Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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mardi 17 décembre 2019

Algérie : Tebboune la marionnette de Gaïd Salah



ALGÉRIE : TEBBOUNE LA MARIONNETTE DE GAÏD SALAH

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            
Tebboune

            Le nouveau président algérien, Abdelmadjid Tebboune, 74 ans, ne représente certainement pas la nouvelle vague algérienne mais il doit son élection à sa proximité avec le général Ahmed Gaïd Salah et précédemment avec Abdelaziz Bouteflika. Il a été élu avec un taux de participation de 39,83% de votants,  insuffisant pour lui donner une véritable légitimité.  Il a été mis en avant par l’homme fort du pays, le chef d’État-major de l’armée nationale populaire qui détient en fait le pouvoir et qui gère le pays d’une main de fer, maniant alternativement la carotte et le bâton.  Face à une armée qui est la colonne vertébrale du régime, il est certain que les Algériens n’ont aucun espoir de connaitre la vraie démocratie ni même un semblant de liberté.


Gaïd Salah

            Ce général bedonnant a poussé Bouteflika à la porte et a téléguidé les poursuites contre son frère Saïd et son clan, après avoir neutralisé tous ses concurrents militaires comme l’ex-général Mediène, alias «Toufik», qui a dirigé pendant 20 ans le DRS, les services de renseignement. Par un grand hasard, des enquêtes judiciaires ont été lancées contre les hommes de l’ancien clan.
            Gaïd Salah, né en 1940 à Batna, est un véritable nationaliste et l'un des vétérans de l’ALN (armée de libération nationale) puisqu’à 17 ans il a suivi Houari Boumediene, posté à la frontière tunisienne, pour ne rentrer au pays qu’au lendemain de l’indépendance. Il s’est distingué en participant avec son unité à la Guerre de Six-jours en 1967. Son bataillon n’a pas brillé mais cela lui valut d’être envoyé à l’académie militaire soviétique de Vystrel. A son retour il prit le commandement de la 3ème région militaire, frontalière avec le Maroc et le Sahara-Occidental. Mais manquant d’expérience sur le terrain, son unité de 109 soldats a été décimée à Amgala en janvier 1976 par l’armée marocaine.

Toufik
            Il perdit alors son commandement au profit de Liamine Zeroual, qui deviendra président de 1994 à 1999, et sera oublié pendant de longues années à l’école de formation des officiers de réserve de Blida. Si cette défaite a freiné sa promotion militaire, il réussira cependant à se constituer un réseau qui lui sera utile. Liamine Zeroual et Toufik firent à nouveau appel à lui pour le sortir de l’ombre et le placer dans les hautes sphères de la hiérarchie mais ce n’est pas pour autant qu’il gardera une certaine reconnaissance à leur égard. Il devint l’adjoint de Liamine Zeroual à la cinquième région militaire du Constantinois avec à la clef l’accession en 1990 au grade de général et en 1994 au commandement des forces terrestres.

            Il n’a eu aucun haut fait d’arme reconnu et est resté très discret durant la «décennie noire 1990» qui avait fait 150.000 morts. On l’avait chargé d’un rôle logistique avec la gestion des carrières des militaires, un poste fondamental pour promouvoir aux postes-clefs ses nouveaux amis et se créer un réseau d’officiers à son service.
            En 2004, le chef d’Etat-major Mohamed Laamari, qui avait mesuré sa grande influence au sein de l’armée, avait ordonné sa mise à la retraite. Informé à temps, Gaïd Salah avait alors signé un pacte de soutien au président Bouteflika pour pouvoir rester dans l’armée jusqu’à en prendre son commandement en 2004. La rancune aidant, il avait remplacé Laamari en prétextant qu'il avait marqué une nette opposition au président Bouteflika. Il procédera à une purge massive de l’armée avec l’approbation du président qui se méfiait d’ailleurs des généraux. Tous les hauts commandants avaient mis à la retraite ou déplacés. 
         Sans aune pitié pour celui qui l’avait aidé à sortir du placard, il obtint le renvoi de Toufik et de tous ses proches. Le DRS est méthodiquement démantelé et son chef mis à la retraite en 2015. Il devint réellement l’homme fort de l’armée depuis l’accident cérébral de Bouteflika en 2013. Gaïd Salah a suppléé à l’absence physique du président en le remplaçant à l’étranger, dans les pays arabes, se donnant ainsi une image internationale. Cette omniprésence a d’ailleurs poussé Saïd Bouteflika à réclamer auprès de son frère son limogeage ; en vain, car le président était respectueux de son pacte passé en 2004.
Mohamed Laamari

