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vendredi 26 novembre 2021

Netanyahou, Sarkozy : le round de trop

 

NETANYAHOU, SARKOZY : LE ROUND DE TROP


Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps


          

          Netanyahou et Sarkozy sont des jumeaux en politique car ils ont puisé, dans leurs traversées du désert et leurs disgrâces, l'énergie pour prendre le pouvoir. Rarement similitude de trajectoire politique n'aura été aussi flagrante entre deux personnages d'origine et de formation si différentes. Benjamin Netanyahou adorait se comparer à Nicolas Sarkozy. L'histoire s'était imprimée, au début pour les deux, sur un échec cinglant hypothéquant alors toute ascension politique qui les a menés jusque devant la justice implacable.



Netanyahou et Sharon


          Netanyahou n'avait pas résisté aux coups de butoir du nouveau parti Kadima créé par Ariel Sharon, qui avait laminé le Likoud. De son côté Sarkozy, directeur de campagne de Balladur, avait assisté à l’élimination de son mentor au premier tour puis avait été battu lui-même à la présidentielle de 2012. Mais contrairement aux dirigeants anglo-saxons et malgré les échecs, ils n'avaient pas estimé devoir quitter la politique car seule la politique pouvait les quitter.

Les deux leaders ont gardé de leurs mésaventures respectives un relent d'aigreur et une sensation de gâchis et d'injustice qui ont accru leur volonté de combat. Benjamin Netanyahou s’était inspiré de la réussite du président français qui est revenu au sommet après sa mésaventure au sein de l’équipe Balladur. Il n'a cessé d'écouter les conseils de celui qu'il qualifie d'ami et de frère en politique. À force de s'inspirer de son modèle, il en est presque devenu son clone politique. Sarkozy lui a appris à tirer d'excellents enseignements de l'échec et à imiter sa stratégie dès son arrivée au pouvoir. Il lui a suggéré de briser les murailles, d'ouvrir les portes, de vivifier l'air et d'insuffler de nouvelles méthodes politiques comme lui-même l'avait fait.

Fillon, Sarkozy, Balladur


Ils ont utilisé la même technique du baiser mortel pour étouffer leurs adversaires plutôt que de prendre le risque de les combattre. Soumis tous les deux à la pression de l'extrême droite, ils ont tout fait pour assécher leur électorat soit en épousant leurs idées et leur dialectique soit, en offrant une place préférentielle aux plus virulents d'entre eux. Le Pen et le Front National constituaient pour Sarkozy le même risque que les nationalistes des implantations et les extrémistes religieux pour Netanyahou. Ils ont préféré soit les intégrer, soit épouser leurs idées pour garantir la pérennité de leur gouvernement.

Les deux hommes ont dicté leur attitude sur le seul sentiment qui les a rongés durant la traversée du désert et qui les ont habités encore après leur victoire : la rancune. Sarkozy savait que sa mort politique avait été programmée en haut lieu, tout comme Netanyahou qui a compris qu’il fallait attribuer des portefeuilles placard, sans réelle influence, à ses adversaires pour les condamner au silence. La nomination du journaliste politique Yaïr Lapid aux finances était un exemple de cadeau empoisonné. Lapid ne lui a jamais pardonné.

Les deux dirigeants, enfin, ont instrumentalisé la peur dans leur conduite du pouvoir. Tandis que l'un exploitait le thème de la sécurité et du combat contre la délinquance, contre l’immigration et l’islamisme, le second agitait le spectre du terrorisme arabe comme repoussoir des tenants de la gauche. Ils ont réussi à persuader leurs électeurs, pourtant souvent ancrés à gauche, à s'initier aux thèmes fétichistes de la droite.



À tour de rôle, ils se sont entraidés car ils étaient constitués de la même cuirasse. Sarkozy était venu en Israël, en février 2005 et en mai 2013, pour courtiser Netanyahou et obtenir les voix juives ou pro-israéliennes. Netanyahou a usé de la même tactique en se montrant sans cesse aux côtés de son ami pour obtenir, en décembre 2008, l'imprimatur du chef de l'État français dans une sorte de retour d'ascenseur pour l'aide directe qui a permis à Sarkozy de siffler 80% des voix de la communauté juive, en France et en Israël.

Mais la question a été posée sur l’opportunité d’un dernier combat, le combat de trop. Après un quart de siècle au pouvoir durant lequel Netanyahou a favorisé la montée de l’extrême-droite pour neutraliser la gauche, il s’est trouvé prisonnier des monstres qu’il a enfantés qui l’ont ensuite empêché de constituer un gouvernement de coalition. La lassitude de la population arabe face au blocage du processus de paix a entraîné un réveil du nationalisme palestinien et fait réfléchir les adeptes d’une solution modérée. Cette lassitude s’est retournée contre le premier ministre Likoud qui a vu d’ailleurs sa popularité décliner et les 30% de voix d'électeurs arabes habituelles fuir son camp.

