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samedi 20 avril 2019

Israël : une coalition fragile ou originale




Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps



Le gouvernement sortant

La victoire de la droite est sans conteste puisqu’elle obtient 65 sièges face aux 45 du Centre et de la Gauche et aux 10 députés arabes inclassables. En revanche elle reste très fragile parce que le bloc de droite n’est pas monolithique et que les rivalités s’expriment au grand jour, en particulier entre partis religieux orthodoxes et sionistes et laïcs. Avigdor Lieberman, le rescapé des élections, se sent bien seul dans cet environnement à majorité de kippas. Bien que très minoritaire avec ses seuls cinq députés, il détient la clef de la survie d’un gouvernement qui a besoin de ses voix. Après hésitation, il a recommandé du bout des lèvres la désignation de Benjamin Netanyahou comme premier ministre.


J'ai besoin de quatre pneus et d'un de rechange

Mais se sachant indispensable, Lieberman exige les portefeuilles de la défense et de l’immigration qu’il détenait dans le précédent gouvernement. Cette exigence pourrait être à la rigueur  satisfaite mais en revanche il lui sera plus difficile d’empêcher que la loi sur la conscription militaire soit remaniée pour dispenser du service militaire les étudiants ultra-orthodoxes des écoles talmudiques : «Si nous sommes confrontés à une alternative - abandonner le projet de loi et rester dans une coalition ou être dans l'opposition, nous irons aux élections». 
Par ailleurs, pensant en avoir été la victime, il veut une nouvelle loi électorale concernant les bureaux de vote : «Nous avons pour objectif d'adopter une nouvelle loi électorale qui traitera des manipulations des bureaux de vote lors des élections, et les sondeurs seront tenus de divulguer correctement les partis avec lesquels ils travaillent». Il sera difficile au gouvernement de fonctionner avec l’épée de Damoclès en permanence au-dessus de sa survie.

Le président Réouven Rivlin, qui n'est pas un novice politique, est convaincu que la situation de la coalition est éphémère et pour cela il tente de constituer un gouvernement d’union nationale. Le Parti Bleu-Blanc a refusé la suggestion d’une union nationale car elle tendra vers une union d’inertie nationale qui éludera les questions sensibles pour garder un consensus. Les problèmes principaux ne seront pas abordés.
Cependant, après le temps politique, viendra le temps judiciaire puisque le procureur général Avichai Mandelblit doit se prononcer sur les accusations contre Netanyahou. Il vient de déclarer qu’il entendait inculper le premier ministre sur des accusations de corruption et d'abus de confiance, dans l'attente d'une audience à laquelle il pourrait présenter sa défense.

L’inculpation n’impose pas au premier ministre de démissionner. C’est pourquoi il veut constituer un bloc de partis prêt à le soutenir face aux juges. Il sera difficile à la Knesset de légiférer pour lui donner une immunité des poursuites avec effet rétroactif mais il restera toujours redevable des caprices de ses partenaires de la coalition. On craint que la nouvelle coalition ne soit amenée à contourner la loi pour adopter des mesures protégeant de poursuites le premier ministre en exercice par une loi qui neutraliserait la Cour Suprême.

Chaque faction de la coalition, qui se sait indispensable, accumule les conditions pour entrer au gouvernement. Au sein de la coalition, en plus des questions laïques, des points de friction sont à envisager qui risquent de compromettre les bonnes relations avec les États-Unis. En effet l’extrême-droite exige l’annexion de la zone C de la Cisjordanie au moment où Donald Trump se prépare à publier son plan de paix dont les hypothèses vont bon train et où la communauté internationale considère les implantations comme illégales. La faction extrémiste Droite Unie ne veut participer au gouvernement que si Netanyahou s’engage dès à présent, sans officiellement connaître le contenu du plan de paix Trump, à le rejeter d’office et par avance.

La guerre des portefeuilles fait déjà rage. Bezalel Smotrich du Foyer Juif, a réclamé le ministère de l’Éducation ou celui de la Justice, une bonne manière de mettre au pas la Cour Suprême. Il est peu probable que le premier ministre donne l’une de ces charges à un extrémiste religieux qui veut mettre un terme à la «coercition religieuse exercée dans les établissements scolaires en faveur d’une religion de la démocratie libérale», à un militant qui veut séparer les Juifs et les Arabes, qui qualifie les «homosexuels d’anormaux», qui propose un système juridique uniquement basé sur la Torah, et qui veut créer une ségrégation entre Juifs et Arabes dans les hôpitaux. Il s’est vu proposé le ministère du Logement en raison de sa politique pro-implantations.
            Le premier ministre aura beaucoup de mal avec son propre parti qui souhaite que les grands ministères lui soit attribué alors que le dosage politique implique de s’en défaire. Avi Dichter, ancien chef des services de sécurité du Shin Bet, lorgne sur le ministère de la défense ainsi que le général de réserve Yoav Galant.
            En tout état de cause, le Likoud veut détenir au moins 15 ministères en raison du nombre de ses députés ce qui entraînerait au total un nombre pléthorique de portefeuilles, 30 au moins, pour une Knesset à 120 députés.

Yacimovitch, Cabel et Peretz

            Par ailleurs, des rumeurs persistantes font état du souhait de Netanyahou, fin politique, de renouer avec l'épisode Ehud Barak en faisant entrer le parti travailliste dans sa coalition pour contrebalancer le poids des religieux et de l’extrême-droite, pour fracturer l’opposition, pour limiter la marge de manœuvre de Bleu-Blanc, et pour consolider sa coalition. Avi Gabbay, qui n’a pas digéré sa défaite, voudrait se venger de Benny Gantz qui lui a siphonné 18 sièges à la Knesset et qui a éliminé des députés historiques. Il veut sauver sa place à la tête du parti en faisant entrer Avoda au gouvernement  pour libérer deux postes de députés. Il sait qu’il aura plus de poids dans la coalition que dans un groupe d’opposition où il est ultra-minoritaire. On parle d’Amir Peretz comme ministre de la construction et du logement et de Shelly Yacimovich comme ministre du travail et des affaires sociales. La gauche piaffe d'impatience.
            Nous ne sommes pas au bout des surprises de ces élections anticipées. Wait and see.


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