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jeudi 30 juin 2016

L'Histoire troublée des relations Turquie-Israël 1/4 L'idylle



L’HISTOIRE TROUBLÉE DES RELATIONS TURQUIE-ISRAËL

1/4 – L’idylle

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Tout est parti de l’altercation médiatisée, en janvier 2009 au sommet de Davos, entre le président Shimon Peres et le premier ministre d’alors, Recep Tayyip Erdogan. Il s’agissait de l’illustration des relations dégradées entre les deux pays. Le malaise s’est accru avec les déclarations sans nuance d’Avigdor Lieberman, ministre israélien des Affaires étrangères, le rapprochement de la Turquie avec la Syrie et l’Irak et l’annulation des manœuvres aériennes conjointes «Aigle anatolien». Ce fut le prélude au changement de camp planifié de la Turquie. Les relations entre la Turquie et Israël ont connu plusieurs phases, depuis l'idylle jusqu'à la rupture.



Menderes - Ben Gourion

En 1948, la Turquie fut le premier État musulman à reconnaître Israël, même si aucune ambassade ne fut ouverte à Tel-Aviv. Elle avait adopté une stricte neutralité face au conflit israélo-arabe pendant la guerre froide en focalisant les risques sur la menace soviétique. David Ben Gourion et Golda Meir tissèrent des liens discrets en se rendent en Turquie, en août 1958, pour conclure un accord secret avec Adnan Menderes au terme duquel les deux pays s’échangeraient des informations et ne porteraient pas atteinte à leurs intérêts.
La Guerre des Six Jours fut l’occasion d’un premier froid dans les relations mais il fut vite estompé après le coup d’État qui porta les militaires au pouvoir à Ankara en 1980. Les Israéliens étaient très favorables au renforcement de la coopération avec un pays musulman laïc et kémaliste pour contrer la révolution islamique iranienne. Ils estimaient que la Turquie pouvait devenir un rempart face au risque d’islamisation de la région. À la fin de l’année 1981, en échange d’informations sur l’organisation terroriste ASALA (Armée secrète arménienne de libération de l’Arménie) la junte turque approuva l’annexion du Golan par Israël. Ce fut le début d’un partenariat stratégique au service d’intérêts croisés.
Ambassade de Turquie à Tel-Aviv

La fin de la guerre froide précipita le rapprochement de la Turquie avec Israël car, devant les crises balkaniques, la Turquie ne croyait plus à un OTAN capable de la défendre contre l’agression d’un voisin. Les pouvoirs syrien et irakien se montraient plus vindicatifs alors que le Moyen-Orient devenait une poudrière avec la prolifération d’armes chimiques, biologiques, de missiles balistiques et l’activisme des groupes terroristes. Ne comptant plus sur l’activisme de l’Occident, les dirigeants turcs optèrent pour un partenariat stratégique avec Israël. C’est ainsi que des relations diplomatiques furent établies en décembre 1991.

