ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

mardi 4 juillet 2017

Dahlan organise la scission du Hamas


DAHLAN ORGANISE LA SCISSION DU HAMAS

Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps

            
Sinwar, le chef du Hamas

          L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte et Bahreïn, qui ont rompu leurs liens avec le Qatar, somment la petite monarchie pétrolière de se conformer à une liste de 13 demandes, soumises par le Koweït, afin de mettre un terme à la crise politique qui secoue la péninsule arabique. Les quatre pays arabes exigent que le Qatar ferme la chaîne Al-Jazeera, rompe l’essentiel de ses liens économiques avec l’Iran et cesse de financer des organisations terroristes. Ils exigent par ailleurs que Doha mette un terme à la présence militaire turque sur son sol, cesse de s’ingérer dans leurs affaires internes, verse des compensations pour les effets de ses politiques et se soumette à un mécanisme de suivi pour les prochaines années.




            En fait, les quatre pays exigent que le Qatar cesse sa politique indépendante pour s’aligner avec ses voisins sur le plan «militaire, politique, social et économique». L’affaire est particulièrement délicate dans la mesure où les pays en cause sont des alliés des États-Unis qui sont installés dans l’importante base militaire américaine d’Al-Oudeid, occupée par des milliers de soldats. La menace est claire : «Il est plus sage que le Qatar prenne au sérieux les demandes et les préoccupations de ses voisins. Autrement, le divorce sera effectif. Doha n’a plus que deux choix, choisir son environnement, sa stabilité et sa prospérité, ou alors le mirage, le double langage et l’isolement». Le Qatar doit comprendre en fait que la solution à la crise ne passe pas par Téhéran, Beyrouth ou Ankara mais par le rétablissement de la confiance avec ses voisins.
            Le Qatar admet abriter des membres de certains groupes extrémistes, dont le Hamas, proche des Frères musulmans, en arguant que des relations avec eux peuvent faciliter la solution des conflits régionaux. Il est en plus accusé d’entretenir des liens étroits avec l’Iran chiite avec qui il exploite un gigantesque gisement gazier. Les quatre pays arabes exigent également que le Qatar cesse d’abriter des Gardiens de la révolution iranienne sur son sol ainsi que des soldats turcs.

            Cependant les observateurs constatent que le Hamas ne figure pas sur la liste saoudienne des exigences alors qu’il s’agit d’une émanation des Frères musulmans qui ont pour objectif l’anéantissement de l’État d’Israël. Il semble en fait qu’il y ait des gesticulations politiques palestiniennes en cours. Avant la présentation de la liste, Mohamed Dahlan, financé par les Émiratis et rival de Mahmoud Abbas, se trouvait au Caire pour rencontrer deux représentants de Gaza. Le journal du Hamas, Al-Resalah, a confirmé que la réunion s’était effectivement tenue sans mentionner la présence de Dahlan. L’homme fort du Fatah a rencontré effectivement Yahya Sinwar, nouveau chef élu du Hamas à Gaza.
Dahlan et Abbas

            Dahlan a cherché à convaincre le Hamas que s’il lui permettrait de revenir dans son fief, il obtiendrait de l’Égypte la fin du blocus. Il a proposé un plan où il assurerait la direction du gouvernement à Gaza, contrôlerait la frontière entre l’Égypte et Israël ainsi que les finances, tandis que le Hamas conserverait le ministère de l’Intérieur. L’offre semblait tentante pour que Sinwar l’ait scellée d’une poignée de mains. En échange, des camions de carburant financés par Dahlan, franchissaient le jour même le poste-frontière à Rafah pour remettre en marche l’usine d’électricité. Mais ces contacts et ce nouvel arrangement ont été faits dans le secret vis-à-vis du Hamas.
            Ce revirement de Sinwar ne laisse pas d’étonner alors qu’il est considéré comme un dur dans le mouvement islamiste. Le nouveau chef de l’exécutif Ismaël Haniyeh, qui a remplacé Khaled Mechaal, ne semble pas avoir été mis dans la confidence. Sinwar, en une seule réunion, a réussi à inverser la politique en vigueur depuis onze ans et même à modifier la charte du Hamas pour l’édulcorer. Il s’agit, de la part de Dahlan, d’une tentative de diviser le Hamas et d’expulser la Turquie et le Qatar de Gaza avec l’aide des Émirats arabes unis.
            Mahmoud Abbas et Mohamed Dahlan se livrent à une concurrence féroce pour s’assurer les bonnes grâces de Trump qui a demandé à Israël de faire pression sur l’Autorité palestinienne en réduisant la fourniture d’électricité de six à deux heures par jour. Le paradoxe est que Dahlan cherche à reprendre le pouvoir en s’alliant avec ses anciens ennemis à Gaza. Il veut exploiter la dernière réunion des 50 chefs d’État arabes et musulmans à Riyad qui ont mis le Hamas à l’écart en le taxant d’organisation terroriste.
Centrale électrique de Gaza

            Pour l’instant Abbas et Dahlan sont inféodés aux Saoudiens et aux Émiratis, qui tiennent à affaiblir l’influence du Qatar sur Gaza. Le Qatar est un gros donateur à hauteur de 1,3 milliard de dollars pour la reconstruction de Gaza où le taux de chômage est de 40%. Sinwar, qui a passé vingt ans dans les prisons israéliennes, a déjà fait un pas symbolique en modifiant la charte du Hamas qui reconnaît dorénavant les frontières d’Israël d’avant la guerre de 1967. C’est un premier pas puisque l’éradication de l’État juif n’est plus d’actualité.  
Samir al-Masharawi à droite

            Dix ans après la bataille pour Gaza entre le Hamas et le Fatah, les Palestiniens souffrent d’incertitude. Ils sont hantés par le spectre des gesticulations politiques du Caire et par l’accord entre Yahya Sinwar et Mohamed Dahlan. L'assistant principal de Dahlan, Samir al-Masharawi, justifie ces contacts par la nécessité «d’atténuer les souffrances des personnes à Gaza et de résister à l'état d'humiliation et d'impuissance sous le régime d’Abbas». Pour lui, il s’agit de «compréhensions qui jettent les bases d’une vision nationale, à savoir la création d'un État palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem comme capitale». Côté israélien, il semble que le ministre de la défense, Avigdor Lieberman, soit insatisfait du flirt entre Dahlan et le Hamas et ne pense pas que les accords de Dahlan-Hamas se concrétiseront. Pourtant il avait rencontré à Paris le leader sécuritaire du Fatah.
Al-Nahyan avec le Secrétaire d'Etat à ladéfense James Mattis à Abu Dhabi en février 2017


            De nombreuses questions restent cependant ouvertes. Dahlan, conseiller à la sécurité pour le prince héritier des Émirats, Shaykh Mohammed bin Zayed Al-Nahyan, est chargé d’une mission par l’alliance nouvellement formée pour neutraliser politiquement les Hamas ; peut-il parvenir à un accord entre les factions rivales ? On ignore si Israël est impliqué dans un tel arrangement. Enfin, la position du président Al-Sissi sur cette affaire potentielle n’est pas connue sachant que le Hamas peut jouer un rôle crucial en Égypte pour arrêter les activités des Frères musulmans qui menacent les intérêts sécuritaires de l’Égypte dans le Sinaï.

1 commentaire:

Francois Guthmann a dit…

Charte du Hamas modifiée ? Vraiment ? Qui reconnaîtrait Israël dans des frontières de 67 ? Ou plutôt plan marketing voire Takiya de la part de l'organisation islamique ? https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Charte_du_Hamas