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mardi 29 janvier 2019

L'Iran n'a plus les moyens de sa politique expansionniste



L’IRAN N’A PLUS LES MOYENS DE SA POLITIQUE EXPANSIONNISTE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

L'Iran du temps du Shah

Le préambule de la Constitution de la République iranienne précise que «la poursuite de la révolution s’exprime dans le pays et à l’étranger», à savoir que l’Iran se donne le droit d’intervenir dans les affaires intérieures d’autres pays. Et il ne s’en prive pas depuis de longues années au Moyen-Orient et dans la péninsule arabique. Cette action se justifie par un besoin de lutte «des opprimés pour la conquête de leurs droits contre les oppresseurs». C’est le propre même des révolutions qui se veulent universelles pour défendre les opprimés mais l’Iran y rajoute une composante idéologique.



Téhéran a su profiter de toutes les occasions offertes. En effet, les Etats-Unis ont favorisé involontairement l’envol des Mollahs qui n’avaient pas encore acquis leur diplôme révolutionnaire. Les interventions américaines en Afghanistan en 2001 et en Irak en 2003 ont neutralisé les Talibans d’une part et Saddam Hussein d’autre part, qui étaient décrits comme les ennemis de l’Iran. C’est en s’invitant dans ces conflits que l’Iran s’est arrogé le droit de s’infiltrer dans les pays voisins pour y insuffler son idéologie guerrière. 
Les Printemps arabes de 2011, et surtout leurs échecs, ont fourni aux Mollahs une occasion inespérée d’entrer dans des régions où ils n’étaient pas invités. La guerre civile en Syrie et les actions de Daesh en Irak ont finalisé la présence iranienne dans ces deux pays. Ensuite, les rivalités avec l’Arabie saoudite, les troubles au Bahreïn et la guerre au Yémen ont fait le reste pour imposer la présence iranienne dans le voisinage saoudien.

Cependant, la situation des populations chiites au Moyen-Orient, abandonnées à un sort incertain au milieu d’un monde sunnite hostile, ont facilité les objectifs stratégiques iraniens en s’aidant de leur idéologie anti américaine et anti israélienne. De partout, des milices chiites ont émergé en se recommandant de l’Iran à l’instar des milices en Irak, du djihad islamique palestinien ou du Hamas. Le Liban, par sa structure communautaire, est resté un pays à part car, bien avant la révolution, les mouvements chiites libanais avaient droit de cité et disposaient même de liens étroits avec Khomeiny qui avait profité de la faiblesse d’un État qui n’a jamais pu résister aux pressions extérieures.
Mais aujourd’hui, la situation économique de l’Iran compromet son ascension face aux concurrents turcs. En 1989, l’Iran et la Turquie étaient au même niveau économique mais le pouvoir d’achat iranien en 2018 atteint péniblement 75% de celui de la Turquie qui ne dispose pourtant d’aucune richesse en hydrocarbures. Les nouvelles sanctions américaines ont généré de fortes turbulences dans l’économie iranienne. Les Mollahs n’ont plus les moyens financiers de leur ambition et encore moins ceux de l’Arabie saoudite ce qui les contraints à puiser dans leurs réserves en se créant des difficultés internes.

Contrairement à la propagande, la puissance militaire de Téhéran est affaiblie et les généraux israéliens l’ont suffisamment martelé pour justifier l’incohérence d’une éventuelle action militaire contre l’Iran. Certes l’armée iranienne avec 350.000 soldats et 125.000 Gardiens de la révolution représente la plus forte force humaine militaire de la région mais son équipement militaire n’est plus à la hauteur de ses prétentions en raison de la faiblesse de ses investissements. Avec un budget militaire de 16 milliards de dollars en 2017 contre 76 milliards pour l’Arabie et environ 19 milliards pour Israël, selon des officines étrangères car Tsahal ne publie aucun chiffre pour des raisons sécuritaires.
L’Iran ne peut donc compter que sur sa production locale encore trop faible pour renouveler son matériel périmé. Les services de renseignements ont évalué la flotte militaire à une trentaine d’avions en bon état de marche, datant d’ailleurs de l’époque du Shah. En revanche, il peut compter sur son arsenal balistique avec une centaine de lanceurs de missiles à courte portée (moins de 500 kms) et une cinquantaine de lanceurs à portée de 2.000 kms.  
Aviation saoudienne

