Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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jeudi 2 avril 2020

Benny Gantz a la part belle au gouvernement


BENNY GANTZ A LA PART BELLE AU GOUVERNEMENT

Par Jacques BENILLOUCHE
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          L’accord de Benny Gantz avec Benjamin Netanyahou avait été qualifié de trahison parce que le parti Bleu-Blanc avait assuré que jamais il ne s’associerait avec un dirigeant poursuivi par la justice. Mais à la réflexion, il s’avère que cette décision était moins condamnable qu’il n’y parait. Gantz avait certes les moyens de constituer un gouvernement minoritaire avec le soutien effectif ou neutre des partis arabes, mais ce gouvernement aurait eu une durée de vie limitée. Une forte opposition au sein du nouveau parti s’était exprimée pour refuser toute alliance avec les partis «non sionistes». 



          Les décisions qui ont depuis été prises montrent que Benny Gantz et Gabi Ashkenazi ont manifestement bien négocié dans le secret, avant de donner leur accord. Avec leurs 17 députés contre 58 à la Droite, ils ont obtenu des concessions de taille de la part du Likoud. La parité obtenue au gouvernement a d’ailleurs fait grincer des dents de nombreux cadres historiques du Likoud qui seront privés de certains grands ministères.  
            Exceptés quelques changements de dernière minute, le nouveau gouvernement comprendra de nombreux ministres ne faisant pas partie de la coalition sortante. Gantz a obtenu de nombreux ministères régaliens qui lui permettront de mieux encadrer les décisions de Netanyahou. Les réglages et les négociations sont en cours mais les personnalités citées seront certainement ministres, peut-être pas au poste prévu. Des permutations peuvent encore être envisagées mais cette liste n’est intéressante que pour mesurer l’esprit dans lequel sera conçue la coalition gouvernementale.
Défense : Benny GANTZ (Kahol-Lavan, Bleu-Blanc),
Adjoint au ministre de la défense : Eitan GINZBURG (KL),
Affaires étrangères : Gabi ASHKENAZI (Indépendant),
Agriculture : Amir PERETZ (Travailliste),
Adjoint ministre agriculture : Alon SCHUSTER (KL),
Économie : Michael BITON (KL),
Sciences :  Izhar SHAY (KL),
Justice :  Avi NISSENKORN (KL)
Adjoint ministre santé : Itzik SHMULI (Travailliste),
Absorption et immigration :  Pnina TAMANO-SHATO (Ex-Yesh Atid)
Tourisme : Hili TROPPER (KL),
Affaires de la Diaspora : Zvi HAUSER (Ex-Telem),
Communications : Orit FARKASH HACOHEN (KL),
Culture : Asaf ZAMIR (KL),
Égalité sociale : Miki HAIMOVICH (KL),
Adjoint ministre égalité sociale : Omer YANKELEVICH (KL),
Président commission affaires étrangères et sécurité : Yoaz HANDEL (Ex-Telem),
Président commission de la santé : Orly LEVI-ABECASSIS (Gesher),
Adjoint au président de la Knesset : Ram SHEFA (KL).
            Les personnalités impliquées confirment qu’il ne s’agit pas de quelques transfuges individuels mais bien d’une action collective dans la durée pour prendre en charge la crise sanitaire et économique. Ils sont trop nombreux pour considérer qu'il s'agit de cas d'espèce. On ne peut pas en permanence laisser s'instaurer une guerre entre la Droite et le Centre; ce n'est l'intérêt d'Israël. La déception des soutiens de Gantz concernait surtout Netanyahou et ses problèmes judiciaires mais pas l'alliance avec le Likoud qui était acquise. Gantz avait constaté qu'il n'avait pas de majorité pour voter les lois pour invalider Netanyahou.
           Cependant la justice passera puisque le premier ministre n’est pas à l’abri des tribunaux et que le ministère de la justice lui échappera. Les juges décideront en leur âme et conscience et il est certain que leur décisions seront respectées. Mais Netanyahou sera bien encadré et il ne pourra plus décider seul comme auparavant. En acceptant la parité totale au gouvernement, la décision reviendra au Cabinet de sécurité qui prend en fait les grandes décisions politiques et sécuritaires.
Ancien cabinet de sécurité

            Des tirages auront certainement lieu et déjà le Likoud exige que l'application de la souveraineté en Cisjordanie soit incluse comme l'un des principes de base du gouvernement. Bleu-Blanc s’est formellement opposé bien que Gantz ait promis à ses électeurs que la vallée du Jourdain ferait partie intégrante d'Israël et qu'il travaillerait à appliquer la souveraineté dans la région, mais sous réserve de l'approbation internationale de la décision. Cette question de souveraineté, si elle était appliquée, pousserait les députés travaillistes Amir Peretz et Itzik Shmuli à ne pas rejoindre le gouvernement.

            La répartition des ministères restants est encore en discussion au sein de la Droite mais la grogne est de mise à tel point que certains petits partis, comme Yamina, menacent de rester dans l’opposition s’ils n’obtenaient pas un ministère conséquent. D’ailleurs Naftali Bennett refuse le ministère de l’Éducation et exige les Affaires étrangères sous prétexte qu’il est d’origine américaine. Il est peu probable qu’il obtienne satisfaction car Netanyahou n’est pas prêt à faire s’écrouler tout l’édifice politique qu’il a construit péniblement. Avec les 17 voix de renfort de Gantz, Netanyahou peut mieux résister aux éxigences des orthodoxes et des micros partis.
            Il est certain que cela a mis en évidence les qualités d’hommes politiques et de négociateurs de Gantz et d’Ashkenazi qui ont obtenu plus que ce qui était prévu. Il est très difficile de les traiter d’opportunistes à la recherche d’un portefeuille ministériel. Mais en s’alliant avec Netanyahou, ils ont montré qu’ils mettaient l’intérêt du pays avant les magouilles politiques et avant leur ego.


1 commentaire:

andre a dit…

Un point de vue nouveau chaque nouveau jour !
André Simon Mamou
Tribune juive