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mercredi 17 avril 2019

Réflexions sur les résultats des élections israéliennes




RÉFLEXIONS SUR LES RÉSULTATS DES ÉLECTIONS ISRAÉLIENNES

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            

          Les élections israéliennes se sont soldées par des résultats sans changement notable pour l’équipe dirigeante actuelle. La majorité reconduite, à une exception près, sera identique à celle sortie des urnes de 2015. Les résultats confirment la radicalisation à droite, voire à l’extrême-droite, de l’opinion et surtout la part de plus en plus intense des partis religieux sionistes et orthodoxes dans l’espace politique. Ce résultat semble paradoxal quand les statistiques confirment que les religieux ne constituent que 20% de la population.



            La première constatation qui s’impose est le rejet définitif des sondages qui ont tous donné, de manière permanente, des résultats incohérents, à savoir la victoire de la liste Bleu-Blanc de Benny Gantz, avec quatre ou cinq sièges d’avance sur la liste Likoud. Les sondeurs ont perdu leur crédibilité. Ils s’étaient trompés en 2009, en 2012 et en 2015 de manière aussi flagrante et l’on pensait qu’ils allaient corriger leurs méthodes et leur échantillonnage. Il n’en a rien été. Avec eux, les perdants ont toujours été les gagnants au point où l’on se demande s’il ne s’agit pas d’une stratégie volontaire pour déstabiliser les électeurs et leur imposer en fait un vote dicté.
            Quant au comité électoral, il a été à la source d’une farce, qui aurait pu être comique, si les conséquences n’étaient pas dramatiques. Après l’analyse des bulletins de vote, la liste de la Nouvelle Droite était annoncée au-delà du seuil électoral, puis écartée, puis à nouveau repêchée et enfin éliminée. Le comité s’est justifié en arguant de problèmes techniques, ce qui ne faisait pas très professionnel pour un pays réputé pour son expertise hightech. Il a créé un doute et porté atteinte à la crédibilité du processus de dépouillement avec toutes sortes de rumeurs sur les raisons du cafouillage. Certains allant jusqu’à suggérer que le Likoud avait tout fait pour enfoncer son concurrent perturbateur. La nature des difficultés n’a pas été explicitée mais cela fait désordre pour un pays qui avait envoyé une sonde sur la lune le jour même. 
Bulletins de vote

Les chiffres ont parlé. Sur 120 députés à la Knesset, le Likoud de Netanyahou obtient 36 sièges et Bleu-Blanc de Gantz, 35. Les autres petits partis suivent loin derrière avec en tête les deux partis religieux orthodoxes avec 8 et 7 sièges respectivement qui représentent ensemble pour la première fois le troisième parti du pays. Il faut s’étonner de la résistance des partis orthodoxes qui, dans les sondages, étaient éliminés au moins pour l'un d'entre eux. La droite atteint en totalité 65 sièges, le centre et la gauche 45 et les Arabes à l’écart avec 10 sièges pour une majorité fixée à 61 députés.  
La déception des vaincus

Le sort de Naftali Bennett et d’Ayelet Shaked de la Nouvelle Droite est scellé. Ces deux jeunes turbulents de droite, qui ont voulu concurrencer Netanyahou, n’entreront pas à la Knesset. Il est fort probable que ce couple politique ne résistera pas à l’échec et qu’un règlement de compte les obligera à se séparer. Ils prouvent ainsi qu’un parti à deux fortes têtes ne peut pas réussir car les egos finissent toujours par prendre le dessus. C’est une perte pour la Knesset car la présence de jeunes, et de femmes en particulier, est un manque, à fortiori quand il s’agit de religieux sionistes.
Dix femmes sur 36 figurent sur la liste Likoud tandis que la liste Bleu-Blanc en comporte autant parmi les 35 premières places. C’est déjà appréciable quand on sait que les listes orthodoxes excluent d’office les femmes. Mais il serait peut-être temps d’imposer une sorte de parité hommes-femmes dans un pays où les femmes sont nombreuses à s’intéresser à la politique.

