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lundi 4 novembre 2013

L’IDYLLE FRANCO-ISRAELIENNE Partie 1/3



L’IDYLLE FRANCO-ISRAELIENNE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Partie 1/3

          A la veille de la visite du président François Hollande en Israël,  il nous a paru judicieux de publier à nouveau l'histoire de l'idylle entre la France et Israël qui a duré de 1956 à 1967.    

Theodor Herzl
          Israël et la France ont constitué un véritable couple au vrai sens du terme, avec ses dérives et ses turbulences. Ils sont passés par toutes les phases : le flirt, l’idylle, l’amour fou, la passion, la querelle, la haine, l’indifférence, la séparation, la réconciliation et le divorce. Miguel de Cervantès avait d’ailleurs estimé que : «L'amour n'a pas de meilleur ministre que l'occasion.» L’histoire de ce couple a progressivement pris l’allure d’un véritable thriller. 


 
Arrivée de juifs de l'Est

           Le judaïsme au début du 20° siècle était extrêmement discret en France et les 90.000 juifs qui y vivaient étaient peu pratiquants et très assimilés. La France était alors une terre d’asile pour les Juifs de l’Est mais le paradoxe a voulu qu’au moment où ils croyaient trouver en France une nouvelle terre promise, ils ont dû faire face à une vague d’antisémitisme sans précédent qui atteindra son paroxysme avec l’affaire Dreyfus. 
Capitaine Dreyfus

          Israël doit sa création à cette affaire car elle joua le rôle de déclic salutaire. En effet, l’éveil juif prit naissance avec l’affaire Dreyfus qui donnera l’occasion au journaliste autrichien Theodor Herzl, sensibilisé et révolté par l’accusation, d’exposer son rêve. L’Histoire ne dit pas si ce rêve aurait été réalisé sans la révélation de cette affaire qui polluera systématiquement la diplomatie française.
    Le rêve sioniste, imaginé avec beaucoup d’anticipation par Theodor Herzl, a été concrétisé par David Ben Gourion le 14 mai 1948. Mais la France a apporté sa contribution minimum à la création de cet État. 


                           Convergence idéologique

Andreï Gromyko

      En ce temps, l’allié principal était l’URSS qui apporta son soutien psychologique et moral, ses dogmes et son idéologie et qui a confié aux pays de l’Est le soin de fournir le soutien matériel en livrant des armes et des munitions. L’URSS était alors impressionnée par la vivacité du socialisme israélien dont l’application sur le terrain recueillait un succès concret. 

       C’est ce qui avait poussé Andreï Gromyko à déclamer son discours, en 1948, à la tribune de l’ONU avec un magnifique vibrato. Sa déclaration n’a pris aucune ride malgré les années : «Pour ce qui concerne l’État juif, son existence est un fait, que cela plaise ou non. La délégation soviétique ne peut s’empêcher d’exprimer son étonnement devant la mise en avant par les États arabes de la question palestinienne. Nous sommes particulièrement surpris de voir que ces États, ou tout au moins certains d’entre eux, ont décidé de prendre des mesures d’intervention armée dans le but d’anéantir le mouvement de libération juif. Nous ne pouvons pas considérer que les intérêts vitaux du Proche-Orient se confondent avec les explications de certains politiciens arabes et de gouvernements arabes auxquelles nous assistons aujourd’hui. »
    La France a eu du mal à digérer l’indépendance d’Israël au point de mettre plusieurs mois à reconnaître le nouvel État. Les États-Unis et la Russie l’ont fait, le 15 mai 1948, dès le lendemain de la résolution de l’ONU. Le président Truman avait signé lui-même cette reconnaissance en rectifiant de sa propre main «nouvel État juif» par «l’État d’Israël», dans une courte lettre où les États-Unis reconnaissent le gouvernement provisoire comme l’autorité de jure (de droit) et non de facto (de fait).

