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samedi 28 décembre 2013

HOLLANDE CHASSE SUR LES TERRES AMÉRICAINES D’ARABIE



HOLLANDE CHASSE SUR LES TERRES AMÉRICAINES D’ARABIE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


François Hollande veut prouver qu’il réussit mieux à l’étranger qu'en politique intérieure. Il a décidé de chasser sur les terres américaines en se rendant les 29 et 30 décembre 2013 en Arabie Saoudite, accompagné du PDG de Thales Jean-Bernard Lévy, pour négocier de gros contrats de matériels de défense pour un montant de 4 milliards d’euros pour le Mark-3 et 20 milliards pour le Sawari-3.




Enjeu politique
Système Crotale de Thales




Mais il n’y a pas qu’un seul enjeu économique dans cette visite. Le président va chercher à agréger autour de lui le mécontentement arabe après la prise de position américaine sur le nucléaire iranien. L’inquiétude en Arabie est telle que le royaume cherche à présent à renouveler sa défense aérienne avec Mark-3 et à moderniser sa flotte marine et sous-marine avec le contrat Sawari-3 qui porte sur la vente de six frégates Fremm et la création d’une force sous-marine. Le contrat Lex d’un milliard d’euros a déjà été signé pour la rénovation de quatre frégates et de deux pétroliers ravitailleurs de la marine saoudienne.
Frégate saoudienne

Bas du formulaire

Le président français estime que : «L'Arabie saoudite est un partenaire de confiance et de référence pour la France au Moyen-Orient et il s'agit de conforter cette relation excellente». François Hollande  veut exploiter les craintes du royaume pour se rapprocher de l’Arabie qui est pourtant un allié historique des États-Unis. En février 1945, un pacte politique et militaire avait été signé par Roosevelt et le roi Ibn-Saoud et il a toujours été respecté. C’est dire la vigueur des relations entre les deux pays.

Cependant les relations ne sont plus ce qu’elles étaient depuis le revirement de Barack Obama vis-à-vis de l’Iran. L’Arabie avait d’abord marqué sa mauvaise humeur en refusant le siège de membre non-permanent au Conseil de sécurité des Nations unies alors que les Américains avaient mobilisé leurs alliés à l’ONU pour faire élire le Royaume. Mais l’Arabie conteste le refus des Américains de frapper militairement le régime de Bachar Al-Assad et leur décision de renouer des liens avec l’Iran. Elle est en effet le principal soutien du CNS (coalition nationale syrienne) qui, avec les djihadistes, tentent de faire tomber le régime syrien. D’ailleurs le royaume a permis l’élection de son président Ahmad Jarba contre le candidat du Qatar. 
Ahmad Jarba



Stratégie politique



D’autre part, le royaume reproche aux Américains de ne pas s’être engagés, après la chute de Morsi, auprès des nouvelles autorités militaires d’Égypte, dirigées par le général Al-Sissi, ce qui a contraint les Saoudiens à compenser l’absence d’aide économique américaine. Les Wahhabites d’Arabie ne peuvent pas accepter une réconciliation avec leur ennemi historique chiite. Ils craignent que le renouveau des liens avec l’Iran favorise un soulèvement des populations chiites d’Arabie qui peuplent en majorité les régions pétrolifères. Dans ce domaine, ils se sont retrouvés en pleine concordance avec la stratégie d’Israël qui trouve un moyen de briser ainsi son isolement diplomatique et de se rapprocher d'un autre pays arabe.

François Hollande s’était installé, depuis son élection, dans la posture du meilleur allié de l’Arabie et avait déclaré «partager la frustration» saoudienne. Mais la France ne vise pas uniquement un accord politique mais plutôt économique. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a déjà effectué trois visites officielles durant l’année et avait invité les forces spéciales du royaume à s’entrainer en Corse avec l’armée française. En tant que breton il avait par ailleurs favorisé la reprise du producteur de poulets Doux, installé dans sa région, par le groupe saoudien Almunajem.
Poulets doux vendus en Arabie

Le ministre le Drian a préparé le déplacement du président à l’occasion de trois visites durant lesquelles il avait été reçu en audience par le Roi Abdallah bin Abdelaziz Al Saoud. Les entretiens du président Hollande porteront sur le partenariat politique et stratégique qui lie les deux pays : «Ils doivent permettre de conforter notre convergence de vues sur les grandes crises régionales, au premier rang desquelles figurent la crise nucléaire iranienne et la crise syrienne. L'Arabie saoudite, partenaire historique de la France en matière de défense, entretient avec notre pays un dialogue militaire et de sécurité confiant, qui se traduit par une étroite coopération de défense dense et un partenariat approfondi dans le domaine des équipements, au profit de la sécurité du Royaume et de l'ensemble de la région».



Menace djihadiste



Israël est bien sûr intéressé par le renforcement militaire de l’Arabie car les six frégates Fremm et les sous-marins, faisant l’objet de contrats, pourront aider à la sécurisation de la région en patrouillant dans les eaux de la Mer rouge. Le réchauffement des relations entre la France et Ryad, qui avaient connu une froideur durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, entre aussi dans la stratégie anti iranienne de l’État juif. Mais Israël doit trouver un moyen de surmonter le paradoxe de la position saoudienne dans la région qui, tout en se rapprochant des thèses israéliennes, finance et arme les groupes djihadistes régionaux.
Djihadistes syriens

La menace djihadiste était relativement nouvelle et les services de renseignements israéliens avaient du mal à traiter ce problème car ces organisations fonctionnent en groupements autonomes, dans des camps dispersés, avec une difficulté de fixer précisément leurs zones d’activité. C’est une menace nouvelle depuis l’avènement des révolutions arabes qui s’inscrit dorénavant dans la stratégie d’Israël. D’ailleurs le Cabinet de sécurité est conscient de la donne nouvelle et, récemment encore, il s’est penché sur les mesures qu’il doit prendre alors que jusqu’à présent il s’était contenté d’observer les bouleversements dans le monde arabe. Une collaboration tri partite avec la France et l’Arabie pourrait être la nouvelle stratégie à l’aube de 2014.

Israël approuve François Hollande de jouer la carte saoudienne car les dossiers traités : le Liban, la Syrie et l’Iran concernent aussi l’Etat juif. De source élyséenne on affirme que les discussions entre le président Hollande et le roi Abdallah seront axées sur la protection de la stabilité du Liban et sur la préservation de ses institutions constitutionnelles. Sur le plan libanais, il y a une convergence de vue franco-saoudienne concernant la situation tendue au Liban : «Nous ne voyons pas comment l’Arabie saoudite pourrait mettre la pression sur les dirigeants libanais pour faciliter la formation du gouvernement. Il faudra plutôt mettre la pression avant tout sur le Hezbollah».

Israël a apprécié que les Français aient quitté leur position neutre pour s’engager dans la bataille contre le Hezbollah et la Syrie. L’offensive menée tout azimut par l’Arabie saoudite pourrait permettre à la France de reprendre pied dans la région après en avoir été écartée par les Américains. Avec l’aide du royaume, François Hollande pourrait intervenir dans des dossiers sensibles, et même les contrôler grâce au pouvoir financier de l’Arabie.
 

  

1 commentaire:

Jean CORCOS a dit…

Merci Jacques, un article richement documenté ...

je reviendrai sur les relations Israël-Arabie Saoudite avec un prochain invité, toujours à la lumière inquiétante du rapprochement Iran-USA.

Ceci étant, certains analystes doutent vraiment que cette Monarchie devienne "amie", voir ici :

http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4462826,00.html