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samedi 14 avril 2018

Israël refuse toute présence iranienne en Syrie



ISRAËL REFUSE TOUTE PRÉSENCE IRANIENNE EN SYRIE

Par Jacques BENILLOUCHE
 Copyright © Temps et Contretemps

            
Base T4 en Syrie

          Dans une interview à un quotidien israélien à l’occasion des fêtes de Pessah, le chef d’État-major de Tsahal, Gadi Eizenkot, avait révélé qu'Israël avait mené des centaines d'actions offensives en 2017 pour empêcher le renforcement du Hezbollah et la possession de missiles de précision capables d'atteindre des cibles en Israël. Il a précisé qu’aucune confrontation n’est attendue avec le Hezbollah cette année et qu’Israël empêchera l'Iran d'approcher de ses frontières. 


         
          Israël a ses propres stratégies sécuritaires et préfère agir de manière solitaire en fonction de ses intérêts car l’expérience prouve que l’Occident fait preuve d’inertie quand il s’agit de se défendre. Les Américains annoncent à grand renfort de publicité la prochaine frappe alors que la surprise est de mise dans ce genre d’action. Dans ce contexte, les observateurs étrangers n’hésitent pas à attribuer à Israël la frappe militaire contre une base aérienne syrienne hébergeant des «conseillers» iraniens. Plus de 14 personnes, dont trois officiers iraniens, ont trouvé la mort dans une frappe qui ressemble beaucoup à un avertissement aux Russes et aux Syriens ; Israël annonce ainsi qu’il fera tout pour freiner l’expansion chiite en Syrie.
            L'agence iranienne Fars a reconnu la mort de quatre de ses ressortissants alors que l'agence de presse privée Tasnim en dénombre au moins sept. Comme à son habitude, Israël ne confirme ni ne dément ces informations. En revanche, des précisions ont été publiées sur les victimes dont l'un, Mehdi Dehqan Yazdeli, serait membre de la Force aérospatiale des Gardiens de la révolution, une division qui exploite des drones. Les autres victimes identifiées sont Seyed Ammar Moussavi, Medi Lotfi Niyasar, Akbar Zawwar Jannati, et Mehdi Dehqan Yazdeli, qui sont prénommés les «défenseurs du sanctuaire» en tant que forces qui protègent le sanctuaire Zeinab, le site sacré chiite près de la capitale syrienne. Ces morts rejoignent les mille Iraniens tués dans la guerre civile syrienne.
Mehdi Dehqan Yazdeli

            Netanyahou a implicitement confirmé l’action de l’aviation israélienne puisqu’il a déclaré le 9 avril qu'Israël frappera toujours en premier ceux qui tentent de lui faire du mal : «Nous avons une règle claire et simple. Celui qui cherche à nous nuire, nous nous chargeons de lui en premier. À la frontière de Gaza, nous ne laissons personne nous toucher ; notre sécurité dans le présent est cruciale pour notre sécurité à l'avenir». Tsahal fait tout pour dissuader les Iraniens d’atteindre la frontière. Selon le chef d’État-major Eizenkot : «Au cours de la dernière année, les Iraniens ont eu une activité très importante aux abords du Golan. Ils n'ont pas osé s'approcher de notre frontière, car ils savent qu'ils risquent de payer un lourd tribut. En revanche, ils ont lancé un drone sur notre territoire. C'est la première fois que l'Iran prouve sa capacité opérationnelle en Israël».
            Israël ne compte plus les blâmes qu’il reçoit à chacune de ses actions et n’attend rien de la réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies qui discute des attaques chimiques syriennes et dont les décisions sont stériles. En affirmant qu’il y aurait «un gros prix à payer pour l’attaque chimique», Donald Trump a donné en fait son imprimatur implicite à toute frappe aérienne en Syrie. Les Russes ont d’ailleurs confirmé que deux avions israéliens F-15 avaient tiré plusieurs missiles sur la base T4 depuis la frontière du Liban. Ils croyaient au départ qu’il s’agissait d’avions américains mais le Pentagone avait démenti.
            Depuis 2012, Israël a frappé à l'intérieur de la Syrie plus de 100 fois pour viser exclusivement des convois d'armes destinés au Hezbollah. Mais depuis qu’un drone iranien a violé l’espace aérien israélien, Israël cible à présent les bases iraniennes en Syrie et en particulier la base aérienne de Tiyas (T4) qui abrite une unité de défense aérienne mobile. Bien que la base T-4 soit située à des centaines de kilomètres de la frontière israélienne, entre la ville de Homs et Palmyre, elle est également utilisée par les Gardiens de la Révolution iraniens qui supervisent les passages frontaliers Irak-Syrie ainsi que par les forces aériennes et terrestres syriennes. Les Israéliens n’ont pas réellement songé à punir les attaques au gaz, laissant aux Occidentaux le soin de régler cette affaire à leur manière, mais ils tenaient à cibler le régime syrien qui autorise l'Iran à exploiter la base de Tiyas pour fournir des armes avancées aux miliciens chiites et au Hezbollah. Le drone iranien qui a violé l'espace israélien s’était envolé depuis cette base aérienne et avait été la cause de la perte d’un F-16.
            Mais Israël reste prudent à ne pas provoquer la Russie en évitant une confrontation directe. C’est pourquoi, selon des témoins libanais, les chasseurs israéliens ont longé les côtes de la mer Méditerranée puis ont traversé l'espace aérien libanais pour lancer leur attaque depuis la frontière avec la Syrie en évitant de survoler les défenses russes. En frappant les Iraniens, le gouvernement israélien a désigné de fait son ennemi juré. Il estime que l’armée iranienne se rapproche dangereusement de la frontière. Si les Etats-Unis ont annoncé ouvertement qu’il se désengagent du Moyen-Orient, Israël ressent l’obligation d’agir à leur place en Syrie.
Giora Eiland

