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vendredi 9 novembre 2012

CHINE : DANGER ÉCONOMIQUE MONDIAL


CHINE : DANGER ÉCONOMIQUE MONDIAL

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright© Temps et Contretemps


Xi Jinping
 
            Deux jours après les élections présidentielles américaines, la deuxième puissance économique mondiale renouvelle ses hauts dirigeants à l'occasion du 18e congrès du Parti communiste chinois. En mars, Xi Jinping succédera à Hu Jintao, président de la République Populaire de Chine depuis 2002. 





Piège économique
 
Tandis que les américains et les anglais se sont épuisés sur les champs de bataille d’Irak, que les troupes européennes pacifiaient l’Afghanistan et que les commandos secrets français traquaient les terroristes d’Al-Qaeda, les chinois tissaient tranquillement leurs filets pour enserrer le monde occidental dans leur piège économique. Ils agissent dans l’ombre pour consolider leurs positions stratégiques dans les régions du monde où ils étaient jusqu’alors absents.
Le continent africain, en dépit des troubles qui le ravagent de manière permanente, a en premier été choisi comme terrain de prédilection pour l’implantation locale des chinois à la manière des premiers «impérialistes». La Chine y trouve les matières premières énergétiques et minières indispensables à sa croissance et, pour cela, ne pose aucune condition politique à son partenariat avec les africains ni à son soutien diplomatique à l’ONU. Par opposition aux occidentaux, elle sait se montrer discrète et fermer les yeux sur les évènements dramatiques car elle privilégie ses intérêts immédiats à une stratégie globale stérile. L’exemple du Darfour est flagrant puisqu’elle garantit ses approvisionnements pétroliers sans se préoccuper des massacres qui s’y déroulent.
 
Echanges Africains

 
L’essor industriel et économique chinois passe par un développement des échanges avec l’Afrique et il connaît une croissance exponentielle puisque la Chine est le deuxième client du Gabon après les U.S.A, le deuxième fournisseur du Bénin, le cinquième de l’Afrique du Sud et le sixième de l’Algérie. Les entreprises du bâtiment n’hésitent plus à concurrencer les plus grands français tels Dumez et Bouygues. Ses réserves illimitées de devises lui permettent d’investir de manière significative à l’étranger en se positionnant comme le cinquième pays après les USA, l’Allemagne, l’Angleterre et la France. 
Ces investissements ont pour but essentiel de lui assurer ainsi un approvisionnement régulier en matières premières. Sa technique originale d’approche réussit parce qu’elle ne pose aucun problème politique aux africains en les laissant libres de leur vote et de leur choix. Par son attitude réservée, elle évite de donner des leçons de démocratie, le pourrai-elle d’ailleurs ? Elle ne propose jamais d’implantation militaire sauf lorsqu’il s’agit d’une opération de maintien de la paix comme au Libéria par exemple.
Alors la Chine offre ses services tandis que les coûts du savoir-faire chinois et de la main-d’œuvre de coopération sont plus incitatifs grâce à des taux des crédits les plus attractifs du monde. En finançant directement  les infrastructures de fournitures de matières premières, elle a acquis le rang de quatrième pays importateur de pétrole du monde.
 
Problèmes économiques masqués
 
 
            Toutefois, l’euphorie de l’investissement à outrance ne masque nullement les problèmes économiques auxquels doit faire face la Chine en dépit d’une croissance à deux chiffres. La hausse continue des prix agricoles pourrait en fait se retourner contre la Chine. Malgré son premier rang dans la production de blé (571 millions de tonnes en 2011) et de riz, la production stagne en Chine qui reste dépendante des Etats-Unis, du Canada de l’Australie et de l’Argentine.

 
            La Chine n’ignore pas cette dépendance alimentaire et elle ne néglige aucun marché car sa croissance dépend de l’ouverture des marchés occidentaux à ses industries pour compenser ses importations de nourriture. Sa méthode originale consiste à favoriser l’expatriation de ses cadres et cerveaux, pions de qualité, à travers les pays qui peuvent lui ouvrir des marchés juteux. Les frontières ont été ouvertes et en favorisant l’émigration illégale, elle inonde les terres occidentales d’éclaireurs chargés de préparer les bases d’un commerce lucratif.  En France par exemple, le textile du Sentier est entièrement tombé entre les mains chinoises et les boutiques des juifs polonais, puis nord-africains, se sont transformées en annexe de Shanghai et de Pékin.
En toute légalité, l’Europe se laisse inonder par les marchandises de fabrication chinoise avec, à la clé, la destruction du tissus industriel local. Le développement d’une maroquinerie de qualité n’a pas fini de concurrencer sérieusement les meilleures entreprises européennes. De même, en attaquant de front les industries de la chaussure italienne et portugaise, les chinois ont entraîné les dépôts de bilan de nombreux commerces de gros qui ne résistent plus aux prix cassés du pays du levant. La France perd ainsi des pans entiers de sa petite industrie sans réactivité de la part des autorités et avec une passivité coupable de l’Europe entière.
 
