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jeudi 12 avril 2012

ISRAËL FACE A LA PRESIDENTIELLE FRANÇAISE


ISRAËL FACE A LA PRESIDENTIELLE FRANÇAISE

Par Jacques BENILLOUCHE

Sarkozy et Hollande au dîner du CRIF

Il est une constante chez les juifs qui consiste à mesurer, à chaque élection ayant lieu dans un pays étranger, le degré d’incidence du scrutin sur les relations avec Israël. Cette année, deux élections présidentielles, américaines et françaises, risquent de modifier la donne politique et à nouveau, les paris sont lancés sur l’influence des résultats sur la politique israélienne.


Nombrilisme juif


Giscard et Mitterrand

Le nombrilisme juif tend à ne pas admettre que les électeurs votent en fonction de l’intérêt de leur pays et non pas de l’intérêt d’un pays étranger, fut-il juif. Certes les juifs français peuvent marquer leur mauvaise humeur contre un candidat ou un président sortant si des décisions concernant Israël leur paraissent relever de l'arbitraire politique.
Valéry Giscard d’Estaing en avait fait l’expérience parce qu’il avait autorisé la première rencontre entre le ministre des affaires étrangères Jean Sauvagnargues et Yasser Arafat, l’ouverture d’un bureau de l’OLP à Paris et parce qu’il avait voté, en 1976 à l’ONU, la résolution du Conseil de Sécurité demandant la création d’un État palestinien. Cependant, aux élections de 1981, l’écart qui le séparait de François Mitterrand, plus d’un million de voix, n’était pas justifié par le vote juif qui ne dépasse pas quelques centaines de milliers de voix. Et pourtant le candidat lui-même avait la conviction que sa défaite devait être imputée aux électeurs juifs.
Des leaders juifs, d'horizons divers, avaient officiellement pris position dans cette élection. Jacques Attali, Henri Hadjenberg et Robert Batinder avaient signé un manifeste appelant à voter pour le candidat socialiste. Les juifs avaient appelé la défaite de Giscard d'Estaing parce que François Mitterrand avait été ministre de la IVème République à l’époque de l’idylle franco-israélienne. Ils se sont alors mis à rêver à des relations étroites avec Israël puisqu'il avait effectivement déclaré en 1972 : «Si nous venons au gouvernement, vous pouvez être sûrs que nous serons des amis fidèles d'Israël.» Sa promesse ne consistera en fait qu’à être le premier président français à effectuer une visite officielle en Israël mais le désenchantement viendra immédiatement après.

Quai d’Orsay pro-palestinien

En effet, François Mitterrand, président de la cinquième puissance mondiale, recherchait avant tout les intérêts de son pays avant celui du petit Etat du Proche-Orient. Il permettra en 1983 aux combattants de l’OLP, encerclés par Israël, de quitter sains et saufs le Liban. Il décidera d’élever, en 1989, le bureau parisien de l’OLP au rang d'ambassade déguisée, la délégation générale de la Palestine, et pour concrétiser cet acte, il recevra Yasser Arafat pour la première fois à l'Élysée. Les intérêts de la France se trouvaient liés à ceux des pays arabes. Claude Cheysson, ministre français des affaires étrangères, ne cacha pas son hostilité vis-à-vis d’Israël et son amitié profonde pour les délégués OLP auxquels il déclara : «Ma condamnation du sionisme est catégorique ; l’État d’Israël s’est créé contre la volonté du reste du monde». Son successeur Roland Dumas s’inscrivit dans la même lignée en 1984 en justifiant ouvertement le terrorisme : «la piraterie aérienne était le seul moyen qu’avait la résistance palestinienne de briser l’indifférence internationale».
Arafat, Chirac et Leila Chahid
Jacques Chirac, élu en 1995, avait tissé d’excellentes relations avec les rabbins et les juifs de France mais il était totalement réservé à l’égard d’Israël. Seuls les problèmes intérieurs l’intéressaient et il fit preuve d’une certaine ignorance de la politique du Proche-Orient. Il fit siennes les idées de ses prédécesseurs gaullistes qui estimaient que, sur le conflit israélo-arabe, il n’y avait aucun sentiment à éprouver. L’opportunisme était de rigueur. C’est pourquoi, à la conférence américaine tenue à Paris en 2000, il accueillit Yasser Arafat en grandes pompes et réserva un accueil froid, sinon hostile, à Ehoud Barak.
Cependant il comprit progressivement que le déséquilibre de sa politique affaiblissait son influence et lui enlevait toute possibilité d’intervenir dans le dialogue israélo-arabe. Il décida alors, dès 2002, d’améliorer les relations bilatérales tendues en mandatant en Israël son ministre Dominique de Villepin afin de proposer la création d’un haut comité qui eut des conséquences positives sur les plans scientifique, économique, commercial et culturel. L’assassinat de Rafik Hariri, grand ami et financier de Chirac, et le plan de désengagement d’Ariel Sharon à Gaza contribuèrent au réchauffement des relations bilatérales. Mais la France resta fidèle à ses amitiés arabes à la grande déception des juifs de France.
Chirac Sarkozy : même combat