Cet attirail militaire n’a rien de comparable avec les matériels de haute technologie de l’Arabie et surtout d’Israël. Cela explique que l’Iran évite l’affrontement direct et sous-traite son action asymétrique à des milices et des mercenaires. D’ailleurs en Syrie, l'Iran est un tigre de papier qui se met sous la protection de l’aviation russe ou se planque à l’intérieur de bases syriennes.
La situation diplomatique a surtout évolué au profit d’Israël qui a été longtemps très isolé dans la région face à une monde arabe hostile. Il a su diversifier ses alliances en s’alliant à certains pays arabes alors que l’Iran est de plus en plus rejeté. Certes la Chine est un partenaire de premier plan parce que sa croissance dépend de ses besoins en hydrocarbures qu’elle monnaye en échange d’armement. Mais les Chinois sont prudents, suffisamment pour ne pas hypothéquer leurs relations avec les Américains. Par ailleurs, l’alliance fragile avec la Russie est de circonstance en raison des intérêts convergeant sur la Syrie. La Russie est suspecte en Iran et n’est pas en odeur de sainteté car c'est une puissance qui a montré dans le passé, et vient de le montrer en Ukraine, qu’elle n’hésite pas à s’approprier des terres, iraniennes en particulier. 
La Crimée annexée par la Russie

Le pays souffre sur le plan intérieur et l’impopularité explose. D’ailleurs 2018 a connu des mouvements populaires de contestation avec les slogans : «Ni Gaza ni Liban, je sacrifie ma vie pour l’Iran!», «Laisse tomber la Syrie, occupe-toi de nos problèmes !» ou «mort au Hezbollah !» La seule ouverture intéressée est avec l’Irak qui détient les clefs de la sécurité de l’Iran.  
Mais les Iraniens se plaignent que le Hezbollah, à l’instigation des Gardiens de la révolution, bénéficie des largesses du pays au détriment de la population. Les Mollahs dépensent beaucoup pour les activités sociales au Liban et pour la construction de logements et d’hôpitaux alors que l’Iran stagne. Le nationalisme s’effrite et cela décourage les nationaux à s’engager dans les troupes à l’étranger ce qui nécessite l’utilisation de mercenaires moins exigeants et plus idéologues. Les Iraniens estiment à présent qu’il faut d’abord s’occuper de leur pays avant de gaspiller leur argent au profit des étrangers.
Il en résulte que, si l’Iran peut se prévaloir d’un passé illustre et d’une démographie galopante, il suscite encore des réactions négatives des puissances régionales et internationales qui freinent ses ambitions. Il a perdu tous ses acquis du temps du Shah au point de le forcer à choisir la course en avant qui risque de le porter au bord du précipice, voir de s'y engouffrer pour le pire.

2 commentaires:

Shahpour a dit…

Remarque d'un Persan exilé à Paris
Qu'il me soit permis de mentionner un point significatif, généralement omis, ici comme ailleurs, à savoir que dans TOUTES les manifestations de ces 13 derniers mois dans des centaines de villes d'Iran, soulèvement sans précédent par son amplitude et sa perdurance malgré la férocité de la répression, le Peuple scandait systématiquement des slogans ROYALISTES (à la gloire de la dynastie Pahlavi), aspect curieusement occulté et parfois minoré sinon nié (malgré la surabondance des preuves vidéos postées d'Iran quotidiennement), par les pseudo-experts depuis un an dans les mass media d'Occident.
Shahpour
Islamica Respublica delenda est

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@Shahpour

Merci pour votre précision et votre témoignage. Nous essayons toujours de défendre la vérité qui est difficile à connaitre dans ce pays fermé. N'hésitez pas à nous informer. Vous êtes le bienvenu.