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jeudi 11 août 2022

Israël-Turquie, les retrouvailles face aux menaces de l'Iran par Francis MORITZ

 

ISRAËL-TURQUIE, LES RETROUVAILLES FACE AUX MENACES DE L’IRAN


Par Francis MORITZ

MEVLUT_CAVUSOGLU_YAIR_LAPID_MEETING_IN_ANKARA

          Une fois de plus au Moyen Orient, rien n’est jamais certain sauf l’improbable qui très souvent défie même la réalité. Une nouvelle démonstration nous en est fournie par la collaboration efficace entre les services turcs et le Mossad, qui a permis de neutraliser les terroristes iraniens venus assassiner des Israéliens. Le changement à 360 degrés d’Ankara, est notamment dû à la pandémie qui a bouleversé les agendas et l’invasion russe. La récente rencontre tripartite de Téhéran ne doit pas faire illusion. La Turquie espérait un feu vert contre les milices kurdes dans le nord de la Syrie, ce qu’elle n'a pas obtenu.


Poutine- Erdogan à Sotchi


Ensuite, le président Erdogan a rencontré Wladimir Poutine à Sotchi pour essayer d’obtenir cet accord car la Russie est intéressée par l’achat de drones. On ne peut exclure un échange pétrole-drones-feu vert. Bien que membre de l’Otan, le président Erdogan s’évertue à vouloir être un courtier-médiateur vis à vis de la Russie son voisin et fournisseur d’armes. Sans le proclamer, Téhéran considère la Turquie comme un rival qui l’empêche d’étendre son hégémonie. Israël est l’ennemi juré qu’il faut combattre, d’autant plus que c’est l’allié des États-Unis, l’autre grand Satan. Qui aurait pu imaginer qu’entre deux partenaires supposés, Turquie et Iran, on aille chez le voisin organiser des attentats et pourtant.

 Les activités croissantes des milices pro-iraniennes sont devenues une menace permanente pour les voisins arabes, pour la sécurité d’Ankara et celle de Jérusalem. En Syrie, elles représentent un danger commun qui se traduit par une convergence d’intérêt. De plus, Ankara n’a jamais critiqué les frappes israéliennes durant ces dernières années. Lorsque la Turquie a effectué sa première frappe de drone contre les milices soutenues par les Gardiens de la révolution en Syrie en 2020 contre le régime d'Assad, Israël a été très intéressé de connaître l’analyse stratégique d’Ankara, à l’occasion des combats contre l'unité d’élite Radwan du Hezbollah et les forces turques dans la province d'Idlib où le Hezbollah avait essuyé de très lourdes pertes jamais vues depuis des années.

Poutine humilie Erdogan en le faisant poireauter 




Avec la reprise des négociations sur le nucléaire, aucun des deux pays ne souhaite être face à un Iran disposant de l’arme nucléaire. Ce qui déclencherait inévitablement une course aux armements nucléaires avec tous les risques nouveaux que cela entrainerait, un accord à tout prix que les Américains semblent vouloir finaliser avant les élections de mi-mandat, renforcerait les mollahs. Ce qui leur permettrait de poursuivre leurs visées hégémoniques, voir l’Irak. Cet accord n’inclurait pas la production de missiles et autres drones, et représenterait une menace inacceptable pour Israël, la Turquie et les monarchies arabes.

Avant même la confirmation de cette hypothèse boiteuse, l’Iran utilise de plus en plus ses milices affiliées pour faire pression et cibler à la fois la Turquie et Israël. Téhéran a intensifié les efforts des milices chiites irakiennes pour viser, dans le nord de l’Irak, les postes militaires turcs combattant le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) – désigné organisation terroriste. Un rapport déclassifié du renseignement militaire américain affirme que les milices chiites soutenues par l'Iran en Irak se coordonnent avec le PKK contre la Turquie.

troupes syriennes à Idlib


En juin 2022, plusieurs informations indiquaient que l'Iran a contribué à la création d'une salle d'opérations conjointes dans le nord de la Syrie entre les milices armées kurdes de l'Unité de protection du peuple (YPG) et les milices armées chiites soutenues par les Gardiens de la révolution pour contrer une éventuelle opération turque. La Syrie et le Liban continuent de servir de rampes de lancement pour les attaques contre Israël. 

