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mardi 26 novembre 2013

L’ACCORD AVEC L’IRAN NEUTRALISE ISRAËL PENDANT SIX MOIS



L’ACCORD AVEC L’IRAN NEUTRALISE ISRAËL PENDANT SIX MOIS

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
             

          Barack Obama et les Occidentaux vont peut-être réussir à neutraliser Israël pendant les six mois que dure l’accord intérimaire avec l’Iran. Sauf à se couper des États-Unis et des nations européennes, Benjamin Netanyahou ne pourra pas intervenir contre les usines nucléaires iraniennes pendant cette période. 



William Hague

          D’ailleurs une mise en garde ferme du ministre des affaires étrangères, William Hague, vient d’être lancée par la Grande-Bretagne qui «décourage quiconque, y compris Israël, de prendre des mesures pour saper l’accord et nous le ferons savoir très clairement à toutes les parties concernées».



Entré dans le rang

 
Nawaf Obaid


Le premier ministre israélien avait en effet déclaré qu’il ne se sentait pas lié par cet accord qu’il qualifie «d’erreur historique». Mais William Hague s’adressait aussi à l’Arabie saoudite qui avait affiché des préoccupations très légitimes au sujet du programme nucléaire iranien. En effet Nawaf Obaid, conseiller principal de la famille royale, avait accusé les Alliés de tromper le royaume et confirmé que «l’Arabie suivrait une politique étrangère indépendante». Il s’agissait en fait, entre les lignes, d’une menace voilée sur l’approvisionnement de pétrole aux Occidentaux.

Le roi d’Arabie avait en effet été choqué par la méthode, plus que par l’accord, car il n’avait pas été informé des négociations qui avaient déjà commencé depuis plus de six mois, dans le plus grand secret. Mais il est vite rentré dans le rang puisque l’agence de presse saoudienne a diffusé un communiqué du gouvernement saoudien estimant que «l'accord de Genève conclu entre les puissances internationales et l'Iran représentait une solution complète au litige sur le nucléaire iranien». Le cabinet a souligné que cet accord était le bienvenu car il contribue à maintenir l'absence d'armes de destruction massive, y compris d'armes nucléaires, dans la région du Moyen-Orient et des pays du Golfe.


Ainsi ceux qui avaient rêvé d’une action concertée entre Israël et l’Arabie saoudite contre l’Iran en seront pour leurs frais, en particulier le journal britannique Sunday Times qui a été vite en besogne. En tout état de cause, rien ne laissait présager officiellement une coopération bilatérale alors que l'Arabie conditionne ses relations avec Israël à la résolution du conflit palestinien. C’est donc un allié putatif qui rejoint ceux qui ont fait le choix de s’appuyer sur la bonne volonté iranienne. Ainsi au terme de cet accord sur six mois, l'Iran doit cesser certaines de ses activités nucléaires et recevoir en contrepartie quelque 7 milliards de dollars d'allègement de sanctions.



Illusion française




La France qui n’a certes pas adressé de mise en garde à Israël, est convaincue qu’Israël ne lancera pas d’attaque contre l’Iran «à ce stade parce que personne ne comprendrait une telle décision» selon Laurent Fabius. De son côté, le ministre Youval Steinitz, a réuni à Jérusalem les ambassadeurs de l’Union Européenne qui ont tenté de calmer ses craintes : «Nous avons la sécurité d'Israël très à cœur».  
Pour l’heure, le texte paraphé à Genève n’est qu’un accord intermédiaire d’une durée de six mois, qui, s’il est respecté, pourra éventuellement aboutir à un accord global. Mais la date de sa mise en application n’est pas encore connue et le volet de l’allègement des sanctions n’est pas encore convenu.

La déception est cependant grande en ce qui concerne la position de la France qui a donné lieu à plusieurs interprétations. Certains milieux israéliens pensaient que la France était prête à bombarder l'Iran, d’où la désillusion lorsque qu’elle a signé l’accord. Ils avaient pris leurs désirs pour une réalité trompeuse. 

Le rêve éveillé a commencé avec la visite de François Hollande qui a fait espérer la création d’un «front uni Arabie/France/Israël contre le nucléaire iranien». Il s’agissait d’une interprétation un peu abusive d’une éventuelle réponse franco-saoudo-israélienne à la nouvelle politique américaine au Moyen Orient. L’étape à franchir était toute tracée ; elle devait consister à lancer une éventuelle action militaire contre le nucléaire iranien. 
Le raisonnement était pourtant fluide. Le peuple américain ne veut plus d'une nouvelle guerre et refuse donc l'option militaire contre l'Iran. François Hollande et Benjamin Netanyahou étaient donc tentés de remplir le vide américain en débattant des modalités d’une intervention contre l’Iran. En fait, il semble que les Américains aient exploité cette éventualité d’une intervention commune israélo-française pour faire plier les Iraniens lors des négociations de Genève.  Exit donc une nouvelle campagne de Suez bis.
J'ai promis de vous défendre, je tiens ma promesse



