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jeudi 30 novembre 2017

Début difficile de prise en mains de Gaza par l'Autorité


DÉBUT DIFFICILE DE PRISE EN MAINS DE GAZA PAR L'AUTORITÉ

Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps

            
Rassemblement à Gaza avec drapeaux du Hamas

          Dans le cadre de l’accord de réconciliation signé entre le Fatah et le Hamas, l’Autorité palestinienne prend peu à peu le contrôle civil de la bande de Gaza. Elle a officiellement pris en charge l'administration des postes frontaliers dans le cadre du transfert du pouvoir du Hamas au gouvernement d'union. C’est une première étape, mais il en sera autrement lorsqu’il s’agira de désarmer les milices de la Brigade Ezzedine al Kassem ou celles du Djihad islamique. Ces deux groupes ont, par avance, annoncé qu’ils n’accepteraient jamais de déposer les armes car ils ont pour objectif de concentrer leur combat contre Israël. 



Djihad islamique à Gaza

            L'Autorité palestinienne a appelé, le 28 novembre, tous ses anciens fonctionnaires à Gaza, qui ont cessé de travailler à la suite de la prise de pouvoir du Hamas en juin 2007, à retourner au travail dans leurs anciens postes. Cette décision a engendré la colère du Hamas car elle jette le doute sur l'avenir des dizaines de milliers d'employés qu'il a lui-même engagés. D'ailleurs le Hamas n'a pas permis aux anciens fonctionnaires de retrouver leur place.
            Le cabinet palestinien estime à 20.000 le nombre de fonctionnaires touchés par cette mesure : «il s’agit, à travers ce mécanisme, d’activer la fonction du gouvernement dans les districts du sud (bande de Gaza) dans le cadre de l'application effective de l'accord de réconciliation conclu au Caire. Dix années de division ont créé une situation administrative, financière, juridique, législative, sécuritaire et politique compliquée et complexe qui ne peut être démêlée avec une décision ou une session».
            L’Autorité a précisé que le comité juridique et administratif se penchera sur le statut des employés nommés par les autorités du Hamas à Gaza après le 14 juin 2007 dans le cadre des efforts du gouvernement pour faire aboutir la réconciliation : «tous les ministres devraient être en mesure de faire leurs devoirs dans les districts du sud (Gaza), tout comme dans les districts du nord (Cisjordanie) sans aucune obstruction».
Les fonctionnaires retirent leur salaire

            Le point clé de l'accord de réconciliation a été le sort des 40.000 à 50.000 fonctionnaires engagés par le Hamas depuis 2007 et des 7.000 employés de l'Autorité palestinienne qui ont été forcés de quitter leurs postes mais qui reçoivent toujours leur les salaires. Ramallah avait finalement réduit ces salaires en avril jusqu'à 30 pour cent, l'une des premières mesures punitives prises contre les habitants de Gaza visant à faire pression sur le Hamas pour qu'il abandonne le contrôle de l'enclave côtière. La colère avait éclaté lorsque les employés de l'Autorité avaient reçu leur salaire de mars avec une réduction de 30%, suscitant des protestations dans l'enclave côtière. Certains dirigeants du Fatah avaient alors présenté leur démission du parti pour protester contre les réductions de salaire.
Manifestation à Gaza contre les réductions de salaires

            En juillet, l'Autorité avait poussé plus de 6.000 fonctionnaires à prendre une retraite anticipée. Il semblerait que certains dirigeants du Fatah veuillent limiter le nombre d'emplois à 8.000 dans la bande de Gaza alors que le Hamas veut préserver l'intégralité des 40.000 employés. Cette question, si elle est mal résolue, risque de générer des frictions et de mettre à mal l’accord de réconciliation. D’ailleurs le Hamas a déjà qualifié la décision de violation des accords préexistants entre les deux parties.


            Le chef adjoint du bureau politique du Hamas à Gaza, Khalil Al-Hayya, a déclaré que les «armes de la résistance  et le paiement des fonctionnaires qu'il a engagés pour diriger Gaza sont des «lignes rouges que nous ne pouvons accepter de contourner de quelque manière que ce soit».
Khalil Al-Hayya


            En ce qui concerne la demande du Fatah au Hamas pour neutraliser ses armes, Al-Hayya a déclaré : «Les armes de la résistance ne peuvent pas être divisés ou discutés. Ces armes ne seront pas touchées et iront en Cisjordanie pour combattre l'occupation. Nous avons le droit de résister à l'occupation jusqu'à la fin, soit pour libérer la Palestine, soit pour vivre avec elle, et nous libérerons la Palestine, si Dieu le veut». Il a poursuivi que les décisions concernant «la paix et la guerre» devraient être prises par «une direction palestinienne unifiée», et que cela nécessiterait la reconstruction de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).
            On constate que l'optimisme initial qui avait entouré l’accord de réconciliation entre le Hamas et le Fatah semble s'être évanoui. Après le transfert à l’Autorité du contrôle des passages frontaliers entre Israël et l'Égypte, il était prévu de prendre de nouvelles mesures pour étendre le contrôle sur Gaza dès le 1er décembre, mais les désaccords entre les deux parties se sont intensifiés ces derniers jours : «Nous, au Hamas, nous continuons de choisir la réconciliation, et nous ne permettrons pas que Mahmoud Abbas ou quelqu'un d'autre se dérobe. Nous appelons l'Égypte à arrêter les mains qui ne veulent pas la réconciliation».
Brigade Ezzedine Al-Kassem du Hamas

            Selon les accords du Caire, la prochaine rencontre entre le Hamas et le Fatah est prévue pour le 1er décembre au Caire. Peu d’optimisme règne car la question de l’autonomisation du gouvernement est vague parce qu’en fait, la région n'est pas prête pour la réconciliation palestinienne interne. C’est dire la fragilité d’un accord qui peut exploser en vol à tout instant alors que le point principal du désarmement, le plus sensible, n’a pas encore trouvé de début de solution. 
          C'est pour cela que le Hamas et le Ftah Fatah ont demandé le 29 novembre le report du transfert des pouvoirs à Gaza, à deux jours de l'échéance qu'ils s'étaient fixés dans l'accord de réconciliation conclu sous les auspices de l'Egypte.
          L’Autorité palestinienne détient le nerf de l’argent alors que le Hamas a été abandonné par ses principaux soutiens financiers. Ce genre de situation ne crée pas des rapports de confiance entre Fatah et Hamas.

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