Le 2 juin, Israël a intercepté trois drones pilotés par le Hezbollah au-dessus du champ gazier de Karish. Récemment, l'idée de fournitures de gaz israélien vers l'Europe par un gazoduc sous-marin via la Turquie a été évoquée à huis clos. Une telle décision impliquerait Ankara dans un possible conflit et l’obligerait à mettre en place une surveillance réelle des tentatives de sabotage par des milices pro iraniennes.

Ce sont ces développements de l'implication de Téhéran qui ont créé une convergence d'intérêts entre la Turquie et Israël. Après l’élimination de plusieurs personnalités iraniennes, l'Iran a cherché à se venger en ciblant des citoyens israéliens en Turquie et imaginait faire d'une pierre deux coups : se venger d'Israël et saborder le rapprochement turco-israélien. Ces attaques pouvaient provoquer la méfiance entre Ankara et Jérusalem et réduiraient à néant les efforts de collaboration entre les deux pays. Le projet a provoqué un retournement de situation.

En février 2022, le renseignement (MIT) turc découvre un réseau iranien chargé de tuer un homme d'affaires israélo-turc. Il informe le Mossad. Cette opération a constitué le premier pas dans la coopération entre les deux parties et a ouvert la voie à la visite du président israélien en Turquie. Les responsables se rencontrent. Le MIT a neutralisé la cellule iranienne.

Le projet d'alliance régionale de défense aérienne dirigé par les États-Unis - associant Israël à plusieurs pays arabes du Golfe pour contrecarrer les attaques aériennes iraniennes - a constitué un motif supplémentaire pour Téhéran d'essayer de saboter le rapprochement turco-israélien et de dissuader Ankara d’y adhérer.

 Hossein Taeb chef des renseignements iraniens


Face aux faits, les responsables iraniens rejettent les accusations israéliennes. Leur porte-parole, Saeed Khatibzadeh a déclaré qu’elles étaient «sans fondement et faisaient partie d'un complot préconçu pour détruire les relations entre les deux pays musulmans». Cependant, la Turquie a rendu l’opération publique. La coordination a contrecarré l'attaque et a manifestement accéléré le processus de normalisation entre la Turquie et Israël. Le 23 juin, Yaïr Lapid, alors ministre des Affaires étrangères et actuel Premier ministre par intérim, s'est rendu en Turquie pour la première fois après deux décennies. Il a salué la coopération sécuritaire avec la Turquie et a déclaré que «la vie des citoyens israéliens a été sauvée grâce à la coopération sécuritaire et diplomatique». Lapid a ajouté qu'Ankara «sait comment répondre aux Iraniens» Pour sa part, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a déclaré qu’en ce qui concerne l'Iran, «les messages nécessaires ont déjà été transmis, et qu'ils ne permettront jamais de telles attaques terroristes en Turquie». 

À la suite de cet échec nié, le chef de l'unité de renseignement iranienne du CGRI, Hossein Taeb, a été limogé. En fin de compte, l'opération clandestine n'a réussi qu'à mettre en lumière la rivalité entre Ankara et Téhéran. Depuis, Ankara a consacré plus de ressources aux opérations de contre-espionnage tant pour déjouer les tentatives de Téhéran de tuer des touristes que pour renforcer le rapprochement turco-israélien, mais aussi pour sauvegarder son secteur du tourisme, qui a généré plus de 34 milliards de dollars en devises en 2019 alors que le pays subit une crise économique sans précédent.

La menace iranienne a été écartée temporairement, mais Téhéran poursuivra les mêmes politiques régionales qui ont contribué à rapprocher Ankara et Jérusalem. À l'avenir, l'action iranienne pourrait même créer un terrain d'entente et un intérêt partagé pour que davantage de pays de la région se rapprochent les uns des autres et élargissent leur coopération face, pour contrer l’hégémonie iranienne. Une fois de plus les grandes règles de la réal politique s’appliquent : les pays n’ont pas d’amis ils n’ont que des intérêts et en politique, souvent, l’ennemi de mes ennemis devient mon ami.

  

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