Les deux personnages se sont retrouvés dans une situation similaire sans être sûrs de gagner les élections. Le paradoxe a voulu que le danger se situait au niveau de leurs amis, de l’intérieur de leurs rangs, du clan avec qui ils ont gouverné en bonne entente durant des années «Seigneur, Protège-moi de mes amis ! Mes ennemis, je m'en charge». Naftali Bennett, son ancien directeur de cabinet et chef des sionistes religieux a estimé que Netanyahou avait fait son temps et qu’il pouvait devenir calife à la place du calife. Le quadra, mis sur les rails politiques par son mentor Netanyahou, voulait dorénavant voler de ses propres ailes et il a réussi à force de persévérance.



Avigdor Lieberman, qui avait fait liste commune avec le Likoud en 2013, a repris sa liberté et a tourné casaque en présentant son propre projet de paix avec les Palestiniens dans le but d’acquérir les voix du centre. Comble pour un nationaliste, il a accepté de monter une coalition TSN, tous sauf Netanyahou, avec les centristes et les travaillistes et même les Arabes. La situation ne s’est alors jamais éclaircie pour celui qui a surfé au sommet des sondages plaçant son parti le Likoud en tête. Certains transfuges de son propre parti, à l’instar de Gideon Saar, se sont présentés devant les électeurs sous leurs propres couleurs jusqu’à le faire perdre. Netanyahou le devra à ses anciens amis et collaborateurs intimes. Aux dernières élections, des membres du comité central étaient inquiets et ne croyaient plus à sa victoire au point d’envisager une manœuvre pour propulser un autre dirigeant au poste de premier ministre afin de sauver ce qui pouvait être encore sauvé.

Sarkozy- le Maire


Pour Nicolas Sarkozy, qui bénéficiait de sondages positifs, le danger était aussi venu de ses propres rangs. Il avait reçu un avertissement à l’occasion de l’élection à la présidence du parti UMP. Un jeune concurrent, Bruno le Maire, un ministre qu’il avait imposé à son gouvernement lui a siphonné 30% des voix du parti, ce qui l’a poussé à réfléchir sur l’ingratitude en politique. Il se retrouve dans la position de Netanyahou avec Bennett, son ancien poulain. Les ambitions de ses amis étaient toujours vives et pas loin d’un TSS, tous sauf Sarkozy. Ses adversaires les plus virulents n’étaient pas les socialistes mais les hommes de son camp, François Fillon son ancien premier ministre, Alain Juppé le gardien du temple gaulliste et l’ancien ministre centriste Jean-Pierre Raffarin qui s’étaient rangés aux côtés d’eux. Certains de ses proches, voyant le vent tourner, avaient décidé de quitter le navire pour des horizons plus accueillants.

Contrairement aux anglo-saxons, ces deux monstres de la politique n’ont pas su mettre un terme à leur carrière politique quand il était encore temps, en pleine ascension politique et en pleine gloire. Ils se sont accrochés aux quelques restes de pouvoir qui maintenaient leur flamme et n’ont pas su, comme les Grands Hommes, tirer un trait sur leur vie politique pour devenir des Sages et participer au renouvellement des générations. On peut tout dire de Le Pen et de Begin, mais ces dirigeants de droite ont tiré leur révérence au sommet de leur réussite pour laisser les jeunes prendre en mains les destinées de leur pays. 

Sarkozy entrant au tribunal


          Les deux dirigeants ont été rattrapés par la Justice. Sarkozy a été condamné, lourdement, même s’il n’entrera pas en prison pour purger sa peine. Netanyahou passe devant ses juges qui statueront en dernier ressort. Mais Netanyahou et Sarkozy ont mal mesuré le risque de mener le dernier round d’un match qui n’était pas gagné d’avance. Après leur échec, l’Histoire oubliera ce qu'ils ont réalisé et ne retiendra d’eux que la décision des juges et des électeurs. Ils n’ont pas résisté au combat de trop. Il est triste que ces deux dirigeants, qui disposaient de tous les pouvoirs entre les mains, aient fini devant la justice.

Netanyahou au Tribunal


2 commentaires:

Georges Kabi a dit…

les attentats ont toujours eu lieu et existeront toujours. Il n'y a aucune solution a ce probleme, tous les politiciens des 2 camps ont utilise cet outil et continueront de le faire.
Et paradoxalement il y eut moins d'attentats avec Bibi qu'avec Rabin ou Peres Mais les guerres (on prefere appeler cela des "operations" ont succede aux campagnes de terreur et personne n'y trouvera de solutions meme avec un Arabe israelien dans la coalition.
Et Bibi n'a toujours pas compris que son destin politique est derriere lui. Il esperait, et il espere toujours que la justice l'innocentera. C'est possible, en Israel, tout est possible, mais cela ne le remettra pas en selle. Yair, son fils, devra commencer a chercher un boulot.

Anonyme a dit…

Arrêtes ton char! Georges.