La déception, face à la politique de François Mitterrand et de Jacques Chirac, fut telle que Nicolas Sarkozy obtiendra en 2007 un score étonnant de 84% parmi les français d’Israël, dans une sorte de retour de balancier. Il avait été aidé en cela par un certain nombre d’associations juives, l'UPJF en particulier, qui affichèrent ouvertement durant la campagne un soutien sans faille à un candidat qui leur avait fait des promesses. 
Moubarak et Assad au défilé du 14 juillet 2008
Mais les juifs continuèrent à croire au poids de leur influence, en fait négligeable puisque la France décida de choisir ses alliés en fonction de ses intérêts économiques. Nicolas Sarkozy reçu royalement à l’Élysée le colonel libyen Kadhafi tandis qu’il invitait à ses côtés, au défilé du 14 juillet 2008, le président syrien Bassar Al-Assad parce qu'il avait pour objectif de mettre en œuvre l’Union pour la Méditerranée qui n’eut qu’une existence éphémère. Israël, qui n’entrait pas dans la stratégie de la France au Proche-Orient, se trouva marginalisé. D'ailleurs, la France ne suivra pas les États-Unis en 2011 puisqu'elle vota l’entrée de la Palestine à l’Unesco. Ce fut la goutte qui éloigna les juifs de France du candidat Sarkozy.

Bonnet blanc, blanc bonnet

François Hollande avec l'ambassadeur Yossi Gal

Les accointances du parti socialiste avec certains milieux pro-palestiniens, l’absence de référence au conflit israélo-palestinien et l’inexistence d’une position claire dans le projet de François Hollande poussent les défenseurs d’Israël à ne rien attendre de lui, non plus. D’ailleurs les affaires étrangères sont très étrangères dans cette campagne électorale où l'on ne parle que de problèmes franco-français.
La communauté juive française s’est faite à l’idée qu’elle ne pèse pas lourd dans l’échiquier politique à l'inverse de la communauté américaine avec ses six millions de juifs qui font et défont les présidents américains. Les israéliens n’attendent rien d’une éventuelle alternance car ils estiment que la France n’a pas la puissance économique qui peut lui permettre d’avoir une politique étrangère indépendante. Tant qu’elle aura les yeux fixés sur l’horizon de la balance commerciale, elle sera dépendante des intérêts financiers arabes qui l’aideront à surmonter la crise. 
Israël préfère alors rêver à une bonne surprise plutôt qu’anticiper, comme lors des élections précédentes, une nouvelle idylle franco-israélienne. Il est persuadé que rien ne changera dans la politique française et les quelques tentatives pour remettre le sujet sur la table relèvent de la joute habituelle des campagnes électorales. Mais les choix politiques français ne pourraient pas être pires puisqu'en matière diplomatique l'aspect anti-israélien a atteint des sommets. Les présidents français n'ont jamais eu de politique cohérente au Proche-Orient mais plutôt une stratégie à court terme, liée à des intérêts de clan.


  

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