Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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lundi 13 avril 2020

Le chef du Hezbollah en Irak Kawtharani est la nouvelle cible


LE CHEF DU HEZBOLLAH EN IRAK KAWTHARANI EST LA NOUVELLE CIBLE

Par Jacques BENILLOUCHE
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          Les crises sanitaire et économique ne freinent pas l’activité des services de renseignements qui continuent d’agir malgré les événements, par intérêt sécuritaire. Tandis qu’un drone basé au Qatar était chargé, le 2 janvier 2020, de lancer ses missiles Hellfire sur le convoi du général iranien Soleimani, avec succès, un autre drone avait pris en chasse l’iranien Abdul Reza Shalai, l’un des fondateurs des Gardiens iraniens de la révolution, pourvoyeur en armes des milices chiites au Yémen. L’échec américain a été discrètement camouflé car seul l’un de ses proches, Mohammed Mirza, a été éliminé.



            Aujourd’hui le commandant militaire du Hezbollah libanais en Irak, le cheikh Mohammed Kawtharani, est devenu la nouvelle cible des américano-israéliens. Né dans la ville de Najaf en Irak, il possède la double nationalité libanaise et irakienne et est enregistré auprès des autorités officielles des deux pays sous le nom de «Muhammad Kawtharani et Jaafar Al-Kawtharani». Les États-Unis ont offert une prime de 10 millions de dollars pour toute information à son sujet. Si à présent il se cache car les services spéciaux sont à ses trousses, la prime est suffisamment importante pour favoriser une trahison d’un de ses proches. Ses jours sont comptés à moins qu’il ne vive en permanence dans un bunker, ce qui réduira d’autant son efficacité.

            En tant que membre du Conseil politique du Hezbollah, il avait été choisi pour coordonner les milices iraniennes en Irak et au Liban, après une réunion entre les milices du Hezbollah et les chefs des groupes armés irakiens, quelques jours seulement après l'assassinat de Soleimani, pour combler le vide. Depuis sa nomination, ses groupes de terroristes opèrent hors du contrôle du gouvernement irakien et organisent des activités criminelles de grande envergure. Kawtharani a aussi pour rôle d’assurer la formation, le financement, le soutien politique et logistique aux groupes d'insurgés chiites irakiens.
            Il faisait partie de ceux qui avaient été l’objet de sanctions américaines visant en particulier des responsables et des sociétés liées à la puissante «Fondation du martyr», qui subvient aux besoins des familles des militants du parti pro-iranien tués au combat. Cette organisation profite de la vente de biens vitaux pour la santé et l’économie du peuple libanais, tels que les produits pharmaceutiques et l’essence.
          Le cheikh Mohammed Kawtharani a été qualifié de terroriste mondial par les États-Unis en 2013, depuis qu’il dirigeait les milices chiites irakiennes. Recherché par les services de renseignements, il est accusé d’avoir aidé à transporter des combattants irakiens en Syrie pour aider Bachar el-Assad à réprimer la rébellion. Il a aussi été à l’origine de plusieurs attaques contre les bases américaines en Irak. Il avait la confiance de Soleimani, qui dépendait de lui et l'appelait à l'aider dans les crises et lors des réunions à Bagdad. En charge des affaires irakiennes du groupe en 2014, il avait été présent lors d'une réunion entre Nasrallah et l'ancien vice-président irakien Nouri al-Maliki. Ses groupes répriment violemment les manifestations en Irak, attaquent les missions diplomatiques étrangères et se livrent à des activités criminelles organisées à grande échelle.

            Muhammad Kawtharani, est devenu un lien entre les milices iraniennes en Irak et au Liban, et le régime du Faqih Wilaya à Téhéran. Il était l'ombre de Soleimani et son bras armé le plus important en dehors de l'Iran, jusqu'à ce qu'il devienne un participant permanent aux réunions en Irak des milices armées fidèles à l'Iran. Il avait gagné la confiance de Soleimani au point d’intervenir dans les manifestations populaires contre le gouvernement de Bagdad. L'ironie est que son rôle en Irak ne se limitait pas seulement à la milice puisqu’il avait été nommé ministre des Communications pour le précédent gouvernement irakien dirigé par Muhammad Tawfiq Allawi.
            En plus de soutenir les milices armées en Irak et de fournir un soutien financier à la milice houthie au Yémen, Kawtharani finance des opérations terroristes dans plusieurs pays de la région du Moyen-Orient. Un reportage sur la chaîne américaine Al Hurra a indiqué que Kawtharani était directement responsable des attaques contre les forces de la coalition internationale en Irak et de la planification de l'attaque de janvier 2007 contre le Centre conjoint de coordination du gouvernorat de Karbala, qui avait fait 5 morts.

Vidéo sur Kawtharani en langue arabe mais les images parlent d'elles-mêmes.

            Il est également impliqué dans des opérations de blanchiment d'argent en faveur du Hezbollah, afin de faire passer clandestinement à travers la frontière des armes entre l'Irak et l'Iran, ainsi que des femmes irakiennes, libanaises et syriennes. Mais il a provoqué une rupture entre les milices armées fidèles à l'Iran. En effet, les dirigeants des milices irakiennes fidèles à l'Iran ont exprimé des réserves quant à son choix en tant que coordinateur entre eux et Téhéran, en raison des actions de Kawtharani. Il s'agit notamment de l'ancien Premier ministre irakien Haider al-Abadi et leader du «courant de sagesse», Ammar al-Hakim, ainsi que d'autres personnalités politiques et factuelles armées. Le successeur de Soleimani en Irak et au Liban avait cherché à réconcilier Muqtada al-Sadr et Nuri al-Maliki.
            Après le déclenchement des manifestations en Syrie en 2011, Kawtharani avait commencé à superviser le transfert de milices d'Iran et d'Irak vers la Syrie pour participer à la répression des manifestations et à la protection du régime d'Assad pour éviter sa chute. Il avait aussi travaillé aux côtés de Qassem Soleimani et d’Abu Mahdi al-Muhandis dans le transport d'armes, d'équipements et de missiles de l'Iran à la Syrie via l'Irak. 
           En plus d'ouvrir plusieurs camps pour entraîner des miliciens sur le territoire irakien avant leur transfert, Kawtharani et son assistant, Ali Duqqu, avaient supervisé la gestion du recrutement des jeunes irakiens dans les rangs des milices et des centres d'espionnage iraniens en Irak. Ces centres iraniens sont répartis dans la plupart des villes d'Irak, mais leur siège est situé dans la ville de Jurf al-Sakhr, au sud de la capitale, Bagdad, qui est le centre des bases militaires iraniennes du pays.
            Les États-Unis ont mis en lumière un personnage inconnu en Occident jusqu’à présent. Son élimination sera une question de jours, voire de semaines, mais il finira par être mis hors d’état de nuire pour rejoindre dans le Ciel tous ceux qui ont répandu la mort. 

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