Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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jeudi 2 avril 2020

Gantz : choc, déception, choix crucial


GANTZ : CHOC, DÉCEPTION, CHOIX CRUCIAL

Par Jacques BENILLOUCHE
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          Personne ne pouvait s’attendre à un revirement pareil de la part de Benny Gantz. D’ordinaire des fuites circulent dans les milieux de la presse et dans les milieux politiques informés. Or, tout s’est tramé dans le secret total alors que Gabi Ashkenazi et Avi Nissenkorn négociaient tandis que Gantz donnait ses directives au téléphone. On savait qu’un dialogue existait mais la classe politique n’avait jamais envisagé un tel dénouement. Le scénario avait été pourtant bien huilé par l’opposition ; une fois Meir Cohen nommé au perchoir, elle présentait ses trois projets de loi pour exclure Netanyahou de la scène politique. Il fallait que ce verrou saute pour permettre ensuite une union de la Droite et du Centre.


Gantz et les deux leaders arabes

            Mais deux impondérables ont mis à mal les prévisions. Quelques membres de Bleu-Blanc refusaient avec force de mêler leurs voix aux voix arabes quels que soient les objectifs et les conséquences. Des discussions sont intervenues au sein du parti qui ont conclu à l’impossibilité de trouver une majorité pour remplacer Netanyahou ni pour le vote de projets de loi face à la détermination de certains députés. L’impasse était totale au sein du parti qui voyait de manière interne le clan des jusqu’auboutistes, les amis de Yaïr Lapid, privilégier le recours à de nouvelles élections.
            Gantz voulait bien s’entendre avec Netanyahou mais sa «trahison» devait être utile. Il avait exigé d’obtenir d’une part des garanties de la part de ses quelques frondeurs qui, en cas d’accord, ne rejoindraient pas le Likoud pour donner une majorité qualifiée à Netanyahou. D'ailleurs Yoav Hendel vient de quitter Telem pour soutenir Gantz. D’autre part, il devait investir les principaux ministères régaliens pour encadrer les décisions du Likoud. Gantz n’a pas pris la décision tout seul ; elle a été collective et presque unanime dans son camp. 
Les frondeurs Zvi Hauser et Yoav Hendel

           Nous verrons plus tard si ses autres exigences seront respectées car il tient à remercier les autres partis qui l’ont soutenu. Le parti travailliste et lui seul, à l’exclusion de Meretz, serait appelé au gouvernement pour un poste technique. Par ailleurs deux commissions parlementaires resteront attribuées aux partis arabes, des commissions qui n’impliquent pas la sécurité de l’État mais qui les intégreraient progressivement dans la vie politique israélienne. Il s’agit de la commission pour éradiquer la criminalité dans le secteur arabe et de la commission spéciale pour le domaine du travail et les questions sociales spécifique aux populations arabes. Mais le maintien de Netanyahou au pouvoir pourrait pousser les Arabes à refuser ces faveurs.   
            Malgré le choc et la déception au sein des soutiens de Gantz qui se sont sentis trahis, il n’y avait pas d’autre choix, "ein-brira" en hébreu, parce que la majorité de Gantz était très étroite, voire inexistante. De nombreux députés de son camp avaient prévu, pour éviter d’insulter l’avenir, de boycotter le vote quitte à être exclus du groupe. Kahol-Lavan aurait donné une image délétère car les remous au sein du groupe commençaient à transpirer et il devenait impératif de prendre une décision rapide. Le scénario avait portant été bien huilé mais, compte tenu de la situation sanitaire et économique, il fallait mettre fin à une année d’impasse politique. Gantz a fini par accepter de prendre le poste de premier ministre en septembre 2021.


