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dimanche 25 novembre 2012

ISLAMISME ET DÉMOCRATIE


ISLAMISME ET DÉMOCRATIE

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright© Temps et Contretemps

 
       
La Mosquée de Paris

Les islamistes sont de vrais démocrates lorsqu’ils sont dans l’opposition. Ils se plient alors aux règles et respectent les institutions dans le seul but de parvenir au pouvoir. Mais dès qu’ils l’ont obtenu et qu’ils sont élevés au sommet, ils se comportent en fossoyeurs de la démocratie, parfois brutalement comme en Iran, mais souvent sournoisement comme en Turquie, pour ne pas brusquer les corps constitués.  
 



Gouvernement du peuple 
 
Le procureur Abdel Meguid Mahmoud limogé

Le Coup d’État qui vient d’avoir lieu en Égypte est symbolique de la technique islamiste pour accaparer tous les leviers politiques d’un pays. Après avoir écarté l’armée, Mohamed Morsi a décidé de limoger le procureur général, Abdel Meguid Mahmoud. Il vient de publier un décret qui empêche la dissolution par la justice de l'assemblée constituante et du conseil de la Choura, la chambre haute du Parlement égyptien. Présenté par la présidence égyptienne comme un moyen de «protéger la révolution», le décret neutralise de fait les recours contre la composition de l'assemblée constituante, sur lesquels la Haute Cour constitutionnelle doit trancher. Il s’agit certainement d’une première étape vers le pouvoir absolu.
L’expression "démocrate" ne fait plus partie du vocabulaire des islamistes. Alors qu’il existe dans les pays occidentaux des partis sociaux-démocrates ou chrétiens-démocrates, aucune révolution arabe n’a donné naissance à un parti démocrate islamique. Il semble que ces deux termes soient antinomiques pour les peuples musulmans comme si l’islam créait de fait une incompatibilité de concept.
 
Selon Abraham Lincoln, «la démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple». Or la liberté individuelle ne se conçoit pas dans les régimes islamiques car, la religion, qui est pourtant un choix personnel, joue un rôle considérable dans la vie des hommes et se pose en concurrente de la démocratie. La religion et la démocratie ont pour objectif d’établir des lois et des principes de vie commune, de structurer la société, et de proposer un modèle fondé sur les valeurs universelles. Or l’islam est opposé à la démocratie car il repose sur la prépondérance du sacré sur les hommes et fonde son principe absolu qu'en dehors des vertus religieuses, il ne peut y avoir de morale ni de salut. 

Charia, source de la loi 


L’islamisme considère que le coran, la charia  et la sunna sont les seules sources de la loi. Or si la croyance religieuse est ancrée dans le passé, la croyance démocratique se veut tournée vers le futur. C’est pourquoi l’horloge islamique s’est arrêtée au VIIème siècle. Il y a eu certes quelques tentatives d’interprétation des textes sacrés, l’Ijtihad, en utilisant la réflexion humaine et la créativité intellectuelle mais le rigorisme sunnite des fondamentalistes d’Arabie, d’Iran, d’Irak, de Syrie et d’Égypte a  mis un terme à ce qui était considéré comme des dérives innaceptables.
Mais du même coup, il a conduit l’islam à un suicide culturel car l’esprit critique était banni et l’interprétation des textes sacrés interdite. La crainte des cultures modernes, venues de différents horizons, a conduit à développer une interprétation plus rigoriste de la religion qui a mis au ban de la nation des illustres écrivains et penseurs musulmans taxés de déviationnistes, suffisamment pour être parfois condamnés à mort. L'intolérence devenait un sentiment constant chez les tenants de l'orthodoxie.
 
Porté par le train de la démocratie, l’islamisme recherche toujours et encore la restauration mondiale du califat qui avait été entrepris par Mustapha Kemal Atatürk avec la révolution turque. Le califat défini par le savant Ibn Khaldoun explique l’impasse dans laquelle s’est engouffré l’islam moderne : «L’exercice du pouvoir politique consiste à faire agir les masses selon ses projets et ses desseins. Le califat consiste à diriger les gens selon la loi divine, afin d’assurer leur bonheur en ce monde et dans l’autre. Les intérêts temporels se rattachent aux autres car toutes les circonstances de ce monde doivent être considérées dans leurs rapports avec leur valeur dans l’autre monde. De sorte que le calife est, en réalité, le vicaire de Mahomet, dans la mesure où il sert, comme lui, à protéger la foi et à gouverner le monde. Celui qui remplit cette fonction est le calife ou l’imâm. Cependant, les lois religieuses ne s’appliquent pas aux femmes, car les femmes n’ont aucun pouvoir par elles-mêmes. Les hommes ont autorité, sauf en ce qui concerne leurs devoirs religieux».  Le but final du califat souhaité par les islamistes reste bien sûr l’application stricte de la charia avec, entres autres, les règles liées à l'habillement, aux relations entre les sexes, à l'interdiction de l'alcool et des jeux d'argent et aux châtiments corporels.  

