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mardi 5 décembre 2017

Sayeret maatkal : l'unité d'élite mythique



SAYERET MAATKAL : L’UNITÉ D’ÉLITE MYTHIQUE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            

          Nous avions écrit, dans un précédent article, que l’armée égyptienne est puissante mais qu’elle n’arrivait pas à neutraliser les terroristes dans le Sinaï parce qu’à la suite de différentes purges politiques, les services de renseignements avaient été décapités. Mais ce n’est pas tout ; elle dispose de beaucoup de soldats bien armés mais elle manque d’unités d’élite chargées des renseignements et des missions spéciales dont les membres doivent recevoir une formation et un entraînement de plusieurs mois.



            En Israël, l’unité Sayeret Maatkal, celle du chef d’État-Major, est considérée comme la meilleure unité de combat de l’armée israélienne, et l’une des forces spéciales les meilleures au monde. Parce que le professionnalisme y est érigé en mode de vie, elle a réalisé avec succès les missions les plus audacieuses de Tsahal, et a vu défiler dans ses rangs des grandes figures israéliennes. L’ancien premier ministre Ehud Barak, Benjamin Netanyahou et son frère Yoni tombé au combat à Entebbe, l’ancien ministre de la défense Shaoul Mofaz et l’ancien patron du Mossad, Danny Yatom. La liste est longue.
Yoni Netanyahou

            L’unité Sayeret Maatkal n’est rattachée à aucun commandement régional, elle répond directement aux seuls ordres de l’État-major israélien. Elle appartient à la Branche des Renseignements de l’armée, l’une des composantes de la communauté israélienne du renseignement. Les combattants de l’unité sont sélectionnés à partir de critères spéciaux, par le biais de tests rigoureux et d’examens physiques éprouvants. Ils doivent exceller en matière de motivation, détermination, forme physique et capacité à prendre des décisions sous pression. Les combattants sont spécialisés en opérations commando. Un équipement technologique de pointe est mis à leur disposition.
            La formation dure 20 mois. Les combattants débutent par un entraînement commun de 4 mois avec les soldats de la Brigade parachutiste. Ensuite, ils sont séparés du reste des parachutistes et suivent un entraînement spécifique, qui les soumet à des épreuves physiques intenses à l’issue desquelles ils reçoivent le fameux béret rouge, après notamment une marche éreintante de 120 kilomètres. Par la suite, ils entament une formation spécialisée qui comprend notamment : 15 semaines de navigation dans le désert, des exercices de repérage, des exercices anti-terroristes, la formation de tireur d’élite de Tsahal et des séances de camouflage.
Mehina Tavor

            Dix candidats se présentent pour une seule place ce qui impose une sélection tellement rigide que les candidats préfèrent surseoir à leur incorporation pour faire une année de préparation spéciale, Méhina militaire, une sorte de classe préparatoire à l’instar des candidats à Saint-Cyr.
            Mais cette préparation comporte peu d’entraînements militaires qui seront enseignés par des spécialistes à l’armée. Il s’agit d’une éducation civique et mentale sur les valeurs d'héritage israélien, juif et sioniste. Ils y apprennent la vie en communauté, le sens de la camaraderie et de la solidarité dont ils feront usage lors de leurs missions militaires. Ces écoles de préparation forment pour tous les postes de haut niveau de l’armée à savoir : pilotage de l'armée de l'air, Shayetet (commandos de la marine), Sayeret Maatkal (unité d'opérations spéciales), unité d’élite du renseignement et enfin académie navale.
Commando naval shayetet-13

            La Méhina est un programme qui existe depuis plus de vingt ans. La sélection se fait déjà à l’entrée de cette préparation puisque 60% des candidats sont rejetés à ce stade. Les tests d'acceptation comprennent des entrevues de groupe, des tests théoriques et la navigation sur le terrain. Selon les promoteurs de la Méhina, ils choisissent les candidats principalement en fonction de trois paramètres, l'optimisme, l'excellence et les compétences en leadership. Les mathématiques et la physique entrent peu en considération à ce niveau.
            Les étudiants sont sélectionnés pour leur intelligence et leur haut niveau de compétences. Mais en ce qui concerne leur connaissance de l'héritage israélien, juif et sioniste, leur éducation de base présente de grosses lacunes. L’armée estime que la réussite de ces futurs soldats d’élite passe par une éducation dans les valeurs juives pour qu’ils sachent pourquoi et pour qui ils auront à combattre. 


