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mardi 28 juin 2016

Le Shabak et le Mossad accusés de gauchisme



LE SHABAK ET LE MOSSAD ACCUSÉS DE GAUCHISME

Par Jacques BENILLOUCHE


copyright © Temps et Contretemps



David Bitan

          L’exemple vient d’en haut, d’un député à la Knesset, pire, du chef du groupe Likoud David Bitan. Le président de la coalition à la Knesset a déclaré que les responsables des principaux corps sécuritaires du pays, le Shabak et le Mossad, «glissaient vers la gauche radicale et se sont transformés en des piliers de la gauche». Le qualificatif de gauche est devenu au fil du temps la pire insulte en Israël oubliant du même coup que le fondateur du pays était David Ben Gourion, figure charismatique de gauche.



Charlie Biton
Nous sommes loin effectivement du pugnace Charlie Biton, député issu des rangs des Panthères noires, qui avait pris la tête du combat séfarade contre les blocages ashkénazes du gouvernement en 1971. Son homonyme David est plutôt du genre nationaliste extrémiste qui considère que tous ceux qui ne sont pas de son bord, sont des «gauchistes». Il n’est donc pas étonnant que de nombreux francophones se sentent proches d’un pareil leader.
La démocratie permet toutes les prises de position mais il est inadmissible que l’on vise les chefs sécuritaires du pays. C’est une dérive inquiétante car elle jette un soupçon sur l’intégrité de ceux qui sont chargés de défendre le pays contre le risque extérieur. David Bitan fait plaisir à ses électeurs de l’extrême-droite pour les empêcher de rejoindre Naftali Bennett en affirmant : «Il y a un problème avec cette situation. Meir Dagan était un homme de la droite dure, mais après avoir pris le contrôle du Mossad, il a fini par avoir des positions opposées. Les chefs du Shabak et du Mossad se transforment en gauchistes». Cette attitude est irresponsable de la part d’un député parce qu’elle met en cause des institutions qui ont toujours été épargnées du débat politique et qu’elle jette l’opprobre sur des personnalités respectables par leur passé militaire.
Meir Dagan ancien général de division

            Les chefs sécuritaires ont toujours été prudents face aux décisions du premier ministre Netanyahou quand il s’agissait de frapper l’Iran. En 2009, ils ont été unanimes à déconseiller, par pragmatisme et sur la base d'une analyse des risques, une action militaire contre les usines nucléaires iraniennes sans le soutien logistique des États-Unis. Réticents à une telle aventure mais respectueux du pouvoir civil, ils avaient demandé un ordre écrit du gouvernement car ils ne voulaient pas endosser seuls les conséquences d’une action douteuse. Cet ordre n'est jamais parvenu aux chefs militaires. 
          David Bitan ne tient pas compte du fait qu’arrivés à des postes sensibles en disposant d’informations exclusives de haute tenue stratégique, certains anciens du Likoud puissent réfléchir et revenir sur leurs certitudes. Leur passé politique importe peu ; seul l’intérêt du pays prime sur l’aventure.
Certes Meir Dagan, ancien maître espion israélien, s’était livré à une charge virulente contre le Premier ministre Benjamin Netanyahou, plus préoccupé selon lui par son intérêt personnel que par l'intérêt national. Il savait de quoi il parlait puisqu’il était le cerveau de la guerre secrète contre le nucléaire iranien en étant à la tête du Mossad de 2002 à 2010 : «J'ai connu beaucoup de premiers ministres. Aucun n'était un saint. Mais ils avaient un point commun : quand leur intérêt personnel contredisait l'intérêt national, l'intérêt national primait. Je ne peux pas en dire autant pour deux d'entre eux : Bibi et Ehud Barak». Il ne semble pas que des questions politiques aient justifié ses attaques car tous sont unanimes à confirmer qu’il s’agissait d’un chef intègre aux états de services militaires élogieux. D’ailleurs il avait aussi bien critiqué Netanyahou du Likoud que le travailliste Barak  : «Bibi est le pire dirigeant que je connaisse. Il a tendance comme Ehud Barak à se considérer comme le plus grand génie au monde, sauf que personne ne comprend ce qu'ils veulent vraiment».

Un documentaire publié en 2013, «The Gatekeepers», avait déjà soulevé un débat lorsque, pour les ex-patrons du Shin-Beth, l'ennemi palestinien devenait humain [1]. Le documentaire a laissé des traces en Israël et les responsables de la sécurité intérieure qui ont été les acteurs actifs du service ont dû en tenir compte lors des décisions qu’ils avaient à prendre. Le film sorti dans les salles était passé inaperçu mais sa diffusion par Arte avait fait l’effet d’une bombe politique. Six chefs du Shabak (Shérut ha-Bitahon ha-Klali, aussi connu sous les initiales S.B, Shin Beth, responsable de la sécurité intérieure du pays à la manière de la DCRI française) qui se sont succédés entre 1980 et 2011 avaient accepté de témoigner à visage découvert.

On ne sortait pas indemne de la projection du film, notamment en raison d’une atmosphère lourde, volontairement noircie par une mise en scène faisant peu de place à la lumière du jour pour accroître l’impression de drame et pour illustrer le côté secret des opérations. Six hommes Avraham Shalom, Yaacov Peri, Carmi Gillon, Ami Ayalon, Avi Dichter, et Youval Diskin y racontent trente ans de lutte antiterroriste en insistant sur la gestion désastreuse des relations avec les Palestiniens.
On ne peut pas considérer que ces héros militaires soient devenus subitement des traitres à la cause israélienne. Le spectateur est troublé par la masse d’aveux détaillés, que les chefs justifient par ailleurs avec une liberté remarquable et une intense vérité, donnant ainsi une signification concrète à la démocratie israélienne. Mais il en ressort une impression de malaise, car les anciens chefs du Shin Beth, de toute tendance politique, avouent que les dirigeants politiques israéliens n’ont jamais cherché à établir une paix avec les Palestiniens. Ils concluent qu’à l’exception d’Yitzhak Rabin, tous les chefs de gouvernement israéliens ont brillé par leur vision «trop nationaliste, sécuritaire et paranoïaque». 
Avec David Bitan, l’histoire se répète et confirme la vision nationaliste de certains politiques israéliens. Le député doit savoir qu'il n'y a pas de notion de droite ou de gauche quand il s'agit de la sécurité d'Israël. Le consensus général est impératif.


2 commentaires:

邓大平 עמנואל דובשק Emmanuel Doubchak a dit…

Staline a nettoyé, purgé les rangs de l'armée et des corps sécuritaires accusant les élites de trahison, soit en marginalisant violemment soit en tuant les meilleurs.

Le fait d'accuser les gens qui ont un minimum de rationalité parce qu'ils s'opposent aux fantasmes des membres de la nomenklatura et de leur Chef qui sait tout, a donc un caractère universel, et c'est une forme de fascisme de gauche comme de droite.

Les soviétiques ont payé un prix exorbitant pour ces crimes, et sans la présence d'officiers formés sur le terrain dont une grande partie étaient juifs et motivés plus que les autres dans la lutte contre Hitler, la catastrophe aurait été définitive.

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Loin de moi l'idée de vouloir m'imiscer dans les affaires israélo-israéliennes mais enfin, ce film date de 2013, il paraît que des milliers d'Israéliens se sont précipités dans les salles pour le voir. Sur le plan politique cela a changé quoi ? Rien ! En 2015 le parti de Netanyahou n'a-t-il pas déjoué tous les pronostics et remporté une large victoire aux élections législatives ? Comme dit la sagesse populaire : les chiens aboient, la caravane passe !

Très cordialement.