            La dernière purge de l’armée aura lieu après la saisie le 29 mai 2018 de 701 kilos de cocaïne au large d’Oran ce qui donna l’occasion à Gaïd Salah de jeter en prison cinq généraux importants pour «manque de vigilance face aux réseaux de trafic de drogue, et pour enrichissement illicite». Gaïd Salah plaça alors tous ses amis à la tête des régions militaires, la plupart des jeunes cadets de la révolution de novembre 1954 dont il avait assuré la gestion et la formation.   
            Gaïd Salah avait donné l’impression qu’il se rangeait aux côtés des manifestants mais c’était pour mieux les contrôler. Il poussa son ami, un ex-fidèle de Bouteflika, Abdelmadjid Tebboune, à se présenter et à gagner l’élection présidentielle. Mais à peine élu, le nouveau président s’est trouvé contesté par une marée humaine de jeunes au centre d’Alger qui ne voyait pas en lui le symbole du renouveau. Cet apparatchik et serviteur zélé pouvait difficilement avoir les faveurs du «Hirak», puissant mouvement de contestation populaire du régime, qui exige la fin du système et le départ de tous les anciens soutiens ou collaborateurs des vingt ans de présidence Bouteflika.
manifestations en Algérie

            Fonctionnaire discipliné, Tebboune a fait sa carrière de préfet dans les années 1980 pour devenir pendant une année, en 1991, ministre délégué aux Collectivités locales sous la présidence du colonel Chadli Bendjedid. Le président Bouteflika le sortit de sa traversée du désert en le nommant en 1999 au poste de ministre de la communication jusqu’en 2002, date à laquelle il sortit à nouveau des écrans radars politiques. Il a disparu de la scène politique sans jamais se présenter à une quelconque élection. Il revint au gouvernement en 2012 et sera le plus bref premier ministre en mai 2017 pour être limogé trois mois plus tard. On l’avait alors soupçonné de corruption dans l’attribution de grands marchés publics. 
            On ne lui connait aucun charisme, sinon d’être le protégé de Gaïd Salah. On ne pense pas qu’il soit la personne adéquate pour rénover un modèle économique en faillite et surtout pour éradiquer la corruption dans son pays. Un grand pays, doté de richesses naturelles et d'une jeune population dynamique, ne parvient pas à sortir du sous-développement. C'est triste de constater ce que les nationalistes algériens ont fait de cet ancien département français. Il n'est pas certain que Tebboune arrivera à s'imposer au sein d'une population lassée de ses dirigeants incompétents et corrompus. De toute façon, il a été promu par Gaïd Salah qui avait besoin d’une personnalité effacée pour en faire sa marionnette. 

Lire les articles sur l'Algérie

https://benillouche.blogspot.com/2016/08/lalgerie-lennemie-discrete-disrael.html

https://benillouche.blogspot.com/2019/04/une-derniere-chance-pour-lalgerie.html

https://benillouche.blogspot.com/2019/03/printemps-arabe-tardif-en-algerie.html?fbclid=IwAR3H8ccz-_Vmt8cckY4PKR0uFyh6AXf6mYqYDfSaM1aKQSn--YI0NjcggGU

http://dia-algerie.com/larsenal-militaire-algerien-peur-a-israel/





4 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Ne manquerait-il pas un paragraphe à cet article ? Celui qui consacrerait la véritable naissance du peuple algérien qui, dès l'indépendance acquise, fut dépossédé de ses droits démocratiques.
Les Algériens sauront-ils enfin imposer à leurs gouvernants l'instauration d'une vraie démocratie moderne, c'est toute la question ?