Ces nouvelles élections ont créé une bipolarisation et cela sera efficace pour la gestion du pays qui n’aura pas à subir les diktats de micro-partis dans les premiers temps du gouvernement. Pour l’instant le gouvernement est à l’abri d’une motion de censure sauf si l’un des partis faisait preuve de rébellion. L'intérêt du pays passe par une certaine stabilité et une véritable opposition conséquente.
Nous ne sommes pas encore à l’abri de gesticulations politiques, pour l'instant sans conséquence pour la survie du gouvernement. C'est la règle pour obtenir plus. Le mauvais résultat de Moshé Kahlon avec 4 sièges le pousse à retourner à son parti d'origine qui cumulera 40 sièges. 
De même à gauche, les Travaillistes et Meretz songent à fusionner pour constituer un groupe de 10 députés moins ridicule par rapport à l'histoire d'Avoda.  La gauche est laminée pour longtemps et il faudra le miracle d'un nouveau leader charismatique pour la sortir de sa torpeur. Elle devra méditer sur une vraie stratégie adaptée à l'évolution politique du pays. Deux mandatures ne seront pas de trop pour lui permettre de se refaire une santé après les dérives qu'a connues le pays.
Réunion du lobby francophone

 Une leçon va permettre d’évacuer une question lancinante déjà subie aux élections municipales. Les Francophones israéliens ne pèsent rien en politique. Il faut qu’ils comprennent qu’ils doivent s’insérer à l’intérieur des partis traditionnels et ne pas vouloir exister en tant que communauté indépendante. Les Russes l’ont compris ce qui explique le mauvais résultat de Lieberman qui  rassemble moins parmi les originaires de l’ex-Urss.
A présent, nous entrons d’abord dans l’ère des marchandages pour les postes ministériels. Cela ne sera pas aisé pour satisfaire les exigences des petits partis. Une décision, certes symbolique, vient d’être prise par les Druzes qui ont refusé un ministère. Cette communauté fidèle à Israël depuis la création de l’État a toujours envoyé un représentant au gouvernement à l’instar de Ayoub Kara mais ils contestent la nouvelle loi sur l'État-nation qui, selon eux, les discrimine. Cependant le gouvernement est à l’abri d’une motion de censure.
Quelques cas restent en suspens qui conditionnent l’entrée de micros-partis dans la coalition. L’avenir de Lieberman n’est pas réglé car il exige le ministère de la défense qui est déjà disputé par l’ex-général Yoav Galant, transfuge de Koulanou, et par l’ancien patron du Shabak, Avi Dichter. C’est l’expérience et l’art de la négociation de Netanyahou qui vont faire la différence dans ce bras de fer.
Bezalel Smotrich

Bezalel Smotrich, chef du Foyer Juif, l’ancien parti de Bennett, précise déjà que Netanyahou doit par avance rejeter le plan Trump, quel qu’il soit, sinon il n’entrera pas dans la coalition. Le premier ministre peut difficilement prendre position sur des hypothèses non confirmées.
Une fois le gouvernement désigné, nous passerons de l’ère politique à l’ère judiciaire. Le procureur d'État, Shai Nitzan, a l'intention d'inculper le ministre de l'Intérieur et chef du parti Shass, Arie Dehry, pour des faits de corruption, ce qui l'empêcherait d'être ministre. En novembre 2018, la police l’avait accusé de soupçons de fraude, d’abus de confiance, d’entrave à une procédure de justice, de blanchiment d’argent et de fraude fiscale à hauteur de plusieurs millions de shekels. La loi israélienne stipule qu'un ministre doit quitter son poste immédiatement s'il est inculpé. Il est donc probable que le poste de l'intérieur devienne vacant.
Dhery et sa femme inculpée


Par ailleurs Avichai Mandelblit, le procureur général, devrait bientôt clarifier les implications juridiques qui concernent Benjamin Netanyahou mais la loi israélienne stipule qu’un premier ministre peut rester en fonction tant qu’il n’est pas condamné. Cependant Avigdor Lieberman a confirmé qu’il n’était pas sûr, pour cette raison, de faire équipe avec Benjamin Netanyahou. Nous n’en sommes qu’aux balbutiements d’une nouvelle structure gouvernementale qui dispose de 42 jours pour être constituée. Affaire à suivre d'autant plus que le gouvernement ne sera pas à l'abri de convulsions, de reniements, de chantages, de chaos ou de confusion.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

"La nature des difficultés n'a pas été explicitée mais cela fait désordre pour un pays qui avait envoyé une sonde sur la lune le jour même."
Heureusement que la sonde s'est écrasée avant l'alunissage ce qui fait que l'honneur du pays est sauf !
Et pour le reste, inch'Allah ! Oh, pardon !