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jeudi 4 avril 2019

Une dernière chance pour l'Algérie



UNE DERNIÈRE CHANCE POUR L’ALGÉRIE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

            
Bouteflika et ses généraux

             L’opinion publique est persuadée que l’Algérie connaît, avec retard, son printemps arabe. La similitude avec les autres pays qui l’ont connu est fondée sur le départ du dirigeant Abdelaziz Bouteflika, extrêmement affaibli par un AVC qui l’a cloué dans un fauteur roulant depuis 2013. Comme Ben Ali en Tunisie, il aura profondément marqué l’histoire de l’Algérie comme président de la réconciliation.



Liamine Zeroual

            En effet, il a accédé à la présidence algérienne en 1999 après dix ans d’une guerre civile qui a fait 200.000 morts. Il avait alors pour mission de réconcilier la nation. Il faut cependant reconnaître que ce n’est pas lui qui a pacifié le pays mais son prédécesseur Liamine Zeroual. En revanche il a fait voter la loi de «concorde civile» et la «charte pour la paix et la réconciliation nationale» pour tourner la page de la décennie noire. Il a décidé d’une amnistie pour les militants islamistes n’ayant pas de sang sur les mains s’ils renonçaient à la lutte armée. Les maquis se vidèrent alors et plus de 6.000 hommes déposèrent les armes.
            Bouteflika confirma l’Algérie comme puissance régionale incontournable en décidant d’un soutien armé au Font Polisario du Sahara occidental contre le rival marocain et en interdisant toute ingérence étrangère sur son sol. Mais l’Algérie est un pays riche qui ne fait pas profiter sa population en tant que 3ème producteur de brut d’Afrique et 9ème producteur de gaz au monde. Les hydrocarbures représentent plus de 95 % des recettes extérieures du pays et contribuent à 60 % du budget de l’État.

Barrage Beni haroun

Grâce à la rente pétrolière Abdelaziz Bouteflika s’est lancé dans de vastes chantiers publiques (métro d’Alger, autoroute est-ouest, ou barrage de Beni Haroun) et a réussi à désendetter le pays (la dette extérieure est inférieure à 2 % du PIB). Il a ouvert le pays aux entreprises étrangères mais l’économie reste marquée par une forte intervention étatique.
L’Algérie a connu en 2011 un petit Printemps arabe qui s’était traduit par quelques manifestations vite contrecarrées par le gouvernement qui a injecté 24 milliards de dollars pour mieux indemniser les fonctionnaires et aider la jeunesse. Cela lui a permis d’acheter la paix sociale.


Mais l’Algérie d’aujourd’hui est traversée par des affaires de corruption à répétition, souvent non élucidées. La nouvelle gouvernance devra en tenir compte si le pays veut connaître un développement durable et combattre la crise de confiance qui persiste. Avec la baisse des cours du pétrole, le pays doit songer à rationaliser ses choix budgétaires et à réorienter sa politique socio-économique pour gonfler ses réserves de devises. L’Algérie n’investit pas dans les biens durables et les techniques modernes, surtout dans l’éducation. Elle doit construire une économie d’abord sur les valeurs morales de la société, le patriotisme authentique, la discipline, le sens du devoir, le goût de l’effort et la promotion sociale. Les sociétés modernes qui ont réussi se sont bâties sur ces valeurs et sur la morale.
L’Algérie doit résolument songer à une sortie de crise en bâtissant une démocratie dynamique fondée sur une justice indépendante, compétente et diligente et en sortant d’une gouvernance archaïque, sans système participatif. Ses citoyens n’ont pas l’envie de construire leur pays pour y vivre dignement et harmonieusement parce qu’ils n’adhèrent pas aux institutions de la République qui ne préservent pas les libertés individuelles et la cohésion sociale.
Hôpital algérien

