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vendredi 26 avril 2019

Arabie saoudite : Silence, on décapite!




Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps


Trois exécutés

La presse occidentale a été très discrète sur l’exécution par décapitation de 37 «terroristes» en Arabie Saoudite, dont l’un par crucifixion abominable effectuée après l’exécution. Parmi les exécutés : un étudiant, un universitaire, un manifestant et un imam.
Il n’est pas question de vexer un bon client d’armement et surtout de s’élever contre une tragédie de justice expéditive. Les prisonniers ont été regroupés et condamnés sous des chefs d’inculpation variés mais surtout ambigus. Aucune publicité n’a été faite durant leur procès où ils étaient accusés, selon le cas, de terrorisme, de complot contre la sécurité, de meurtre, d’espionnage ou de propagation interdite de l'islam chiite.  L’homme qui a eu droit à la crucifixion était accusé d’avoir assassiné une femme et d’avoir conspiré pour en assassiner une autre.  



La peine de mort existe encore aux États-Unis mais c’est le côté macabre, expéditif et barbare qui choque. Les exécutés sont en fait des victimes politiques car 34 d’entre eux étaient des militants chiites, des professionnels, des érudits religieux et un certain nombre de jeunes hommes arrêtés alors qu'ils étaient mineurs et qui ont attendu leur majorité dans le couloir de la mort. Mais cela ne découragera pas les manifestations pacifiques ni l’activisme de la communauté chiite saoudienne parce qu’elle lutte depuis plus de 50 ans pour l’égalité avec les sunnites. Selon les autorités saoudiennes : «La peine de mort a été appliquée à un certain nombre de criminels pour avoir adopté des idéologies terroristes extrémistes et formé des cellules terroristes afin de corrompre et de perturber la sécurité, ainsi que de semer le chaos et de provoquer des conflits sectaires».
 Certes, les Iraniens ne sont pas plus civilisés avec leurs pendaisons mais on ne s'inspire pas du mauvais exemple. Alors que l’an dernier 149 exécutions avaient été effectuées, L’Arabie a déjà procédé à 104 décapitations depuis le début de l’année 2019. Au moins, elle ne perd pas de temps en procès, appels et Cour de cassation. Tout est tellement secret qu’on ignore si des avocats ont été commis pour la défense. Les «terroristes» étaient coupables d’avance. Silence gêné en Occident. Quand on pense qu’un condamné palestinien en Israël emplit des dizaines de pages dans les tabloïds étrangers !

Ce n’est pas nouveau que les Chiites soient visés mais ils occupent une région stratégique dans la province orientale d’Arabie, riche en pétrole, et ils sont soutenus par l’Iran, connu pour sa capacité de nuisance. Ils avaient déjà exprimé leur colère en 2014 dans des manifestations inspirés par le Printemps arabe mais la dissidence est rarement tolérée dans la monarchie conservatrice. Des militants de la minorité chiite risquaient même leur vie pour manifester contre la monarchie. Cette province abrite la plupart des musulmans chiites d'Arabie, moins de 15% de la population, qui souffrent de discrimination sectaire. Plus d’une vingtaine d’hommes avaient été tués et des centaines d’emprisonnés croupissent toujours dans les geôles saoudiennes.
Manifestation de chiites soaudiens

Ces chiites vivent au-dessus des champs de pétrole qui inondent le monde entier mais ils ne voient rien sinon la pauvreté, la faim et l’absence de liberté politique. La population a eu le courage d’organiser un soulèvement pour réclamer la libération de leurs prisonniers politiques mais la mort était au bout du chemin pour certains. Ces chiites sont alors soumis à une punition de masse qui n’est jamais très saine dans un pays féodal où le pouvoir judiciaire est soumis au pouvoir politique absolu. 
Waleed Abual-Khair

Les procès secrets se passent à huit clos et parfois quelques aveux obtenus sous la torture sont médiatisés pour faire bonne mesure ; mais la crédibilité du système judiciaire est en cause. La liberté d’opinion n’existe pas et pour preuve la mise en prison de l'avocat Waleed Abual-Khair, condamné le 6 juillet 2014 à quinze ans de prison par une cour criminelle spéciale et de la militante des droits des femmes Loujain al-Hathloul. Ils attendent en prison leur sort.
Loujain al-Hathloul

La justice facilite en fait le travail du roi Salman en accusant les prisonniers de terrorisme puisque, dans ce cas seulement, il signe automatiquement les condamnations à la peine capitale. Tout critique de cette mesure est alors considérée comme de la sympathie avec le terrorisme. Les Chiites saoudiens sont toujours accusés de loyauté envers l’Iran et restent donc toujours marginalisés et exclus.
Les Saoudiens se justifient auprès de leurs alliés en insistant sur la nécessité d’une poigne de fer pour mettre fin au terrorisme et surtout pour être l’avant-garde contre Daesh. Ils se sentent libres puisqu’ils ont reçu de Donald Trump la mission de contenir l’Iran. Donc l’exécution en masse de Chiites entre dans ce cadre là. Mais ce qui est aussi étonnant est le silence des Iraniens face aux meurtres de leurs coreligionnaires.  On se souvient que l’assassinat du cheikh Nimr Al-Nimr en 2016 avait entraîné une attaque contre l’ambassade saoudienne à Téhéran.
Nimr al-Nimr

Ces dernières exécutions, qui portent atteinte à la coexistence pacifique entre communautés, représentent un message à destination de l’Iran pour lui signifier d’éviter de provoquer un soulèvement chiite en Arabie. La peine de mort fait partie de la justice islamique et de la charia. Elle ne peut être abolie.  

Au nom de la religion, l’Arabie saoudite s’octroie ainsi le droit de prendre la vie de ses propres citoyens sans que quiconque en Occident ne lève le petit doigt pour mettre fin à la barbarie des décapitations. Mais pour cela il faut oser hausser le ton avec l’Arabie malgré ses pétrodollars. L’alliée, l’amie de l’Occident et même d’Israël, devrait revenir à des méthodes moins barbares. Le sabre ne devrait être réservé qu‘à la parade.


1 commentaire:

Ada GARBIERI a dit…

È terribile che non si senta volare una moscavsui giornali e sui media,mi vergogno di essere Europea!!!