            L’union Gantz-Likoud, dans les tuyaux depuis longtemps, représentait l’espoir de l'opinion publique. Elle ne choque donc pas, cas de force majeure oblige, car elle n'est pas contre nature. Seul le maintien au pouvoir de Netanyahou dérange mais il n’échappera pas à la justice. Gantz voulait un gouvernement «large», il l’a eu. Mais il a compris qu’il devait mettre de côté les questions politiques pour lutter contre la nouvelle pandémie de coronavirus, qui a infecté 3.460 personnes en Israël et fait douze morts. Il lui était difficile de camper sur une position intransigeante alors que la population souffrait d’inquiétude. Elle ne pouvait ni comprendre et ni admettre ces querelles politiques stériles.
            Le paradoxe voulait que le groupe Bleu-Blanc ait été en priorité conçu pour être un parti anti-Bibi. Effectivement, Gantz s’était engagé à ne jamais siéger dans un gouvernement avec un Premier ministre faisant face à des accusations criminelles. Mais le bloc de Gantz s’est délité jusqu’à l’implosion et il s’est trouvé contraint de suspendre sa promesse de ne pas siéger avec Netanyahou. La voie politique était bouchée, sans vision claire sur l’avenir ; il a compris que l’intérêt du pays lui imposait de rejoindre un gouvernement d'union «d'urgence» d’autant plus que les juges pourraient modifier la donne. 
        En effet, Netanyahou devra faire face à une inculpation officielle de corruption, de fraude et d'abus de confiance. L'audience a été reportée au moins jusqu'au 24 mai en raison de l'épidémie de coronavirus. Gantz, soucieux de respecter le droit, a remis entre les mains des juges l’avenir du premier ministre. Dans le cadre de l'accord de gouvernement d'unité, une législation sera rédigée qui permettra à Netanyahou de rester Premier ministre par intérim et membre du cabinet malgré son acte d'accusation criminel et jusqu'à ce qu'un verdict soit annoncé dans son procès. Certes le Likoud exulte après cet accord en soulignant sa victoire nette alors que quelques jours auparavant, il était au bord du gouffre.

Gantz, Barak et Ashkenazi

            De son côté Gantz a estimé que c'était «la bonne chose à faire en ce moment. Ce ne sont pas des temps normaux et ils appellent à des décisions inhabituelles. Par conséquent, j'ai l'intention d'examiner et de faire progresser de toutes les manières possibles la mise en place d'un gouvernement d'urgence d'unité nationale». En fait il avait été mis face à un chantage. S’il permettait l’élection de Meir Cohen à la tête de la Knesset, alors le Likoud mettait fin aux pourparlers sur un gouvernement d'unité ce qui impliquait le retour aux urnes. Dans un premier temps, la déception a été grande pour ceux qui étaient convaincus, à tort, que Gantz était déjà élu premier ministre, sur le papier.  Nitzan Horowitz a laissé échapper sa mauvaise humeur : «C'est un jour sombre» tandis que Yesh Atid dirigé par Yaïr Lapid et le micro-parti Telem de Moshé Yaalon ont décidé de se séparer de la faction de Gantz pour s’inscrire dans l’opposition.
            C’est en fait la faute à "Ein-Brira". Le pays doit à présent s’unir contre le malheur. La politique passe au second plan.


3 commentaires:

Elizabeth GARREAULT a dit…

Ideoligiquement peu de choses séparent Likoud et Kahol Lavan. Bibi s'y est repris a' trois fois en espérant avoir la majorité avec son bloc. Non seulement il a échoué trois fois mais visiblement il va céder de gros ministères. Les militants Likoud ont beau reparler du génie stratège et du magicien, ce sont des éléments de langage - le leader adore' est presque a' poil. Hier, ils maudissaient Ganz, aujourd'hui, ils lui découvrent des qualités. La politique est le royaume de la mauvaise foi. Reste deux certitudes
1- Tot ou tard, Bibi rencontrera ses juges.
2- Seul comptera la composition du gouvernement - sale temps pour ceux qui ont tant donne' au Likoud et qui seront une fois de plus sur la touche sans maroquin en récompense . Si Gantz prend les Communications la justice et la défense, son camp aura grandement limite' les dégâts.

andre a dit…

Consolez vous comme vous pouvez . Vous aviez tout faux .
Andre Simon Mamou
Tribune juive

Anonyme a dit…

On voit que Gantz est un novice en politique ...

Si comme vous le dites Netanyahu est sous le coup d'une enquête judiciaire et qu'il devrait fort probablement tomber, il suffit simplement de postposer les négociations sous prétexte de coronavirus en lui refilant la patate chaude du coronavirus puis venir par la suite proposer une alliance au Likud, là il vient de perdre la moitié de son camp et se fera jeter par Netanyahu dans 18 mois au mieux ...

A moins que le virus ne vienne y mettre son grain ...