Le système de santé est dégradé ainsi que le système éducatif. Les meilleurs médecins s’expatrient, en France en particulier. Le niveau du baccalauréat et des diplômes universitaires baisse tous les ans ce qui pose un problème pour l’acceptation des étudiants dans les universités étrangères. Et l’on ne parle pas de l’agriculture qui soufre d’un archaïsme déroutant alors qu’elle était en pleine expansion du temps des colonisateurs. Le paradoxe est que d’exportatrice, l’Algérie est devenue importatrice de denrées alimentaires. Les pays non développés, qui vendent leurs productions à l’Algérie, ont réussi parce qu’ils ont mis la production agricole au centre de leur développement économique. Pour un pays qui était le grenier de la France, les importations agricoles sont en constante augmentation.
L’Algérie était en avance sur ses voisins sur la médecine et les produits pharmaceutiques au point de pouvoir exporter. Aujourd’hui sa dépendance s’est accrue en matière de soins chirurgicaux et de produits pharmaceutiques. L’industrie chimique et gazière algérienne a raté le grand virage des années 80, et se contente aujourd’hui de fournir l’Europe en gaz naturel. Rien n’a été entrepris pour développer la chimie du gaz et gonfler l’exportation d’une multitude de produits chimiques à très hautes valeurs ajoutées. Le gouvernement n’a rien fait pour soutenir les petites industries de transformation comme en Turquie ou en Inde dont les gouvernements ont aidé financièrement leurs entrepreneurs exilés, à haute technicité, pour favoriser leur retour.  
Toute l’Algérie a besoin de renouer avec l’éducation. L’administration, qui est progressivement devenue un pôle de médiocrité et de toutes les dérives, doit attirer à elle les meilleurs cadres de la nation pour transformer l’administration en moteur du développement. La formation continue doit permettre la transition vers une économie hors hydrocarbures dans le  cadre des valeurs internationales. Des dizaines de milliers de techniciens ont été formés en Russie, en Europe et aux États-Unis mais leur placement dans les postes-clés n’a pas suivi, au point de les pousser à l’exil. Rien n’est fait pour affronter l’après-hydrocarbures. On ne comprend d’ailleurs pas pourquoi l’Algérie importe du gas-oil et de l’essence sans plomb.
Rien n’est fait pour préparer l’Algérie à ses 50 millions d’habitants prévus en 2030 et pour équilibrer sa balance commerciale. Il est un fait que l’Algérie a manqué son industrialisation et que ses méthodes économiques et sociales sont à repenser parce qu’elles datent encore des années 1970. Elle devrait faire moins de politique pour devenir crédible sur le plan international.

Bouteflika avait fait preuve de pragmatisme en acceptant le dialogue avec Israël car les deux pays avaient beaucoup à échanger. Le potentiel était énorme des deux côtés car l'expertise israélienne en technique agricole et en haute technologie pouvait mener à une collaboration efficace. Le chef de l'Etat algérien ne s'était pas caché lorsqu'il avait dialogué en public avec le premier ministre israélien Ehud Barak car il voulait dépasser les blocages stériles alors qu'un grand avenir s'ouvrait pour les deux pays. Mais la politique en a voulu autrement et les exclusives ont mis fin à l'espoir. Pourtant l'Algérie pourrait s'inspirer de l'ouverture politique entre Israël et le Maroc qui permet des échanges économiques et touristiques fructueux.  
Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ne cessent d’alerter sur l’absence de diversification de l’économie algérienne totalement dépendante aux hydrocarbures. Le FMI a déploré que la chute des cours pétroliers ait été compensée par un recours massif à la planche billets, ce qui a contribué à creuser le déficit budgétaire à plus de 8% du PIB.
Banque d'Algérie

L’Algérie ne pourra être sauvée que par elle-même, par le seul génie des Algériens. Le pays dispose d'une jeunesse volontaire disponible pas encore totalement sous la coupe des islamistes. Elle dispose de main d’œuvre de masse à condition qu’on l’émancipe par le travail et qu’on lui permette une mise à niveau, sous réserve d’un changement radical de type de gouvernance. Elle peut à court terme atteindre l'autarcie alimentaire comme du temps des Français. Il faut faire cesser les scandales financiers qui ternissent l'image de l'Algérie au niveau international et démobilisent la population au moment où des ajustements économiques et sociaux douloureux s'annoncent inévitables. 
Si l’Algérie n‘entreprend pas rapidement son développement, elle régressera avec d’inévitables tensions sociales. Elle ne sera que ce que le peuple algérien et ses responsables voudront qu’elle soit. 



1 commentaire:

Ibrahim a dit…

L'agriculture algérienne n'était pas compétitive face à l'Ukraine au temps des colons, la France a donc mis des tarifs douaniers sur le blé ukrainien, il est normal qu'en économie ouverte, l'agriculture algérienne ait des difficultés mais ça ne devrait pas être insurmontable car il n'est pas normal que le pays ne fabrique quasiment rien de ce qu'il consomme.