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dimanche 26 novembre 2017

L'Iran consolide sa présence en Syrie



L’IRAN CONSOLIDE SA PRÉSENCE EN SYRIE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            
Conseillers iraniens

          La consolidation de la présence iranienne en Syrie prend des proportions inquiétantes et force Israël à tenir compte de cette nouvelle donne stratégique. L’État-major a envisagé depuis longtemps, dans ses cartons, l’option d’une implication plus active en Syrie. Les lignes rouges tracées par Israël pour l’implantation iranienne en Syrie ont été dépassées. Le gouvernement israélien constate que Poutine et Trump négocient derrière son dos la politique de désescalade, sans tenir compte de ses impératifs sécuritaires.



Apec nov.2017

            Les forces iraniennes et les milices chiites se déploient de plus en plus librement à proximité du plateau du Golan. En six mois, deux accords ont été conclus sans l’assentiment israélien. En particulier en marge du sommet de l’APEC (Coopération économique Asie-Pacifique), le 10 novembre à Danang au Vietnam, les deux présidents ont abordé le dossier pour réfléchir à son règlement. Ils ont convenu qu’il n’y avait pas de «de solution militaire» possible à la guerre en Syrie.
Visite iranienne à Damas

            Les Israéliens ont suivi à la trace les déplacements des hauts responsables iraniens en Syrie, Alaeddine Borujerd président du Parlement, Ali Larijani conseiller du guide suprême Ali Khamenei, le général Qasem Soleimani, commandant de l’armée de Qods et le général de division Mohammad Baqeri, commandant en chef des forces armées iraniennes. Ils ont donné à leur déplacement une impulsion dramatique. Les experts militaires estiment que, confronté à des défis stratégiques, Israël doit réviser sa politique sécuritaire pour pouvoir agir librement sur les territoires syrien et libanais. Ils sont convaincus que ces visites ostensibles ont pour but de modifier les rapports de force dans la région dès lors que Moscou a refusé les garanties pour la sécurité d’Israël au Golan, dans le silence complice de Trump.
général de division Mohammad Baqeri

            Les Iraniens ont décidé de protéger à la fois l’espace aérien libanais et syrien pour dissuader les interventions aériennes israéliennes. Le général de division Mohammad Baqeri a mis en place, avec le concours du Hezbollah, un système de défense le long des frontières entre la Syrie et le Liban. De son côté, Bachar El-Assad a demandé à la Russie de former son armée à un système antibalistique qui s’appliquerait à une défense aérienne non seulement pour la Syrie, mais aussi pour le Hezbollah et le Liban. Cela a pour but de limiter la liberté d’action de l’aviation israélienne qui devra utiliser des missiles sol-air et sol-mer, avec une portée de plus d’une centaine de kms, pour agir aussi bien au Liban qu’en Syrie.
Présence iranienne au Golan

            En marge du sommet d’APEC, les Etats-Unis et la Russie ont conclu avec la Jordanie des accords sur les zones de désescalade du sud de la Syrie pendant six mois avec possibilité de prolonger la période. Les Américains ont accepté que les troupes iraniennes, les milices chiites et le Hezbollah soient stationnés à 7-20 kilomètres de la frontière israélienne (7 km des pentes du mont Hermon vers Damas et 20 km dans le Golan central). Les Israéliens ont cependant obtenu une zone tampon démilitarisée de 5 kilomètres de large entre les forces rebelles syriennes et les forces iraniennes et le Hezbollah. Ils n’ont pas obtenu les 60 kilomètres qu’ils avaient demandés.
            Les Américains ont montré qu’ils s’étaient vraiment désengagés de Syrie puisqu’ils n’ont pas soulevé avec la Russie la question de la création de bases terrestres, navales et aériennes iraniennes ainsi que de la mise en place d'infrastructures pour la fabrication et le stockage d'armes de haute technologie. En conséquence, le gouvernement israélien a exprimé ses réserves face aux accords américano-russes sur le sud de la Syrie et confirmé qu’il était opposé à toute présence militaire iranienne en Syrie. D’ailleurs Israël ne se sent lié par aucun accord et continuera à maintenir les lignes rouges qu'il a dessinées dans le passé. Benjamin Netanyahou a confirmé «qu'Israël agirait en Syrie, y compris dans le sud de la Syrie». 

