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dimanche 29 avril 2018

Israël songe à l'exploit de 2007 contre l'usine nucléaire en Syrie



ISRAËL SONGE À L’EXPLOIT DE 2007 CONTRE L’USINE NUCLÉAIRE EN SYRIE

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

           
La centrale nucléaire syrienne
            
          Israël tremble rétroactivement à l’idée que la Syrie aurait été en mesure, aujourd’hui, de disposer de l’arme nucléaire s’il n’était pas intervenu en 2007. La décision difficile avait été prise par le gouvernement israélien en accord avec les Etats-Unis, pour détruire le réacteur syrien, avant sa mise en fonctionnement. L'opération militaire Orchard fut exécutée par l'armée de l'air israélienne le 6 septembre 2007, vers minuit, contre un immeuble de Deir ez-Zor en Syrie.





Le plan de l'usine nucléaire

            Des avions de combat israéliens F-15I armés de bombes guidées par laser de 500 livres, escortés par des avions de combat F-16I et des avions de renseignement, ont d’abord attaqué et détruit le site radar syrien à Tal al-Abuad, puis ont procédé à la démolition du réacteur nucléaire. Ce travail avait été préparé préalablement par les forces spéciales israéliennes, les unités d’élite Maglan et Sayeret Maatkal, qui étaient arrivées sur le site nucléaire la veille pour y insérer des marqueurs électroniques afin d’aider les avions à repérer avec plus de précision leur cible grâce aux indicateurs laser.


L'usine avant et après

            Tsahal avait détruit l’immeuble qui abritait un réacteur à eau lourde construit avec l'aide de la Corée du Nord et devant servir à la production de plutonium militaire. Dix ingénieurs nord-coréens avaient d’ailleurs trouvé la mort lors de l'attaque. Les unités de missiles balistiques des forces syriennes n’avaient pas été mises en alerte et finalement n’avaient pas répliqué parce que les radars avaient été rendus aveugles par des commandos au sol qui ont utilisé un procédé resté secret à ce jour.
            C’est seulement le 28 avril 2010, que le directeur général de l'AIEA Yukiya Amano avait accepté de révéler que la cible cachait bien un réacteur nucléaire en construction, contrairement aux assertions syriennes. C’est aussi seulement le 21 mars 2018, que l’État israélien a admis officiellement avoir détruit l'installation nucléaire.
Général Eli ben Meir

            Cette opération n’aurait pas eu lieu si le général israélien Eli Ben Meir ne s’était pas entêté alors qu’il dirigeait, depuis 2005, le département technologique des services de renseignements militaires. Des signes d’activité nucléaire en Syrie avaient été détectés dès 2000 mais Israël n'avait aucune certitude. Au début de 2006, le général avait suffisamment de preuves pour demander des ressources humaines supplémentaires afin de se concentrer sur le réacteur pour apporter la preuve du danger. Il avait alors dû convaincre, non seulement les dirigeants israéliens, mais le président George W. Bush et le directeur du renseignement national, John Negroponte, pour qu’une action soit entreprise.
            L’équipe d’Eli Ben Meir était la seule parmi les responsables israéliens à croire à cette théorie du réacteur nucléaire syrien qui semblait tirée de l’imagination des agents sécuritaires. Il a fallu de plus en plus de preuves pour étayer le risque syrien mais Ben Meir était parvenu à convaincre. Par ailleurs, le gouvernement israélien lui avait demandé de s’assurer que la centrale n’était pas encore opérationnelle sinon, en cas d’attaque, elle devenait une véritable bombe nucléaire. L’opération de destruction a été lancée au moment même où le premier ministre Ehud Olmert était contraint à la démission sous le soupçon de corruption. Il avait donné le feu vert mais son successeur Benjamin Netanyahou avait été crédité du succès.
            Avec la guerre civile qui a été déclenchée en Syrie, la situation aurait été totalement différente si Bachar El-Assad détenait des capacités nucléaires. Il aurait eu des arguments pour faire pression sur les alliés occidentaux et sur Israël pour les empêcher d’intervenir librement. Mais plus grave, l’arme nucléaire aurait pu passer entre les mains du Hezbollah et de l’Iran.
            L'action préventive fait partie de l'adn de l'armée israélienne. Les dirigeants israéliens font aujourd’hui le parallèle avec la situation en Iran qui dispose déjà de missiles et de lanceurs mais qui a été stoppé dans la production d’armes nucléaires. L’accord nucléaire signé en 2015 ne garantit rien sur la durée. C’est pourquoi les partisans d’une attaque contre les usines nucléaires iraniennes, bien que minoritaires, font pression sur le gouvernement. Cependant l’État-Major militaire et les services sécuritaires estiment qu’Israël ne peut pas agir seul, sans l’aide logistique et surtout le soutien politique des Etats-Unis, face à la présence active de la Russie au Moyen-Orient. Tsahal rappelle qu’en 2007 il était intervenu avec le plein accord des Américains.  Mais si les chefs militaires ne sont pas pour l’instant favorables à une frappe contre l’Iran mais uniquement contre les Iraniens en Syrie, ils se préparent à toute éventualité puisque c’est leur rôle d’envisager toutes les options.
Carte nucléaire de l'Iran