https://www.algeriepatriotique.com/2019/02/23/resurgence-du-peuple-algerien-des-geoles-de-lhistoire/

HAalg a dit…

Succulent article sur mon pays, l’Algérie et notamment sur l’événement, de ce jeudi 12 décembre 2019, qualifié par les occupants au pouvoir, indument de « ELECTIONS ».. Que voulez-vous.. ??? l’on a appris à discerner des élections au sens vrai du terme, celles que l’on trouve dans les pays démocratiques, de celles de la tromperie, mascarade… qui a eu lieu ce jour donc et contre laquelle, les populations algériennes ont répliqué par une grande et large abstention.. Les vrais chiffres de la participation ne dépassent pas 8,93 % au niveau national avec principalement des 5% au Nord, quelques 10% à peine plus au Sud et surtout 0,02% et 0,12 % dans deux wilaya de Kabylie .. et ce contrairement aux chiffres avancés, de 41% avancés, au national, par le pouvoir.
Ce pouvoir est le champion de la fraude ; certes dans ces pays du tiers monde, où la démocratie et les libertés sont absentes.. il n’est pas le seul… Mais l’on ne peut qualifier d’élections ces supercheries électorales.. sinon l’on est appeler à dire que le sinistre mouvement terroriste Hamas serait sorti d’élections à Gaza ???

HAalg a dit…

suite 1
La grogne des populations en Algérie s’est cristallisée depuis ce 22 février 2019 à ce jour.. et ce sont des millions d’Algériennes/Algériens qui battent le pavé dans des marches splendides et merveilleuses chaque vendredi et notamment pour les étudiants de toutes les universités, chaque mardi.. le tout dans un air de joie et pacifique.. en dépit de la violence d’état, gendarmerie, police qui utilisent le blocage des routes, les barrages flitrant, des arrestations plus de 500 dont des leaders connus de mouvements, des gaz lacrimogène et des tirs de balle de caoutchou contre des manifestants pacifiques… des blessés, des gens éborgnés, et des morts dus à ces gaz… et aux balles de caoutchou… Des opposants, dans les geoles du pouvoir, sont morts en prison pour manque de soins notamment..
L’article est plein d’informations que l’on ne trouve nulle part, notamment sur l’actuel chef d’état major, nous dit-on, le plus vieux militaire du monde.. Ce responsable militaire, contrairement à ce qui est écrit dans l’article, ne peut être « vétéran de l’ALN » car cette dernière, Armée de Libération Nationale, ne peut concerner que les combattants de l’intérieur, les seuls à avoir combattu sur le terrain et qui furent d’ailleurs presque décimés par les différentes opérations militaires lancées par la puissante armée française, principalement depuis l’arrivée du Général De Gaulle en 1958.. . S’agissant des militaires aux frontières, bien installés et au chaud, pour une bonne partie d’entre eux, en Tunisie et au Maroc, leur participation à la guerre 54/62 est, nous dit-on quasiment superficielle.. et leurs chefs militaires notamment Boumédienne, ont manœuvré de telle sorte d’être en force pour envahir l’Algérie, munis d’une bonne artillerie et de blindés flambant neufs… pour s’imposer sur ce qui reste comme combattants de l’intérieur équipés au mieux de quelques MAT49 et autres armes légeres.. Nous connaissons la suite, le pouvoir en Algérie fut pris de force par les militaires, les planqués de Tunisie et du Maroc, .. et c’est la naissance, l’origine, de tous les maux dont souffrent les Algériens à ce jour.
L’actuel mouvement, le Hirak est considérable ; du jamais vu depuis 1962, (année de départ des Français)… Ce sont toutes les régions du pays qui sont concernées et connaissent des manifestations principalement dans les chef-lieux de wilaya (département).. La caractéristique de ces manifestations est que l’on trouve un peu de tout le monde, des jeunes, le gros de la troupe, des moins jeunes, des femmes avec ou sans voile… des gens de toutes colorations politiques à l’exception des « kachiristes » appelés ainsi, les Algériens « collabo du pouvoir » qui ont participé à un minable meeting dans la coupole du stade 5 juillet (Alger) quasiment presque vide. Cependant les pauvres participants de soutien au pouvoir décadent, peu nombreux, ramenés pour certains de plus de 400 km à la ronde, ont eu droit à un casse-croute, du pain et un morceau de cachir (paté), d’où l’appelation « kachiristes ».