Légalistes et révolutionnaires 


Les islamistes ont montré qu’ils avaient deux stratégies pour arriver au pouvoir selon les pays où ils résident et selon la faiblesse de leurs institutions. Plus le pouvoir est faible ou craintif et plus ils arrivent à leurs fins.
Les légalistes respectent les lois en vigueur et se fondent dans la société où ils vivent en manifestant une patience à toute épreuve. C’est le cas en Tunisie et en Égypte. Ils n’ont pas besoin d’user de violence puisqu’ils s’appuient sur la pauvreté et le chômage des jeunes et, d’une manière générale, sur le mécontentement des populations qu’ils abreuvent de promesses qui ne seront jamais tenues.
Les révolutionnaires ont en revanche recours à la violence pour renverser les régimes en place. C’est le cas des talibans en Afghanistan et au Pakistan et des membres d’Al-Qaeda agissant au Maghreb qui estiment que, pour accéder au pouvoir, ils doivent user de l’arme du terrorisme pour donner une vision concrète à leur internationale islamiste. Mais la frontière entre légalistes et révolutionnaires est poreuse et conduit certains «modérés» à faire preuve d’encore plus d’activisme.
Lapidation
 
La primauté du pouvoir religieux sur le pouvoir politique mène à tous les excès et surtout à la violation de la démocratie. L’islamisation instaurée en Iran, en Arabie Saoudite, au Soudan et en Afghanistan s’est traduite par la mise en place de dictatures implacables. L’évolution des faits donne à penser que l’Égypte est sur le point de tomber dans le même travers après la confiscation de tous les pouvoirs par le président égyptien  Mohamed Morsi.
Mais tous ces adeptes de l’intensification de l’introduction de la religion dans les rouages de l’État ne se rendent pas compte qu’ils mènent leur pays vers son propre déclin. Parce qu’ils doivent répondre aux exigences quotidiennes de leurs populations, les dirigeants islamiques sont conduits à profaner leurs propres concepts religieux. Ils utilisent la religion, tombée de son piédestal, pour satisfaire des objectifs profanes tels que le pouvoir, la richesse et le népotisme. Ils ne comprennent pas que seul un État démocratique laïc peut permettre à la religion de prospérer tout en garantissant les libertés fondamentales des individus et des minorités.
Les «printemps arabes» ont été des tentatives de remettre dans l’actualité l’ijtihad afin d’écarter les fondamentalistes anachroniques qui retardent l’évolution économique et technologique des pays révoltés. Bourguiba avait essayé en Tunisie de séparer la religion de l’État pour faire entrer son pays dans le 20ème siècle, mais la révolution risque à nouveau de le plonger dans le moyen-âge économique.
 Le premier ministre turc Erdogan avec sa femme
 
Les islamistes sont patients et ils prennent le temps pour accaparer le pouvoir mais, une fois acquis, il n’est plus jamais restitué pour assurer une alternance démocratique. Les pays occidentaux ne semblent pas vouloir s’en rendre compte et ils continuent de leur faire les yeux doux, en gardant leurs yeux rivés sur la ligne d’horizon de la balance commerciale. Des régimes islamistes, dits improprement «modérés», comme la Turquie et à présent l’Égypte ont trompé leurs populations et les occidentaux grâce à une stratégie sournoise. Ils s’attaquent d’abord à l’armée, détentrice de la force, puis se retournent vers les institutions pour réduire en esclavage, sous l’alibi de la religion, des  malheureux qui ont cru en eux. Islamisme et démocratie ne sont pass compatibles. On n’a rien vu, on n’a rien entendu, on n’a rien dit.

4 commentaires:

Giora a dit…

Un article à diffuser.
Merci Jacques Benillouche.

Sylvain C.T a dit…

Excellent article. On ne voit pas comment les choses peuvent changer à cause du statut du Coran qui empêche que soit fait à son sujet le même travail qu'ont fait les Juifs sur la Bible avec le Talmud.

Jean Smia a dit…

Malgré toutes les mises en gardes, les exemples et cette analyse précise et judicieuse, il apparaît que ces peuples ont fait leurs choix.
S'ils pensent trouver leur bonheur dans l'application stricte de la Charia, à partir de quoi aurait-on le droit de porter un jugement de valeur sur un mode de société qui nous est étrange ?

Le droit des peuples à disposer d'eux mêmes, ça existe.
Bien que je sois persuadé que ce mode de vie est une malédiction, je ne vois pas pourquoi on essayerait de retenir ce malheur de s'abattre sur des gens qui ne nous souhaitent que du mal.
Pareils à ces malades qui choisissent les incantations de sorciers pour guérir de leur maladie, personne ne peut les soigner contre le gré.
Peut être que la réaction viendra de leurs prochaines générations.

Il reste une grande interrogation qui demeure encore sans solution : comment nous prémunir en Europe de ce type de modification de société qui n'est que la résultante de manœuvres démocratiques ?
Notre débat sur la nationalité n'était-il pas une ébauche avortée de tentative de réponse ?

JEAN a dit…

Ce mécanisme est bien connu , documenté et encore une fois bien démontré par J.Bénillouche . Il a déjà bien fonctionné en d'autres temps et d'autres régimes avec tous les malheurs qu'il a engendrés .