            Dans cet esprit, l’aviation israélienne a procédé à de nombreux exercices de masse qui ont réuni plus de 100 chasseurs israéliens F-16 et F-15, ainsi que des hélicoptères et des avions ravitailleurs. Ces aéronefs ont parcouru la Méditerranée sur plus de 1.500 kms pour simuler la distance qui sépare Israël de l'usine nucléaire iranienne. Depuis quelques mois, les avions furtifs F-35 font partie de la panoplie aérienne mais il semble que leur utilisation soit conditionnée à un feu vert américain. 
          Israël n’a pas attendu en 2007 et avait agi seul. La question se pose si en 2018 il pourra s’affranchir de l’aide de Donald Trump et de la menace de Vladimir Poutine.

3 commentaires:

YAAKOV NEEMAN a dit…

Dans le contexte actuel des tensions avec l'Iran, est-ce que c'était vraiment une bonne idée de révéler par le détail le modus opérandi de cette opération ? Si la réponse est OUI, alors ça veut dire que l'IAF a trouvé encore mieux pour répondre aux défis à venir. Les Perses ne sont pas des musulmans comme les autres : ce sont des joueurs d'échecs, capables d'apprendre de leurs erreurs et surtout de mettre en pratique les bonnes recettes de leurs ennemis. Alors ? Drôle d'hasbara que cette médiatisation à outrance d'une opération éclair ! Comme si l'Histoire allait se répéter ! Comme si la donne stratégique d'aujourd'hui était la même ! Je crois que sur cette affaire Tsahal aurait gagné à être modeste (tsenoua). La sagesse juive nous met en garde contre l'orgueil, non pas parce que c'est un vilain défaut, mais plus prosaïquement, parce qu'on peut trébucher par orgueil. Militairement, et grâce à D.ieu, Israël a le savoir-faire. Mais quel intérêt y a-t-il à le leur faire savoir ? Ils n'ont rien compris et ils ne comprennent rien à la pérennité d'Israël. Finalement, toute cette campagne de presse qui ne visait qu'à mettre en garde Téhéran, n'aura servi qu'à rendre les stratèges des Mollahs plus intelligents, c'est-à-dire plus vicieux.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@Yaakov

Ce n'est pas la première fois qu'on m'accuse de divulger des informations scuritaires. D'une part, il ne faut pas prendre les ennemis d'Israël pour des débiles. Ils savent tout. D'autre part, ce qui est publié passe par la censure militaire qui est décisionnaire.

Aujourd'hui la guerre médiatique est plus importante que les missiles. Je ne me pose de question sur les motivations de Tsahal de divulger ces informations, il sait ce qu'il fait. Dans cette affaire, il faut faire confiance aux chefs militaires.

Michel BOUTBOUL a dit…

Monsieur Neeman,

Si vous voulez des informations sans intérêt vous avez beaucoup de journaux francophones qui sont dédiés aux informations communautaires ou religieuses. Laissez-nous au moins ce site qui nous informe avec détails.