Méhina Bne David à Eli

            Ces cours préparatoires durent 10 mois, de septembre à juin, et sont payants, de l’ordre de 10.000 shekels (2.500 euros) par élève. Le programme comprend des études théoriques, au cours desquelles les étudiants abordent les questions brûlantes à l'ordre du jour en Israël, pour apprendre davantage sur la sécurité, la société, l'économie, la religion et le pays. Une grande partie est consacrée à l'identité juive et sioniste.
            Les cours sont dispensés par d’anciens commandants militaires, d'anciens chefs du Shin Bet (sécurité intérieure), ainsi que par des personnalités de l'industrie des communications en Israël. Les étudiants participent également à des activités sociales, telles que la fourniture de programmes éducatifs pour les jeunes adolescents.
            La discipline est moins draconienne que pendant la formation militaire mais les cours imposent une préparation militaire sévère avec des réveils avant l’aube, des courses matinales de 10 kilomètres, des cours d'arts martiaux, des cours de navigation et de survie. De nombreux exercices et des déplacements sont organisés pour apprendre à bien connaître le pays. L’accent dans les études préparatoires est mis sur les fondements théoriques et moraux mais se concentre moins sur l'aspect physique. Il s’agit de combiner le sentiment de mission nationale avec l’ambition personnelle pour donner au candidat toutes les chances d'accéder aux hauts postes de Tsahal.
Opération « Printemps de la Jeunesse »

            Les membres de la Sayeret Maatkal ont été impliqués dans de nombreuses missions spéciales et secrètes, souvent au-delà des frontières. Leurs missions, couvertes par la censure militaire, arrivent rarement à la connaissance des media sauf à l’occasion d’indiscrétions volontaires. Ainsi on a découvert, au début de l’année 2017, que si Israël n’était pas impliqué dans le conflit syrien, des commandos de Sayeret déguisés se sont infiltrés en Syrie pour étudier le déplacement des forces du Hezbollah et de l’armée iranienne, pour placer des puces électroniques sur certains bâtiments militaires sensibles, facilitant ainsi la tâche de l’aviation israélienne. Ils vont sur le terrain pour identifier les hangars et leur contenu. Ils sont même rentrés dans des bases de Daesh pour installer des systèmes d’écoute dans certaines salles sensibles de leurs bases.
            Plus loin dans le temps, la Sayeret Maatkal a été impliquée dans de nombreuses missions commando. Parmi elles, on se souvient de l’Opération «Printemps de la Jeunesse» en 1973, menée dans le cadre d’une opération de bien plus grande envergure, l’Opération Colère de Dieu, visant à éliminer les auteurs du massacre de onze athlètes israéliens commis pendant les Jeux Olympiques de Munich de 1972.
            Dans la nuit du 9 au 10 avril 1973, l’unité d’élite, des forces parachutistes et un commando naval, partirent du port de Haïfa à bord de neufs bateaux lance-missiles en fin d’après-midi et arrivèrent sur la plage de Beyrouth dans la soirée sur des canots pneumatiques. Des agents du Mossad attendaient les combattants à l’endroit du débarquement dans des voitures américaines luxueuses louées la veille. Les soldats se répartirent en plusieurs groupes pour atteindre différents objectifs : un immeuble de sept étages qui servait de caserne aux terroristes et qui hébergeait le quartier général du Front Populaire ; deux maisons de dirigeants du Fatah, gardées par des dizaines de terroristes armés ; le siège du Fatah, qui était responsable des attentats dans la bande de Gaza ; deux ateliers de production de mines et de bombes.
            L’opération dura deux heures et demie durant lesquelles trois hauts dirigeants de l’OLP furent éliminés dans leurs appartements. Des dizaines de terroristes furent tués. Les soldats israéliens mirent la main sur des documents importants dans les appartements des terroristes. Deux combattants des forces dirigées par Amnon Lipkin-Shahak trouvèrent la mort au cours de l’opération.  A l’époque, on comptait parmi les commandants de cette mission le Lieutenant-colonel Ehud Barak, alors commandant de la Sayeret Maatkal, qui débarqua sur la plage de Beyrouth aux côtés des premiers soldats et pénétra dans la ville, déguisé en jeune femme brune.
Amnon Lipkin Shahak

            Sayeret Maatkal est la preuve flagrante de l’incohérence de la remarque de la ministre Tsipi Hotovely à destination des Juifs américains qui «ne comprennent pas la complexité de la région parce qu'ils ne combattent dans aucune armée et ne subissent pas d'attaques à la roquette». Nous avons rencontré au moins deux soldats d’origine américaine, hayalim bodedim, qui ont quitté leurs parents et leurs études aux Etats-Unis, pour s’engager dans cette unité prestigieuse. Dont acte.


2 commentaires:

andre a dit…

Très intéressant ! Comme toujours un reportage bien fait est supérieur à toutes les analyses forcément orientées. C’est du vrai journalisme : rapporter ce que l’on a vu ou ce que l’on a su. Le lecteur en tirera ses propres conclusions.
André M
Tribune juive

Paul ACH a dit…

En Israël, un Jeune impose le Respect en disant : "Ani Golani" (Je suis Golani)
Mais jamais, il ne dira : "Ani mi Sayeret Maatkal" (Je suis membre de Sayeret Maatkal).
Et pourtant, devenir Golani, c'est dur. Mais intégrer "Sayeret Maatkal", c'est encore plus dur.