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vendredi 17 juin 2016

Les relations entre Israël et la Russie


LES RELATIONS ENTRE ISRAËL ET LA RUSSIE
Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps


        

          
          Le voyage de Benjamin Netanyahou en Russie a été éclipsé par l’attentat au centre commercial de Sarona à Tel-Aviv. Les observateurs ont tardivement analysé les objectifs de cette visite. A l’occasion de la conférence de presse conjointe, les deux dirigeants ont précisé que leurs discussions avaient été centrées sur la Syrie mais aussi sur le 25ème anniversaire de la reprise des relations diplomatiques. En fait, il s’agissait d’un voile qui avait été mis sur la réalité du combat commun contre Daesh.





          Les États-Unis, qui veulent éviter toute réaction négative de l’Iran ou de la Syrie, voient d’un mauvais œil une implication éventuelle d’Israël dans ce combat. Netanyahou cherchait donc à convaincre les Russes de l’intérêt d’une participation israélienne à la neutralisation de Daesh en participant à l’axe Washington-Moscou en Syrie. 
          On comprend mal l'intérêt d'Israël à entrer tardivement dans un conflit qui ne le concerne pas. Mais ses motivations s'expliquent. Daesh est en perte de vitesse en Syrie et en Irak et sa défaite est programmée à terme. Israël voudrait bien faire partie de ceux qui l’ont neutralisé pour en tirer ses propres profits. Par ailleurs, il ne faut pas négliger les conséquences de l’accord sur le nucléaire avec les États-Unis qui a remis en orbite à la fois l’Iran et le Hezbollah. En intervenant avec l’axe américano-russe, Israël espère donc contrer ses deux ennemis. D'autre part, face à la conférence française pour la paix, Netanyahou rechercherait une implication russe à un éventuel accord avec les Palestiniens pour ne pas être seul face aux Européens. Il ne fait aucun doute que les relations entre Israël et la Russie ont évolué et que les Israéliens cherchent à les renforcer. 

          Le régime d’Assad a toujours présenté ses opposants comme des ennemis d’Israël pour s’attirer un soutien et masquer la brutalité de la répression. Mais l’implication militaire directe de Moscou en Syrie, se traduisant par la mise en place de bases, l’envoi de troupes et les frappes aériennes, représentait une menace potentielle pour les ambitions et la marge de manœuvre d’Israël en Syrie. Or la participation directe de la Russie a mis en évidence des liens de plus en plus étroits avec Israël qui les minimise pour ne pas indisposer les États-Unis et pour ne pas éveiller les soupçons de Damas et de Téhéran. Israël sent que l’«axe de la résistance», incluant le Hezbollah sans le Hamas actuellement, est une illusion. Créé au départ pour défendre la cause palestinienne, cette alliance a fermé les yeux sur les bombardements syriens contre les camps palestiniens, de Yarmouk en particulier. 
          On a constaté un échange de bons procédés entre la Russie et Israël. Durant la guerre de Gaza, Vladimir Poutine avait déclaré : «Je soutiens la lutte d’Israël, car il tente de protéger ses citoyens». En écho, Israël avait refusé de condamner l’annexion de la Crimée par la Russie. Assad de son côté avait «assassiné» le Hamas en le comparant à des «amateurs qui portent le masque de la résistance en fonction de leurs intérêts pour améliorer leur image ou consacrer leur autorité». En fait, Israël avait gardé sa neutralité vis-à-vis de la Syrie car il ne voyait aucun intérêt à éliminer le régime d’Assad qui n’avait jamais tiré un seul coup de feu au Golan depuis 1973. Il y avait consensus à s’éviter et à empêcher tout réchauffement de la frontière nord. 

          Moscou avait prévenu Israël avant de lancer sa campagne aérienne en Syrie le 30 septembre alors que quelques jours auparavant Benjamin Netanyahou avait rencontré Poutine en Russie en compagnie de ses principaux généraux. Le premier ministre avait alors déclaré que Moscou lui avait donné l’assurance qu’il fermerait les yeux sur les frappes israéliennes contre les transferts d’armes syriens au Hezbollah. Effectivement Israël a continué à effectuer plusieurs raids au nord de Damas sans entrave. L’ancien ministre israélien de la Défense, Moshe Yaalon, avait trouvé la bonne formule : «Nous ne les dérangeons pas et ils ne nous dérangent pas non plus». Amos Gilad, directeur de la division politique et sécurité du ministère de la Défense israélien, avait souligné lui-aussi «l’excellente coordination concernant la sécurité qui a commencé juste après la rencontre entre Netanyahou et Poutine». Netanyahou avait annoncé une coordination militaire accrue concernant les frappes aériennes en Syrie.

          Le premier ministre israélien tenait à des relations étroites avec la Russie de Poutine. D’ailleurs, ce fut le premier pays qu’il visita après sa réélection en 2012. Sur le plan économique, la Russie est le plus grand fournisseur en pétrole brut d’Israël depuis 2014 tandis que les produits alimentaires israéliens n'étaient pas frappés par l'embargo. Mais il s'agit de relations naturelles qui s’expliquent par l’afflux d’un million de Juifs en 1991 après l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. La Russie compte la plus grande communauté d’expatriés en Israël au monde, faisant que le russe est maintenant la troisième langue la plus parlée en Israël après l’hébreu et l’arabe.

          Cela explique le geste de la restitution du tank israélien Magash qui avait été capturé au cours de la première guerre du Liban, durant la bataille de Sultan Yacoub, l’une des pires défaites d’Israël où trente soldats avaient été tués. Cela explique aussi que Vladimir Poutine ait été jusqu’à proposer d’admettre Israël à l’union douanière eurasiatique, rivale de l’union européenne. Israël n'y voit aucune interdiction puisqu'il a pris le parti d'ignorer les sanctions américaines et européennes qui touchent la Russie. Il est certain que la nomination d’Avigdor Lieberman à la défense sera un facteur déterminant pour la diplomatie. Le ministre profitera des bonnes relations qu’entretient la Russie avec la Syrie et avec l’Iran pour consolider la position israélienne dans la région.

          En Israël tous les observateurs ne sont pas unanimes pour qualifier ces relations. Arie Avidor, ancien ambassadeur d’Israël les qualifie de «fantasme» : «Alors que les médias russes sont unanimes pour qualifier la visite de Netanyahou à Moscou d'échec cuisant, un "diplomate" proche du Premier ministre voit, au contraire, dans les "gestes" de Poutine (qui a notamment offert un bouquet de fleurs à Sarah !) les prémices d'une nouvelle ère dans les relations entre les deux pays où l'on verrait la Russie se substituer aux États-Unis et utiliser son véto au Conseil de sécurité en faveur d'Israël ! Derrière les élucubrations de ce "diplomate", on reconnaît aisément les positions affichées par les partisans de l'"alliance russe" parmi les proches de Netanyahou menés par Zeev Elkin et qui sont celles également du nouveau ministre de la Défense Avigdor Lieberman».

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