Le 31 mars 1994, le premier ministre turc Tansu Çiller signa avec Israël un accord garantissant la confidentialité des échanges et ébauchant une coopération sécuritaire. De 1994 à 2002, la Turquie et Israël signèrent une trentaine d’autres accords. Le 23 février 1996, le directeur général du ministère de la Défense israélien, le général David Ivry, et le chef d’État-major adjoint de l’armée turque, le général Cevik Bir, conclurent un accord de coopération militaire : chaque pays pouvait dorénavant user de l’espace aérien, des bases, des ports et des facilités d’entraînement de l’autre. 
Cevik Bir
L’accord prévoyait des exercices aériens conjoints, instaurait un dialogue stratégique bi-annuel entre États-majors et définissait les modalités d’une coopération poussée pour le renseignement. Les pilotes israéliens, contraints jusqu’alors de s’entraîner au-dessus de la Méditerranée, pouvaient désormais utiliser le vaste espace aérien turc. Ils obtenaient ainsi le droit de traverser la Turquie pour atteindre la Syrie, l’Irak ou l’Iran, et furent aussi autorisés à faire escale à Chypre, dans la partie de l’île contrôlée par la Turquie. En contrepartie, les instructeurs israéliens familiarisaient les pilotes turcs avec des technologies ultramodernes, et leur apprenaient à se défendre contre les missiles russes sol-air S-300.
Un second accord, en 1996, fut consacré aux questions d’armement. L’industrie de défense israélienne s’engagea à moderniser une centaine de chasseurs bombardiers turcs (54 F-4 Phantom et 48 F-5 Tigre II), la flotte d’avions de transport et de ravitaillement (C-130 et KC-135), ainsi que 170 chars M-60 Patton. Israël accepta également de vendre à l’armée turque des missiles anti-navires Popeye, des drones, des contre-mesures électroniques, des équipements radars, ainsi que la licence de fabrication du fusil d’assaut Galil, et de l’associer au développement du missile de croisière Delilah. Le gouvernement turc envisagea de faire moderniser sa flotte d’avions de combat F-16 en Israël, en espérant que cette coopération lui permettrait de s’impliquer dans le programme américain du chasseur furtif F-35. Pendant plusieurs années, le projet de vente de chars israéliens Merkava III à l’armée turque était même sérieusement envisagé.
Ocalan

En plus des aspects financiers qui placèrent Israël au cinquième rang des exportateurs d’armement, juste derrière la France, ce partenariat, qui s’était étendu à la Jordanie, avait l’avantage de saper la solidarité arabe. En octobre 1998, Ankara reprocha à Damas de donner asile à Abdullah Ocalan, le chef du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) et de soutenir son action au Kurdistan turc. Les Turcs mobilisèrent leur armée à la frontière syrienne et menacèrent d’intervenir si Damas ne l’expulsait pas. Israël de son côté avait accru la pression sur la Syrie, contrainte d’expulser Ocalan, qui fut arrêté au Kenya quelques mois plus tard, grâce à l’appui du Mossad.
La Turquie et Israël trouvaient chacun des avantages à ces relations privilégiées. L’État hébreu bénéficia d’un rapprochement avec l’OTAN et avec des États européens avec lesquels il entretenait des rapports difficiles. Le gouvernement turc comptait en revanche sur les lobbies pro-israéliens aux États-Unis et en Europe pour sortir de son isolement et renforcer ses positions sur les dossiers de l’énergie, de l’industrie et des relations avec la Grèce et l’Arménie, avec en vue son intégration au sein de l’Union européenne.
Ben Gourion airport


Depuis 1997, les partenariats se sont multipliés : agroalimentaires, financiers, industriels, dans le textile ou le bâtiment et travaux publics (cimenteries et béton armé). Des industriels turcs ont ainsi construit le nouvel aéroport international Ben Gourion de Tel-Aviv. La coopération se renforça dans le tourisme : plus de 400.000 Israéliens investissaient tous les ans les hôtels et les plages turcs. Le volume des échanges entre les deux pays tripla en dix ans, passant de 1,3 milliard de dollars à 4 milliards entre 1997 et 2007. Enfin les deux pays engagèrent un partenariat dans l’énergie et l’eau douce. Le gouvernement turc avait accepté, en janvier 2004, de livrer chaque année à Israël 50 millions de mètres cubes d’eau douce sur 20 ans, couvrant ainsi 3% des besoins du pays.

A suivre..... 2/ Les premiers accrocs

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Qu'il est mélancolique le discours de l'amoureux éconduit qui se penche sur le passé, à la fin d'une idylle !
Il se remémore les bons moments : ces accords secrets, ces traités confidentiels, cette coopération poussée, et même ces coups tordus, pourvu que chacun des amoureux y trouvât son avantage.
Mais hélas, comme souvent, c'est au moment où les deux partenaires croient être à l'apogée de leur relation que, comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu, une réalité qu'on n'avait pas vue - ou qu'on n'avait pas voulu voir - éclate soudain aux yeux de tous.

A suivre...