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samedi 12 janvier 2019

Une opportunité pour les partis arabes israéliens



UNE OPPORTUNITÉ POUR LES PARTIS ARABES ISRAÉLIENS

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
            
Zouabi et Zahalka

        L’approche des élections législatives anticipées donne l’occasion aux Arabes israéliens de recomposer leur paysage électoral. En l’espace de quelques jours, les éléments arabes les plus extrémistes et les plus intransigeants ont planifié de quitter la scène politique, de leur plein gré. Les députés Hanin Zouabi et Jamal Zahalka du parti Balad ont retiré leur candidature à la nouvelle Knesset tandis qu’Ahmed Tibi a décidé d’abandonner la liste arabe unie pour se présenter sur sa propre liste.


Ahmed Tibi

En 2013, Hanin Zouabi s’était portée candidate à la mairie de Nazareth, ville arabe la plus peuplée d'Israël, mais elle avait échoué après avoir obtenu 43,37% des voix. Elle avait participé en 2010 à la flottille pour Gaza, ce qui lui attira les critiques de la droite et de l'extrême-droite israélienne, voire des menaces de mort. Elle s’était distinguée à la tribune de l’Assemblée par de nombreuses prises de position incendiaires. 
Ainsi en 2014, elle avait déclaré à l’occasion de l’opération Bordure protectrice à Gaza : «Est-ce si étrange que des gens vivant sous occupation dans des situations impossibles et où Israël capture des centaines de prisonniers au quotidien... est-ce si étrange que cela qu'ils aient recours au kidnapping ? Ce ne sont pas des « terroristes ». Même si je ne suis pas d'accord avec eux, le fait est que se sont des gens qui ne voient pas d'autre moyen de changer leur réalité et qui se sentent contraints à de tels expédients». Cette déclaration eut lieu cinq jours après l'enlèvement et l’assassinat de trois jeunes Israéliens par des Palestiniens. Elle fut alors exclue pour six mois de la Knesset pour incitation à la violence.

Députés arabes en réunion

Jamal Zahalka, leader du parti Balad, a fait ses études de pharmacien à l'Université hébraïque de Jérusalem et fut élu pour la première fois à la Knesset en 2003. Il jouait le rôle de provocateur à l’Assemblée. Il avait en particulier suscité la colère en postant une carte d’Israël recouverte du drapeau palestinien. Il avait appelé à une grève générale arabe en réponse à la loi État-nation : «Notre message est un message de rejet et de lutte contre la loi de l'État-nation juif. Nous y renonçons et l'humiliation de la Palestine, la patrie du peuple palestinien. La grève est un message au monde entier. Le peuple palestinien est une nation, un peuple vivant qui protège son destin et cherche à remédier à l'injustice historique». Sa campagne nationaliste faisait tache pour un membre du parlement de l'État juif.


Ahmed Tibi préside une séance nocturne à la Knesset


Le député Ahmed Tibi, ancien conseiller de Yasser Arafat, a envoyé une lettre au comité législatif de la Knesset pour demander l’autorisation de retirer son parti Ta'al de la Liste arabe unie et d’approuver la scission. Il semble en désaccord avec les autres députés de sa liste. On ignore encore ses projets pour sa participation à la nouvelle Knesset sachant que sa nouvelle liste risque de ne pas atteindre, seule, les 3,25% de voix exigés pour entrer à l’Assemblée.
Ces trois députés, tous vétérans de la Knesset, ont intégré la détestation du Juif dans leur discours politique au point d’attirer la haine entre les deux communautés. Ils avaient soutenu en février 2018 les trois Arabes israéliens, sympathisants de Daesh, qui avaient planifié une attaque au mont du Temple. Les accusés, Mohammad Massoud Jabarin, 20 ans, Ammad Lutfi Jabarin, 20 ans et une autre mineure âgée de 17 ans, sont des résidents de la ville arabe israélienne Um al-Fahm. Par leurs prises de position, les députés voulaient prouver qu'Israël est un État raciste soutenant l'apartheid.
Dov Khenin