            Giora Eiland, l'ancien chef du Conseil national de sécurité israélien, est revenu sur les décisions prises par Barack Obama à la Maison Blanche : «La plus grande erreur américaine n'a pas été faite l'année dernière, mais elle a été faite au début du soulèvement en Syrie en 2011. À cette époque, il n'y avait que deux partis en Syrie, le gouvernement assiégé d'Assad et un mouvement pro-démocratique. Assad était tout à fait seul et l'intervention de l'Occident aurait pu faire une grande différence pour ceux qui tentaient de l'évincer. Tout avantage que les rebelles syriens auraient pu avoir a été perdu après la décision prise par la Russie en septembre 2015 de soutenir militairement Assad».

            L’avertissement israélien concerne aussi l’Iran qui joue avec le feu nucléaire en livrant le premier yellowcake (poudre de concentré d’uranium) à une installation nucléaire à l’occasion de la Journée nationale de la technologie nucléaire. Si cela reste cependant dans les limites de l’accord signé avec les Américains, il n’y a qu’un petit pas vers le nucléaire militaire. Le président Rouhani a dévoilé les derniers développements technologiques nucléaires, y compris le développement des centrifugeuses, la séparation et la médecine nucléaire. Il a annoncé le succès du transfert de la première cargaison de yellowcake produite avec l’aide de la Chine, dans une usine de la ville d’Ardakān à une installation de conversion d'uranium à Ispahan.
Ali Akbar Salehi
            Ali Akbar Salehi, chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique a déclaré à cette occasion : «Si nous recevons un ordre des hauts fonctionnaires de l'établissement de reprendre l'enrichissement d'uranium à 20%, nous n'avons besoin que de quatre jours pour augmenter l'enrichissement de 20% à l'usine d'enrichissement Fordow». La menace est claire mais elle reste ignorée par les Occidentaux. Plusieurs nouveaux projets nucléaires ont été ouverts dans divers domaines de l'industrie centrifugeuses, exploration et de recherche, malgré toutes les restrictions imposées par les experts L'Organisation de l'énergie atomique a été mise en œuvre.
            Les responsables israéliens craignent que le soutien diplomatique de Poutine puisse être interprété par Bachar El-Assad comme une légitimation générale à utiliser des armes chimiques qui pourraient être utilisées contre Israël. C’est pourquoi Israël n’hésite plus à intensifier son conflit diplomatique avec la Russie. Cependant, quand il s'agit de frappes israéliennes en Syrie, la Russie ferme les yeux car elle sait qu’Israël maintient ses limites de ne pas toucher ses bases et l’armée du régime.  Il existe une certaine compréhension tranquille entre Poutine et Netanyahou qui permet à Israël de frapper à proximité des Russes sans créer de point de friction entre la Russie et Israël. Aucun des deux n'est intéressé à une guerre. 
          Mais Israël a décidé de retirer ses gants pour mener une bataille militaire, limitée cependant, contre l'expansion et l'enracinement des gardiens de la révolution iraniens et de leurs milices chiites en Syrie. Il reste aux Occidentaux de prouver leur crédibilité face aux agissements meurtriers du président syrien. L'instabilité sur la frontière nord augmente considérablement avec les beaux jours.

1 commentaire:

denis sabrié a dit…

Très bon article qui détaille la situation, ISRAEL se défend et le pays a bien raison, pendant que les occidentaux font du blabla, les Américains ont dit qu'ils réagiraient au bout de 48h...on arrive à la fin de la semaine et...rien (?)un pé de lapin..?