment à 600$ la semaine. Il passe la semaine en Israël dans un appartement surpeuplé et retourne à Gaza le week-end pour le passer avec sa famille.
Les services sécuritaires tiennent à distinguer les ouvriers des terroristes. Ils estiment que le meilleur combat contre les extrémistes du Hamas et du Djihad islamique passe par une aide massive pour résorber le nombre de chômeurs sachant qu’ils sont une cible facile pour les organisations terroristes qui les font rêver en les incorporant dans des groupes de terreur.

1 commentaire:

bliahphilippe a dit…

Personnellement j'aurai titré "Israel joue à l'apaisement à Gaza". Politique remontant a 2007.
Voilà un "apaisement"qui n'a pas empeché 3 ou 4 guerres(?) avec le Hamas, et qui vraisemblablement ne garantit pas qu'une nouvelle confrontation ne se produise au moment où le Hamas le décidera, comme d'habitude ...faute d'avoir réussi à faire mieux. Ceux qui travailllent seront bien contents de sortir un peu la tete hors de l'eau...sans que le fond ne change.
Voilà qui me rappelle l'histoire que me rapportait directement un exploitant agricole avant son expulsion du Goush Katif. Il avait donné quasiment tous les pouvoirs à son contremaitre Gazaoui avec lequel les relations d'amitié et de confiance étaient totales. Un peu avant l'expulsion de son patron qui lui demandait pourquoi -alors qu'ils s'entendent si bien- la situation ne pourrait durer .
Ce à quoi le contremaitre lui répondit: "Ah non, c'est comme dans les jeux video, à la fin "one must fall" (un des 2 doit tomber)faisant allusion à tout Israel. Aprés l'expulsion de son patron, quelques temps plus tard le meme contremaitre rappelle son ex employeur pour lui demander de l'aider à travailler en Israel, lequel se retrouve en compagnie d'une kyrielle d'autres employeyrs du goush katif devant les prud'hommes de Beersheva, leurs employes gazaoui sollicitant des soi disant arrieres de conges payes et salaires sacccccchant que dans le cours de l'expulsion les registres comptables ont ete detruits ou laisses sur place.Toute l'ambivalence avec nos voisins arabes est là. Ils veulent travailler en Israel, profiter de tous les avantages qu'ils n'ont pas chez leurs "fréres", mais au fond estiment que les juifs doivent disparaitre de cette terre. Beaucoup d'israéliens le savent, d'autres le dénient ou font semblant de l'ignorer.
En fin de parcours jamais ces travailleurs ne disposent de la moindre influence pour éviter un nouveau conflit.
En parallélle qui se souvient que ces memes gazaouis ont mis le feu à la résidence de l'ambassadeur de france à Gaza, "oubliant" tous les bienfaits financiers et autres que cette annexe du Quai d'Orsay leur a prodigué? Ambivalence, irrationnalité. Le jeu continue.
Pour ma part j'aurais préféré employer des travailleurs asiatiques,juste pour atténuer les risques, la gratitude n'étant pas de mise.