Dov Khenin, figure juive emblématique du parti communiste israélien, tire lui aussi sa révérence après avoir été élu sur la liste arabe unie qui se trouve ainsi décapitée. Tous les dinosaures du parti ont quitté la scène politique arabe.
            Il semble que ces députés aient compris qu’ils n’étaient plus suivis par la majorité arabe qui a décidé, depuis longtemps, de jouer la carte israélienne. Si les Arabes sont réticents vis-à-vis de la gouvernance israélienne, ils ne se voient pas passer sous juridiction palestinienne. D’ailleurs les sondages montrent que 64,5% des Arabes israéliens considèrent leur «situation bonne» comparativement à celle qui prévaut en Cisjordanie, voire dans les autres pays arabes.  
          Un signe ne trompe pas puisque de nombreux jeunes Arabes choisissent à présent de faire leur service militaire dans Tsahal alors qu'ils ne sont pas incorporables. C’est un échec pour Hanin Zouabi et Jamal Zahalka qui n’ont cessé de dissuader les jeunes de leur communauté de se compromettre avec «l’entité sioniste». Leur départ ne sera pas une grande perte pour les Arabes israéliens qui supportaient de moins en moins leur hostilité à l’égard de leurs compatriotes juifs.
Diplômés arabes en Israël

            La population arabe n’est pas dupe et sait qu’elle bénéficie de droits incomparables, certes dans un État juif et démocratique. On constate d’ailleurs de plus en plus l’abandon de la langue arabe dans leurs études et leur participation au système scolaire juif alors qu’ils disposent de leurs propres écoles. Ils ont compris que leur intégration passait par le système scolaire et universitaire israélien. Mais ils n’auront assimilé cette intégration que le jour où ils supprimeront leurs listes communautaires pour intégrer leurs propres candidats dans les partis nationaux israéliens. 
          D’ailleurs l'Arabe israélienne musulmane Dima Tayeh a décidé de se présenter  comme candidate aux primaires du Likoud aux élections d'avril 2019 mais cela a été mal accepté par sa famille qui l’a rejetée. Cela prouve qu’il existe encore un long chemin pavé d'obstacles avant d’arriver à ce que la majorité arabe participe aux élections dans des listes nationales des divers partis. 
Rashida Tlaib

Le départ des extrémistes arabes devrait favoriser cette mutation pour que la religion n’intervienne plus dans le débat politique. Le clivage ne doit se faire que sur les idées et les convictions politiques comme d’ailleurs dans les pays occidentaux. L’exemple de Rashida Tlaib, d’origine palestinienne, députée démocrate fraîchement élue au Congrès américain, est éloquent en la matière. Les Arabes israéliens devraient saisir la chance ultime qui leur est donnée de ne plus être une communauté à part, après la neutralisation de leurs extrémistes. Bien sûr il revient aux partis "sionistes" de leur proposer des places éligibles dans leurs listes.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

"D’ailleurs les sondages montrent que 64,5% des Arabes israéliens considèrent leur «situation bonne» comparativement à celle qui prévaut en Cisjordanie, voire dans les autres pays arabes."
J'en suis convaincu aussi. Mais je trouve que ce serait bien de donner les références de ces sondages qui permettraient de les servir ici en Europe et renforceraient nos arguments concernant le traitement des arabes en Israël. Marcello

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@Marcello

Vous trouverez plusieurs sondages dans "Israël democracy institute"

Elie BENICHOU a dit…

A chaque fois que je me rends en Israel, je suis à chaque fois frappé de decouvrir une classe moyenne arabe israelienne, de plus en plus visible, eduquée, travailleuse, occidentalisée et qui participe activement à faire « tourner » l’economie du pays. Quel chemin parcouru en 40 ans chez les arabes israeliens !! Sans eux Israel serait à l’arret. Il faut avoir l’honneteté de le reconnaitre. Il m’arrive frequemment de confondre arabes et juifs dans la rue, ou dans les boutiques tant les arabes se sont incroyablement « israelisés ». Des arabes israeliens sans doute trop contents de leur sort enviable (liberté religieuse, protection sociale, niveau de vie, éducation, soins...) fourni par Israël, surtout lorsqu’ils regardent le desastre qu’endurent les masses arabes dans les pays voisins. Mais chûut, personne n’en parle, c’est tellement tabou, en Egypte, Jordanie, Liban, etc... bien-entendu. Mais aussi en France ! On ne nous montrera jamais cela à la TV française !! C’est pas politiquement correcte (suivez mon regard...). En tout cas, cette integration arabe au coeur d’Israel est porteuse d’avenir et demontre qu’un chemin de paix est possible. A condition d’oublier la religion et le nationalisme (les deux vont helas souvent de paire) qui font des ravages.