Lettre de Truman
  
          Les relations diplomatiques avec la France ne seront établies que le 24 janvier 1949, sept mois plus tard, par une lettre conditionnelle, signée par un obscur fonctionnaire du Ministère des affaires étrangères, dans laquelle une certaine gêne est perceptible : «J’ai l’honneur de vous faire connaître que le gouvernement de la République française a décidé de reconnaître le Gouvernement provisoire d’Israël comme gouvernement de fait. Cette décision ne préjuge pas de la délimitation définitive par les Nations-Unis du territoire sur lequel il exercera son autorité».

                                       Quai d’Orsay hostile

Léon Blum

    Le Quai d’Orsay, dont certains membres étaient prêts à voter contre, refusait la création d’un État juif. Dans une position médiane, il proposa que la France s’abstienne lors du vote historique du 29 novembre 1947 à l'ONU. Le ministre des Affaires étrangères, Georges Bidault, était assez sensible aux arguments de son administration qui tenait à préserver les relations franco-syriennes et franco-libanaises. Mais les pressions conjointes du  nouveau président du Conseil, Robert Schuman, et de l’ancien chef du gouvernement provisoire, le très influent Léon Blum, feront basculer le vote de la France, en dernière minute, au grand dam de certains diplomates du Quai d’Orsay, dont certains n’auraient pas hésité à  qualifier leur propre pays de « république bananière »
          L’hésitation de la France pouvait se justifier alors. Elle jugeait d’un mauvais œil les liens privilégiés d’Israël avec le bloc communiste qui fournissait alors la majorité des armes utilisées contre le mandataire britannique, l’allié qui avait permis la libération de la France. Par ailleurs, l’État juif était pratiquement considéré, par son idéologie socialiste et par l'application locale de certains dogmes communistes, comme un satellite de l’URSS capable de déstabiliser la région et les intérêts occidentaux.
          Le danger d’être catalogué comme un pays du rideau de fer n’avait pas échappé au visionnaire David Ben Gourion. Il saisit la première occasion pour opérer un changement stratégique brutal en décidant d’appuyer les États-Unis contre la Corée (1950-1953). Ce soutien sonna le glas des relations avec les pays de l’Est et mit Israël dans une situation d’isolement dramatique au moment où les besoins en armement devenaient vitaux. L’époque était déjà troublée, durant l'année 1956, où la tension était vive avec l'Égypte parce qu'elle suscitait et encourageait les raids meurtriers menés par les fédayins palestiniens contre le territoire israélien alors que Tsahal manquait d’armes et de matériel militaire lourd. 


Fédayins palestiniens

                                            Fin de la partie-1/3



 

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Bonjour,

La lettre du 24 janvier 1949 reconnaissant de facto le gouvernement provisoire de l'État d'Israël, sous toutes réserves de la fixation de ses frontières, est signée Robert Schuman, ministre des AE. Les copies conformes sont contresignées par Jean Chauvel, secrétaire général du Quai d'Orsay. Schuman était réticent à reconnaître Israël, reflétant les positions du parti démocrate chrétien (MRP) auquel il appartenait.

Vous avez raison de souligner l'influence de Léon Blum et de la gauche dans la décision de reconnaissance, aussi tardive fut-elle.

La lettre de Schuman clôt ce que les Français appellent «Accords Fischer-Chauvel» par échanges de notes, dans lesquelles Maurice Fischer, chargé d'Affaires du Gouvernement provisoire à Paris, accorda (sous l'influence de Moshe Sharett) à la France un statut démesuré de puissance protectrice sur une centaine de sites religieux, culturels et hospitaliers sur le territoire de l'ancien mandat britannique.

Ben Gourion refusa de reconnaître cet «accord» qui nous avait été extorqué et qui n'a jamais été ratifié par Israël à ce jour et est donc nul et non avenu en ce qui nous concerne. C'est ainsi que les relations entre les deux pays restent largement basés sur un malentendu ! Bien cordialement.

http://basedoc.diplomatie.gouv.fr/exl-php/util/documents/accede_document.php