La vente des Airbus justifie cette pénétration dans un marché d’ordinaire confié à de petites entreprises qui avaient l’initiative de la majorité des créations d’emplois. Tout le tissu de la petite industrie s’effiloche avec résignation sans chercher une parade technique à des agissements sournois au grand jour. Mais le plus étonnant s’inscrit dans le développement d’activités dans un domaine où les chinois n’avaient pas vocation à l’être et où leur expertise n’était pas reconnue. De nombreuses brasseries parisiennes des meilleurs quartiers de Paris sont rachetées à prix d’or aux auvergnats et aux aveyronnais pour laisser entendre que les chinois se refusent à être cantonnés dans le domaine réservé de brasseurs de main-d’œuvre à bon marché. Les boulangeries parisiennes sont à présent prises d’assaut ainsi que les entreprises de luxe de renom. 
Génie chinois
 
             Leur puissance financière étonnante suscite des rumeurs sur la masse et l’origine des fonds. Le catalogue de lois sociales rigides, auxquelles ils ne sont certainement pas rodés, pouvait être un frein éventuel à leur expansion en occident mais c’était sans compter sur leur génie à trouver des parades à de tels obstacles. Ils font preuve d’originalité dans l’art de contourner les législations sociales draconiennes. Certes les distances géographiques de leur continent avec l’Europe augmentent les délais de livraison et renchérissent les coûts de livraison. Ils hésitent encore à implanter des usines de fabrication de confection ou de montage de circuits électroniques dans des pays où les salaires sont loin des réalités chinoises. Mais le génie chinois s’exprime toujours pour satisfaire une clientèle de plus en plus nombreuse hors de ses frontières.
            Le dernier avatar requiert notre admiration. La Chine se trouve en concurrence avec les nouveaux pays pauvres entrés au sein de l’Europe, la Pologne ou la Roumanie en particulier. Pour pallier ce blocage, des immenses tankers déclassés, réformés du transport de pétrole et voués à un démantèlement dans un port du Bengladesh, ont été rachetés à bas prix par des entrepreneurs chinois qui les ont retapés, reconditionnés, transformés et réadaptés en usine flottante incluant les meilleures machines industrielles. Mouillant aux larges des côtes italiennes et même françaises, dans des eaux internationales soumises uniquement aux lois chinoises, les tankers abritent une escouade d’ouvriers aux salaires dérisoires et aux horaires frisant l’esclavage. La Chine peut alors satisfaire en quelques jours la demande des industriels européens heureux de trouver des prix compétitifs et des délais de livraison exceptionnels grâce à une simple navette entre l’usine sur eau et le port le plus proche.      

         Dans une conjoncture dégradée, la Chine a annoncé un excédent commercial et des exportations en forte hausse, moins que l’an dernier cependant. Les exportations ont progressé  de 11,6% tandis que les importations ont seulement légèrement augmenté de 2,4%. L'an dernier, les exportations avaient encore crû de plus de 20% et les importations de près de 25%. Malgré ces chiffres qui rendraient jaloux les occidentaux, la Chine s’inquiète et cherche à une réorientation de son économie.Les Etats-Unis perdront leur place de première puissance mondiale, dépassés par la Chine en 2016 puis par l'Inde, selon un rapport de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).



        Pendant ce temps l’Europe observe avec passivité la situation pendant qu’on lui vole des milliers d’emploi ; la fourmilière chinoise est en pleine activité et nul ne semble s’inquiéter de ce nouveau type de guerre économique.                      

4 commentaires:

Hubert NATAF a dit…

Excellent article qui aurait dû être ecrit plus tôt

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Combien de milliers sont-elles ces familles de juifs qui n'ont dû leur salut qu'à la ville de Shanghaï, seule ville au monde qui pendant la dernière guerre acceptait des émigrants sans passeport ni visa.

Ce fut le cas de ma famille.

Et quand à la fin de la guerre nous avons regagné l'Europe, ma mère ne manquait pas une occasion de nous parler de "notre mère la Chine".

Alors désolée : que ce "pays de coolies" - comme j'entendais dire avec mépris dans la concession française où je vivais enfant - dame le pion aux Occidentaux en général et à la France en particulier, n'arrivera pas à me faire pleurer.

Très cordialement.

odile Haettich a dit…

j'aime beaucoup votre article sur l'économie chinoise, monsieur Bénillouche.Madame Arnaud en est satisfaite à titre individuel, mais pour ce qui est du sentiment européen, cela demande réflexion. Les chinois envahissent le monde à leur seul profit et cela est inadmissible, en dehors de toutes lois, de plus. Il est absolument anormal que nos entreprises disparaissent en mettant les salariés sur le carreau alors qu'elles produisaient de la qualité et de l'originalité.J'aime mon pays, la France et je suis dégoutée de la voir de plus en plus piétinée, dépossédée de ses richesses. Se renie-t-elle, elle même? J'aime aussi les chinois pas de problèmes mais à condition qu'ils soient réglos.L’échange équitable, il n'y a que cela de vrai mais pas facile à gérer! La mondialisation devrait être revue de façon urgente car une partie de la planète sera affamée pendant que l'autre sera repue dans un avenir proche?!Nous en appelons à nos gouvernants pour agir efficacement face à ces prédateurs, les ressources de la planète sont à partager entre tous et équitablement.

Marianne ARNAUD a dit…

@ odile Haettich

Je comprends très bien la crainte que vous exprimez. Mais qu'on fait les pays occidentaux pendant tout le XIXème et une partie du XXème siècle d'autre qu'envahir "le monde à leur seul profit" ?

Aujourd'hui que la Chine s'est réveillée, on les appelle "prédateurs" on en appelle à un gouvernement mondial ou à que sais-je encore.

Pourtant nous étions avertis. "Quand la Chine s'éveillera le monde tremblera", écrivait Alain Peyrefitte en 1973.

Cela n'a pas découragé la France, qu'elle soit de droite ou de gauche, à délocaliser son industrie en Chine, pour faire toujours plus de profits grâce à la main d'oeuvre à bon marché chinoise, en sacrifiant sciemment la classe ouvrière française.

Or il se trouve qu'aujourd'hui la Chine est la deuxième puissance mondiale, qu'elle possède la moitié de la dette américaine.

Ce sont des réalités. Que ça plaise ou non, il faudra faire avec.



Cordialement.