Suspense cousu de fil blanc



L’unanimité affichée par les pays occidentaux, qui croient avoir évité une guerre sur fond de nucléaire en signant un accord avec l’Iran, masque en fait une évolution lente planifiée à la fois par Barack Obama et par les Iraniens. Cet accord signé dans un suspense cousu de fil blanc, lors d’une nuit de négociations, est un voile de fumée sur ce qui se tramait en coulisses depuis plusieurs mois dans le cadre de négociations secrètes. La dramatisation artificielle relevait d’un scénario cinématographique digne des meilleures productions hollywoodiennes pour donner l’impression que les Occidentaux n’avaient rien lâché et que les Iraniens avaient reculé. 
Ali Khamenei

Les ficelles étaient en fait tirées par le vrai détenteur du pouvoir en Iran, le Guide suprême Ali Khamenei qui, pragmatique, avait compris que l’Iran allait à sa perte s’il persistait dans une rivalité avec les pays occidentaux. L’économie était au plus bas et les marges de manœuvre réduites pour éviter une explosion du peuple, avec à la clé un printemps iranien qui couvait depuis plusieurs mois.

Le scénario semblait bien huilé après la décision de pousser la candidature d’Hassan Rohani avec l’imprimatur évidente du Guide suprême. Tout a été fait par le régime pour obtenir son élection dès le premier tour. Les propos d’Ali Khamenei en février 2013 constituaient déjà un appel au dialogue sincère sous réserve que les droits légitimes de l'Iran soient entièrement reconnus : «L'appel au dialogue de la part des Américains n'est pas chose nouvelle et les États-Unis ont réitéré cet appel à des moments différents. À chaque fois, cet appel a été jaugé à l'aune des démarches qu'ils ont effectivement entreprises. Le dialogue est destiné à faire preuve de bonne volonté. Or les politiques américaines à l'égard de l'Iran sont dictées par la mauvaise foi, et ceci cadre mal avec cette apparente volonté de dialogue. Est-ce que la nation iranienne peut vraiment croire que vous êtes de bonne foi, cette fois ?»

Ce discours avait été perçu comme une base de discussion fondée sur le droit des pays à enrichir de l'uranium. Barack Obama a pris la balle iranienne au bond et il a, dès l’arrivée de Hassan Rohani au pouvoir, lancé une négociation secrète à la barbe des Occidentaux qui se sont vus imposer un accord à la sauce américaine.

Par ce contrat l’Iran évitera l’assèchement de ses ventes de brut qui aurait pu intervenir si de nouvelles sanctions étaient appliquées. Les restrictions sur les achats de brut sont maintenues à un million de barils par jour avec un manque à gagner de 4 milliards de dollars par mois. La monnaie locale va trouver une stabilisation alors qu’elle avait perdu la moitié de sa valeur en dix-huit mois. Mais l’interdiction faite aux banques internationales d’orchestrer les paiements avec l’Iran reste néanmoins en vigueur. L’Iran pourra cependant utiliser l’or de ses réserves comme monnaie d’échange.

   La France y trouvera son compte puisque les sanctions sont levées pour la plus importante industrie automobile du Moyen-Orient, Peugeot et Renault. Les sanctions sont également levées pour l’entretien des avions commerciaux. Les compagnies iraniennes ont accès à nouveau aux contrats d’entretien et aux pièces détachées Boeing. 
 

Benjamin Netanyahou voit donc s’éloigner les possibilités d’intervention contre l’Iran car, dans la solitude diplomatique dans laquelle il se trouve, il est contraint à l’inaction pendant six mois. Le temps pour l’Iran de progresser dans son projet d’arme nucléaire ou alors de renoncer définitivement à ses options belliqueuses et de relancer son économie grâce à des projets de restructuration du pays avec l’ensemble des entreprises occidentales avides de retrouver un marché porteur.


Israël ne pourra obtenir que des séances d'explications approfondies avec les Etats-Unis. Le premier ministre israélien a informé la Knesset de l’évolution de la situation : «J'ai parlé avec le président Barack Obama et nous sommes convenus que dans les prochains jours, une délégation conduite par le conseiller à la Sécurité nationale Yossi Cohen se rendra aux États-Unis pour discuter de l'accord final avec l'Iran». Palabres certes mais inaction forcée.
 

1 commentaire:

Avi a dit…

80 millions de consommateurs potentiels, est une jolie prise pour les grandes societes occidentales. les chefs d'entreprises preferent toujours les contrats au bla bla des politiques. vision de courte vue mais vision actuelle, qui ne facilite pas les grands problemes de securité, qui eux demandent du temps et des garanties.
tant que le guide supreme est en place, il reste un danger. je n'ai aucune confiance en Khameini.