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lundi 17 septembre 2018

Mahmoud Abbas sent la situation lui échapper


MAHMOUD ABBAS SENT LA SITUATION LUI ÉCHAPPER
Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
            
Délégation du Hamas au Caire

          Le président Mahmoud Abbas panique devant une situation politique qui le dépasse et qu’il ne contrôle plus. Son navire fuit de toutes parts et l’axe de sa direction est brisé. Il craint que le Hamas ne signe seul un pacte de trêve avec Israël et il menace d’imposer des mesures punitives à la bande de Gaza s’il était signé. Selon un haut dirigeant du Fatah, le président palestinien a confirmé, lors d'une séance à huis clos, qu'il ne permettrait pas au Hamas de signer une trêve avec Israël sans son approbation.



Saëb Erakat, secrétaire général du Comité exécutif de l'OLP, avait révélé le 25 août qu’une délégation palestinienne dirigée par le Hamas prévoyait de signer une trêve parrainée par l’Égypte. Cependant le problème reste que l'OLP est une organisation représentant la plupart des factions palestiniennes, à l’exception du Hamas, et qu’elle se considère comme seule négociatrice officielle au nom des Palestiniens. Erakat a déclaré que la monopolisation par le Hamas d'un accord avec Israël détruirait les efforts visant à l’unification du Hamas et du Fatah.
 En cas de signature d’un protocole sans l’imprimatur de Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité mettra un terme au financement de la bande de Gaza sous prétexte que : «La signature de la trêve renforcerait la division entre la bande de Gaza et la Cisjordanie et détruirait la cause palestinienne». Le porte-parole du Hamas, Sami Abu Zouhri, a déclaré en écho que «les menaces d'Erakat d'arrêter tout financement pour Gaza reflètent l'insistance du Fatah à étrangler Gaza et à empêcher toute possibilité de le sauver. Ce plaisir dans la souffrance de Gaza révèle la vérité de cette organisation face à notre peuple».
Azzam Al-Ahmad à gauche


Le 28 août, le Fatah avait informé la présidence égyptienne qu'il rejetait l’accord avec Israël et avait posé les conditions d'une réconciliation avec le Hamas totalement inacceptables pour les islamistes, à savoir l'arrêt des négociations d'apaisement avec Israël et l’obligation d’un consensus national pour signer tout accord. Une délégation du mouvement, comprenant en particulier Azzam al-Ahmad, membre du Comité central, avait rencontré le responsable du dossier palestinien auprès des Services égyptiens des renseignements, le général Ahmed Abdul Khaliq, qui avait précisé: «La réponse du Fatah a été négative et elle présentait une vision comprenant des conditions pratiquement impossibles et un refus diplomatique de poursuivre le processus de réconciliation».
Mahmoud Abbas a menacé le Hamas mais aussi Israël et les Etats-Unis de mesures de rétorsion, laissant entendre qu’une prochaine réunion du Comité central déboucherait sur des décisions décisives, en particulier l’arrêt du versement des salaires à Gaza. Abbas ne semble pas mesurer que la bande de Gaza souffrirait d’une crise énorme si ces mesures étaient appliquées. Mais pour l’instant il se borne à envoyer un message de pression au Hamas qui lui, de son côté, est cependant à la recherche de sources de financement alternatives pour remplacer l'AP. Le président palestinien a exigé de l’Égypte l’exclusion des négociations de trois factions dans le cadre de leadership de l'OLP : le mouvement de résistance populaire, les comités de résistance populaire et le mouvement des moudjahidines. L’Égypte n’a pas donné suite.

Général Abbas Kamel

Le chef égyptien des services de renseignements, le général Abbas Kamel, cherche à persuader la délégation du Fatah d'approuver les propositions du Caire pour mettre fin à la division et à la levée des sanctions imposées par l'Autorité palestinienne afin de favoriser la formation d'un gouvernement d'unité nationale et l'organisation d’élections présidentielles et législatives palestiniennes. Si le Fatah acceptait les propositions, Abbas Kamel est certain de trouver une solution au dilemme de savoir qui signerait un projet de trêve avec Israël pour au moins cinq ans. Le Fatah exige qu’Azzam al-Ahmad signe l'accord, comme en 2014, lors de l’accord de cessez-le-feu qui avait mis fin à la guerre de Gaza.
À la lumière des progrès attendus dans les pourparlers, l'Égypte lancera un appel pour que toutes les factions palestiniennes se rendent au Caire pour parvenir à un accord sur la réconciliation et la signature de l'accord de trêve. Si les pourparlers échouent, le Caire se passerait de la participation de Mahmoud Abbas et du Fatah. Une délégation comprenant un membre du Comité central de l’OLP et du Fatah, Azzam al-Ahmad, des membres du Comité central, Rawhi Fattouh et Hussein al-Sheikh, s’est rendue au Caire pour rencontrer le général Abbas Kamel afin de discuter des perspectives de parvenir à un accord sur une trêve avec Israël, et sur des projets humanitaires dans la bande de Gaza.
La trêve proposée entre Israël et le Hamas comprend la mise en œuvre d'un cessez-le-feu entre Gaza et Israël, et l'arrêt de la grande marche du retour, en échange de l'assouplissement du blocus israélien contre Gaza, de l'ouverture d'une route maritime entre Gaza et Chypre, et de l’augmentation de l’espace de pêche maritime pour les Gazaouis. L’Égypte précise que les négociations bilatérales entre le Hamas et Israël ne sont pas menées uniquement par le Hamas mais aussi par l’Égypte et les États-Unis qui ont leur mot à dire.  
Mahmoud Abbas est réticent vis-à-vis de cet accord pour des raisons politiques parce que le rapprochement avec Gaza ferait apparaître des concurrents puissants avec lesquels il devrait partager le pouvoir. Il s’inquiète du poids politique de plus en plus important que prend le Hamas qui risque d’être reconnu comme une organisation légitime avec laquelle il faudra compter. Mais cet accord n’est pas un accord de paix et ne va pas au-delà d'une trêve humanitaire. Israël veut neutraliser le front de Gaza et éviter la confrontation avec le Hamas pour se concentrer sur le nord du pays et pour réaliser la création d'une nouvelle alliance régionale. Israël est conscient qu'une confrontation avec le Hamas serait coûteuse. De son côté, l’administration américaine préfère le retour de l’Autorité palestinienne aux négociations mais n’en fait pas un préalable.

Mahmoud Abbas tente à tout prix de reprendre l’initiative internationale mais il utilise une mauvaise voie. Il a envoyé son ministre des Affaires étrangères en Corée du Nord pour participer au 70ème anniversaire de l’indépendance du pays, et pour transmettre un message au leader nord-coréen Kim Jong-un dans lequel il critique Donald Trump et «dénonce la judaïsation, la colonisation, la confiscation des avoirs, la destruction des maisons des Palestiniens ainsi que les invasions des militaires israéliens contre la mosquée al-Aqsa». Il ne fait qu’aggraver son cas vis-à-vis des Américains. C’est la preuve qu’il sent que la situation lui échappe totalement.