HAalg a dit…

suite 2 et fin

Les militaires, véritables détenteurs du pouvoir depuis 1962, qui ont su manœuvrer notamment en mettant en scene de véritables intermédiaires, des rideaux, entre eux les populations civiles… se trouvent pratiquement nus.. car les rideaux mis en place, se sont éffilochés et sont devenus inopérants face aux revendications de démocratie, de libertés et d’indépendance scandés par les « marcheurs, manifestants ».. C’est vrai que les rideaux/intermédiaires en l’occurrence la toute puissante, lourde et suffocante administration de l’état, véritable appareil bête et méchant, d’application d’oukases émanant des militaires ; le f.ln illégitime (l’ex parti unique) et plus tard son rejeton le r.nd (parti créé en 1995, pour suppléer au rejet du f.ln illégitime vomi par toutes les population) et d’autres menus partis et organisations satellitaires… ces rideaux, donc, ne sont d’aucune utilité..car balayés, broyés, par la prise de conscience des populations qui scandent à tue-tête en arabe dialectal.. « dawla madania, machi aaskaria » ( un état civil et non militaire).
Le scrutin ou non évenement du 12/12, est minable, car les gens sérieux, personnalités politiques de partis d’opposition et autres ne voulaient en aucun cas se porter candidat afin de ne pas se salir en s’associant à la mascarade du scrutin concocté dans le laboratoire des militaires.. Au lendemain de la supercherie électorale, les manifestations ont continué avec d’ailleurs, plus de mordant contre le pouvoir et le nouveau chef de l’état, que tout un chacun sait, n’est qu’un pantin entre les mains de l’appareil militaire.
La sortie de crise, déjà proposée par le mouvement Hirak, dés les débuts de la contestation nationale, consiste à mettre en place une équipe de gens compétents et propres, non apparentés ni au pouvoir ni aux partis politiques en place, à l’effet d’assurer une transition et de mener en fin de course ( quelques mois), la refonte de la constitution, la mise en place d’une entité indépendante chargée d’assurer des élections, réellement élections, et enfin une Justice indépendante….
Devant l’entêtement du pouvoir illégitime en place, dans sa tentative de passer ses pseudo-réformes par la force, il ne restait plus aux populations que la continuation de la lutte, le combat qui se font, jusqu’à présent, par des marches pacifiques.. Cependant des partis politiques de gauche et du centre gauche, sociaux-démocrates.. ont déjà mis en place un rassemblement sous l’appellation « PAD … pacte de l’alternative démocratique » qui regroupe les partis démocratiques le RCD, le FFS dont l’ancrage est important en Kabylie, le Parti des Travailleurs - PT, le MDS mouvement démocratique et social…. et des personalités indépendantes et d’associations comme la ligue des droits de l’homme… Le PAD qualifie d’ailleurs… « la présidentielle.. d’un coup de force … de mascarade » » et réitère « la nécessité d’aller vers une transition démocratique via un processus constituant, un des axes fondamentaux du PAD… ».. et appelle.. « les Algériens à continuer à se mobiliser de manière pacifique et unitaire, mais aussi à amplifier leurs revendications… »…