Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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mercredi 22 janvier 2020

Esmail Ghaani, le fantôme de Soleimani


ESMAIL GHAANI, LE FANTÔME DE SOLEIMANI

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            

         Le guide suprême iranien a décidé dans l’urgence, en quelques heures, de remplacer Soleimani en nommant son adjoint Esmail Ghaani comme nouveau chef de la force al-Qods des Gardiens de la Révolution : «Après le martyr du glorieux général Qassem Soleimani, je nomme le brigadier général Esmail Ghaani commandant de la force Al-Qods».





            D’une prétention sans égale et surtout vantard, Ghaani avait déclaré que les États-Unis et Israël sont trop faibles pour rivaliser avec la puissance militaire iranienne qui soutient les Palestiniens. En 2012, il avait été ajouté sur la liste des personnes faisant l'objet d'un gel de leurs actifs et d'une interdiction de transactions avec des entités américaines par le Trésor américain.
            Le choix rapide d'Esmail Ghaani visait à assurer une transition en douceur et rapide à un moment où les tensions étaient accrues entre Washington et Téhéran. En Occident, on craignait le pire après l’assassinat de Soleimani mais les craintes d'un conflit généralisé se sont apaisées lorsque les représailles iraniennes visant les troupes américaines en Irak n'ont pas fait de tués.
            Soleimani avait créé un réseau de mandataire au Moyen-Orient pour renforcer l'influence iranienne. En Syrie, la Force Qods a joué un rôle clé dans le renforcement du soutien au président syrien et a également armé et formé des milices qui ont aidé à vaincre Daesh en Syrie et en Irak. Khamenei a déclaré que Ghaani était «parmi les commandants les plus éminents du CGRI pendant la guerre de 1980-1988 entre l'Iran et l'Irak et le soldat vétéran suivra une stratégie identique à celle poursuivie par Soleimani».
Photo historique des jeunes Soleimani et Ghaani pendant la guerre

            Né le 8 août 1957 dans la ville de Mashhad, dans le nord-est de l'Iran, Ghaani avait rejoint très jeune le CGRI (Corps des Gardiens de la Révolution islamique) en 1980, quelques mois avant que les forces irakiennes envahissent l'ouest de l'Iran en déclenchant une sanglante guerre de huit ans qui a fait un million de victimes. En mars 1982, sur les lignes de front de la guerre, il s’était lié d'amitié avec Soleimani : «Nous sommes des camarades de guerre et c'est la guerre qui nous a fait des amis. Ceux qui deviennent amis dans les moments difficiles ont des relations plus profondes et plus durables que ceux qui deviennent amis simplement parce qu'ils sont des amis du quartier».
            Il avait été nommé adjoint de l'unité en 1997, la même année où Soleimani avait reçu le commandement par Rahim Safavi qui était à la tête du corps des Gardiens. Durant les huit années de la guerre Iran-Irak entre 1980 et 1988, Esmail Ghaani a commandé les divisions des Gardiens Nasr-5 et Imam Reza-21. En prenant le commandement de la division Nasr-5, il avait fait preuve de toutes ses capacités de chef. Toujours attaché aux principes de la révolution islamique, il n'avait ménagé aucun effort pour concrétiser l'aspiration à la révolution. Commandant dévoué, il avait joué un rôle important dans de nombreuses opérations militaires victorieuses pour l'Iran.

            Il formait avec Soleimani un duo efficace par une division claire du travail et le maintien de sphères d'influence géographiquement distinctes. Ensemble, ils ont joué un rôle stratégique dans l'expansion de l'influence de l'Iran dans les pays voisins. En effet, alors que Soleimani était une icône nationale et le chef charismatique mobilisant les masses pour une cause sacrée, Ghaani était chargé dans l’ombre de l’organisation et de l’administration de la force Qods. Ainsi, Soleimani passait le plus clair de son temps à l’étranger et à l’ouest de l’Iran mais Ghaani le passait à l'est de l'Iran. Les taches avaient été bien réparties. À Soleimani le Liban, la Syrie et l’Irak, à Ghaani le Pakistan et les pays d’Asie centrale. L’homme de l’ombre faisait de rares apparitions publiques et préférait l’écriture et les menaces imagées dans un article de 2017 : «Nous avons enterré beaucoup de gens, comme Trump et nous savons comment lutter contre l'Amérique».
Les alliés de l'Iran

            Les Iraniens ne prévoient pas de grands changements sinon que les méthodes seront appliquées avec plus de vigueur sinon plus de cruauté. En revanche, Ghaani pourrait décider d’étendre ses activités au-delà des zones actuelles, en Asie ou en Afrique en particulier. Ghaani se targue d’avoir de bonnes relations avec des groupes musulmans africains qui partagent ses idées. C’est pourquoi les États-Unis l’ont sanctionné pour ses aides financières à l’Afrique et aux groupes terroristes. Il dispose par ailleurs d’une grande expérience en Afghanistan qui le pousserait à intensifier ses opérations dans ce pays.
            Cependant il se distingue de Soleimani par son refus d’être à la lumière des médias, pour l'instant. Il préfère l’ombre aux projecteurs, a fortiori après l’assassinat de Soleimani qui va le pousser à plus de prudence. Il sait qu’il est devenu une cible potentielle ce qui le contraint à devenir un commandant fantôme. Mais il ne peut pas vivre en permanence dans un bunker comme Hassan Nasrallah qui voit rarement la lumière du jour. 
         Tant qu'il maintiendra ses menaces : «Les États-Unis ont frappé Soleimani de manière lâche, mais avec la grâce de Dieu et grâce aux efforts des demandeurs de liberté du monde entier qui veulent se venger de son sang, nous frapperons son ennemi de manière virile», ses ennemis trouveront certainement une fenêtre de tir car son efficacité dépend essentiellement de sa présence sur le terrain et sur les champs de bataille. Un accident est si vite arrivé.

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Comment juger de cet article, qui loin d'analyser la politique déroutante de Donald Trump dans la région, se borne à ce souhait pathétique de voir Ghaani finir comme son prédécesseur Soleimani ?
Car bien des questions mériteraient d'être posées. Ainsi, entre autres, si on admet que Trump a donné le bon signal à son électorat et à Israël en supprimant
Soleimani, pourquoi n'a-t-il pas réagi lors de la destruction du Boeing ukrainien ?
Quand Ghaani a solennellement promis un soutien illimité aux groupes palestiniens, à Téhéran, menaçant de ce fait directement Israël, pourquoi n'avoir pas réagi ?
Après les frappes de Téhéran sur les bases américaines d'Aïn al-Assad et d'Erbil, pourquoi Trump s'est-il abstenu de riposter alors qu'il avait promis de détruire 52 cibles historiques iraniennes ?
Quant aux chancelleries de Londres, Paris et Berlin qui tentent de se tenir à distance entre Trump et Téhéran il n'est pas trop difficile d'en imaginer les raisons. Le risque est économique : on ne s'oppose pas frontalement à Washington sans dommage. Mais le risque d'être victimes d'attentats terroristes au cas d'un déferlement de réfugiés dû à un chaos généralisé, est tout aussi grand.

Très cordialement.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Chère Madame,

"se borne à ce souhait pathétique de voir Ghaani finir comme son prédécesseur Soleimani ?"

Oui effectivement ! Dans tout pays démocratique on ne peut avoir de sympathie pour une organisation ou un dirigeant qui prône à longueur de journée de vous éradiquer. Donc le but est de le prendre de vitesse pour continuer à exister.