Ne t'inquiète pas, il a juste décidé de sous-louer

            Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a prétendu que la présence iranienne en Syrie était légitime, car elle découlait d’une demande du régime officiel. En fait, il ne peut pas en être autrement car le régime d'Assad ne survivrait pas sans l'aide militaire de l'Iran, du Hezbollah et des milices iraniennes. Les Iraniens, en revanche, exploitent l’alibi du soutien à Assad pour asseoir la dépendance absolue des Syriens à leur égard. La Russie, de son côté, veut profiter de la passivité des États-Unis pour faire pression sur Washington sur d'autres questions bilatérales américano-russes. 
            En arrivant au pouvoir, Trump n’avait pour objectif que de vaincre Daesh. Cette mission est presque accomplie, mais aucune stratégie américaine n’a été définie pour la suite des événements, en particulier en ce qui concerne l’avenir des territoires libérés par l'État islamique. Rien n’a été prévu et encore moins le sort de la présence iranienne, tolérée au départ pour défendre Assad contre les rebelles et contre Daesh.
            L'Iran a renforcé son emprise à long terme sur la Syrie en construisant des bases et en mettant en place des infrastructures pour la fabrication et le stockage d'armes avancées. Pour détourner le regard sur sa propre participation en cas d’évacuation imposée des troupes étrangères de Syrie, il a poussé des citoyens syriens chiites à créer une nouvelle milice, sur le modèle du Hezbollah, qui servira de réserve de harkis, jouant le rôle au Golan de troupes légitimes syriennes entièrement sous la coupe iranienne.
            L’État-major israélien, qui avait longtemps prôné la neutralité en Syrie depuis les événements de 2011, envisage ouvertement un changement de stratégie. Il ne peut rester passif face au débordement des lignes rouges qu’il avait imposées. Il ne s’agit pas uniquement de lignes de frontières, mais de capacités militaires iraniennes en progression permanente qui menacent la sécurité d’Israël et la stabilité de la région. D’ailleurs ces lignes rouges sont devenues caduques et il sera difficile, à long terme, de démanteler les bases iraniennes si des mesures immédiates ne sont pas engagées. Il reste l’option d’utiliser les forces musclées de Tsahal. Dans ce cas Israël n’aura aucune limite et imposera à l’Iran de mettre fin à son processus gradué d’escalade.  
            L’État-major pense que le temps est venu pour Israël de quitter sa position neutre face au grignotage progressif de l’espace syrien, et de s’engager ouvertement dans «le bourbier». Il sait que les fondements sur lesquels repose le régime d’Assad sont fragiles. Il est convaincu que la Russie comprendra où est son intérêt et conviendra qu’il faut stopper l’ascension des Iraniens et du Hezbollah en Syrie pour éviter la déflagration. Les Russes, ni les Américains d’ailleurs, ne sont pas prêts à faire le sale travail à la place d’Israël. Donald Trump pourrait permettre tacitement à Israël d’agir en Syrie et au Liban contre le Hezbollah et l’Iran mais il ne lui apporterait aucun soutien, encore moins si la Russie décidait d’intervenir pour défendre ses protégés. Le gouvernement israélien, avec l’aide de son armée et de ses services de renseignements, mesure actuellement les conséquences d’une escalade qui mènerait à la guerre dans la région. La balle est dans le camp des Russes qui connaissent la détermination des Israéliens de défendre leur sécurité, à tout prix.
Sayeret Maatkal

            Cependant, pendant sa «neutralité», Israël n’est pas resté les bras croisés. Nous l’avions déjà écrit en juillet. Des membres du commando d’élite de l’État-Major, Sayeret Maatkal, avaient mené, en février 2017 en coopération avec le Mossad, des missions spéciales en profondeur en territoire syrien. Plusieurs cibles militaires avaient été marquées par des puces électroniques pour faciliter l’éventuelle tâche de l’aviation israélienne. Ils s’étaient introduits derrière les lignes ennemies, déguisés en soldats syriens, dans une cellule de fabrication de bombes, pour prélever des informations sur la nouvelle technologie explosive mise au point par Ibrahim al-Asiri, le chimiste saoudien d'Al-Qaïda, et utilisable dans les batteries de téléphones et d’ordinateurs portables. Les Américains avaient bénéficié de ces informations et avaient immédiatement renforcé la sécurité des aéroports américains et le contrôle plus strict des voyageurs passant par les aéroports des pays musulmans.
Ibrahim al-Asiri


            Les Israéliens disposent de toutes les informations nécessaires pour mener à bien des opérations en Syrie contre les installations iraniennes. Mais les Etats-Unis n’avaient pas gardé le secret pour eux et avaient partagé avec les Russes les informations secrètes du Mossad ce qui avait mis en danger plusieurs agents israéliens qui avaient été exfiltrés de justesse. On se demande quel intérêt avait Trump à révéler les secrets israéliens à la Russie. Seule explication, il semble qu’il ait voulu forcer les Russes à prendre des mesures contre l’Iran pour éviter une déflagration armée. Il n’est pas certain que les Iraniens aient compris le message. 

1 commentaire:

Paul ACH a dit…

La Présence des Forces Iraniennes en Syrie combinée à la forte implantation du Hezbollah au Liban, le plus grand danger pour Israël vient du Nord.
Jacques Benillouche nous explique le "Pourquoi" et le "Comment" de cette situation.
Quand on regarde bien la Carte d'Israël, il y a 4 Pays Frontaliers :
- Le Liban et la Syrie, sous la coupe de l'Iran
- La Jordanie
- L’Égypte qui est une "cible privilégiée" des Islamistes qui tentent d'affaiblir le Général Al Sissi pour le renverser et prendre le Pouvoir.
Il y a aussi 2 Cas Particuliers :
- La Judée-Samarie (ou Cisjordanie)
- Gaza
Qui sont partagées entre le Fatah, surtout occupé à trouver un Successeur à Mahmoud Abbas, et le Hamas qui a fait de Gaza "sa ville".
Dur à tout comprendre : qui est allié avec qui ? et qui veut prendre le dessus ?
Bonne Lecture.